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Quelle insertion industrielle du Maroc dans les chaînes de valeurs mondiale ?

by Mustapha Maghriti

Depuis la crise de l’endettement extérieur et les programmes d’ajustement structurels PAS qui s’ensuivaient, le Maroc ne cesse de prôner sa constance de s’insérer de plus belle sur l’arène des relations économiques internationales. L’inconditionnel d’insertion a été présenté récursivement comme une condition nécessaire à la croissance économique et comme une riposte réaliste aux différents challenges de la globalisation.

Aussi, la politique économique pilotée depuis l’intronisation du Souverain Marocain mohammed6  en Juillet 1999 a-t-elle pris des mesures en introduisant tout un éventail de réformes économiques et politiques et la conclusion d’accords  notamment avec l’Union Européenne, les États-Unis, la Turquie, et plusieurs pays Arabes via l’accord d’Agadir.  Le Maroc, à travers ces accords, vise à diversifier ses partenaires, stimuler ses exportations et pourvoir une plus grande insertion du Maroc dans le bateau de la mondialisation pour reprendre la métaphore de Robert Reich.

En effet, au cours des deux dernières décennies, le Maroc a érigé en choix stratégique le développement et la diversification de son tissu industriel, avec la mise en place d’un ensemble de stratégies (Plan Émergence 2005, Pacte national pour l’émergence industrielle 2009-2015, Plan d’accélération industrielle PAI 2014-2020 et PAI 2021-2023), lesquelles ont permis de développer des métiers comme l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, le textile et cuir, l’agroalimentaire et l’offshoring connus sous le nom des Métiers Mondiaux du Maroc.

Ces métiers ont généré des retombées très positives dans la balance commerciale sur la période 2014-2023 : les exportations du secteur de l’automobile ont marqué une hausse annuelle moyenne de 14,1%, à 148,2 milliards de dirhams. Idem pour les exportations de l’aéronautique et de l’électronique et l’électrique, qui se sont accrues respectivement en moyenne annuelle de 12,9% et de 11%.

Ces prouesses ont permis au Maroc de s’intégrer graduellement dans les chaînes de valeur mondiales. D’après l’édition 2023 du classement annuel de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) en matière de compétitivité industrielle, le royaume figure au 26ème rang (sur 153 pays) selon le critère «part des exportations de produits manufacturés de moyenne et haute technologie dans les exportations totales de produits manufacturés». Récemment, le Maroc s’impose comme la principale plateforme industrielle du continent dépassant l’Afrique du sud et l’Égypte dans plusieurs filières stratégiques, selon l’«Indice de l’industrialisation en Afrique 2025» publié par la Banque africaine de développement BAD.

Si le développement des Métiers Mondiaux du Maroc et de leurs écosystèmes contribue au renforcement de la résilience de la position extérieure du pays, notamment à travers l’attractivité des investissements directs étrangers (IDE) et la dynamique des exportations, la balance nette en devises de ces secteurs et leurs effets d’entraînement sur l’économie nationale restent encore incertains.

Et pour cause, ces évolutions seraient imputables à un recours important à l’importation d’intrants pour la production de certains Métiers Mondiaux du Maroc. Selon la base de données sur le commerce en valeur ajoutée de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le contenu en valeur ajoutée étrangère des exportations brutes ressort relativement élevé. Il se situe à 53,5% pour la fabrication de matériels électriques, 49,9% pour la construction de véhicules automobiles, de remorques et semi-remorques et à 30% pour la fabrication d’autre matériel de transport ; un déséquilibre qui met en lumière la vulnérabilité de la transformation locale, toujours tributaire des matières premières importées. Aussi, la productivité et la compétitivité de ces secteurs sont certes en amélioration, mais restent en deçà des niveaux des pays concurrents comme la Pologne, l’Ukraine ou la Turquie.

En outre, malgré l’embellie du secteur de l’aéronautique (qui connait une croissance de 8,8%, atteignant 14,13 milliards de dirhams), cette niche reste dominée par le segment de l’assemblage aéronautique ce qui confirme le statut du Maroc de plateforme régionale de sous-traitance aéronautique.

Sur un autre volet, l’insertion de l’économie Marocaine dans les chaînes de valeurs mondiales s’accompagne d’une accentuation de ses contraintes externes alimentant le déficit de la balance commerciale ; un déficit de la balance commerciale atteignant -161,9 milliards de dirhams et un taux de couverture des importations par les exportations de l’ordre de 59,3%. Ces chiffres traduisent une fragilité persistante au regard des déséquilibres extérieurs ; des déséquilibres qui mettent en lumière la difficulté de l’offre industrielle marocaine à se positionner sur le marché mondial, ce qui pose le problème de la compétitivité de l’offre marocaine.

A ce titre, l’intégration dans les chaînes de valeurs mondiales processionne par une plus grande diversification de notre offre exportable, laquelle passe intarissablement par l’amélioration de notre compétitivité qui exige, à son tour, une hausse de notre productivité. La stimulation de la productivité du travail, permettra non seulement de consolider notre compétitivité prix, mais aussi, et surtout, de converger vers une compétitivité basée sur la qualité, le know-how et l’innovation gage d’une croissance soutenue et inclusive. D’où la nécessité d’investir dans les compétences et le capital humain.

En sus, l’insertion industrielle internationale passe par l’intégration régionale qui aurait pour effet de réduire considérablement le handicap de la petite taille des différents marchés nationaux tout en permettant d’accélérer le mouvement de restructuration du tissu économique et social et de réduire les contraintes extérieures, parce qu’elle s’appuie sur les dynamiques intérieures et se nourrit de la croissance économique.

Par ailleurs, l’économie Marocaine doit viser une plus grande diversification commerciale en s’ouvrant davantage sur l’ensemble des acteurs de l’économie mondiale loin des schémas classiques largement dominés par les accords commerciaux avec l’Union Européenne en s’ouvrant davantage sur l’Afrique Subsaharienne, en consolidant les rapports d’ancrage commercial avec la Chine et la Russie tout en lorgnant sur les opportunités actuelles avec l’Amérique Latine et les pays de l’Europe Centrale et Orientale PECOS. Le Maroc occupe une place géopolitique distinguée qui lui permet de s’insérer davantage dans l’économie régionale, tant sur le plan méditerranéen, que moyen-oriental, arabe et africain, ce qui lui permet de devenir une localisation stratégique d’attraction des IDE et de production pour un vaste marché.

L’insertion industrielle internationale passe à travers une coordination avec la politique commerciale laquelle refile à travers des rencontres sectorielles avec les fédérations et les professionnels et des tournées régionales, ainsi qu’une étude rigoureuse visant à identifier les opportunités spécifiques pour chaque marché, chaque produit et chaque segment à même d’offrir aux exportateurs un cadre clair et visible pour choisir les outils adaptés à la diversification de leur offre, à l’optimisation de la qualité, et à l’accès à de nouveaux débouchés.

L’offre exportable industrielle Marocaine dans la dynamique mondiale passe par plusieurs chantiers, dont le renforcement de la diplomatie commerciale, la réalisation d’études de marché approfondies, des actions promotionnelles, une offre de formation adaptée, des dispositifs de suivi et d’accompagnement des projets exportateurs.

De surcroît et au regard des bouleversements géostratégiques et protectionnistes qui fragilisent le commerce mondial, notre Gouvernement, le département chargé du Commerce Extérieur et les organismes sous tutelle doivent insister sur la nécessité de donner aux exportateurs Marocains les moyens de réussir, en consolidant leur présence sur les marchés internationaux pour tirer pleinement profit des immenses potentialités dont dispose la nouvelle géopolitique mondiale et ce pour faire du commerce extérieur un moteur de croissance durable, de création d’emplois, une intégration renforcée dans les chaînes de valeur mondiales et un rayonnement du « label made in morocco » à l’international.

Le seul aléa que le Gouvernement et les responsables du commerce extérieur, à tous les niveaux, essaient de maîtriser c’est celui de l’évolution des données macro-économiques mondiales qu’il s’agisse de l’évolution de la demande internationale ou des comportements économiques. L’importance de cet aléa, au regard des mutations profondes de la géopolitique mondiale, crée une asymétrie singulièrement contraignante entre les délais souvent longs des processus d’ajustement et les variations erratiques de la conjoncture internationale. Dans ce contexte en mutation continuelle, la quête de la compétitivité industrielle et la dynamisation du Commerce Extérieur, s’apparente de plus en plus au mythe de Sisyphe.

En somme au regard de la nouvelle géopolitique mondiale (qui est un phénomène dynamique remettant sans cesse en cause les acquis), maitriser le déficit commercial, dynamiser les exportations industrielles Marocaines, faire que s’expriment ses avantages compétitifs, concurrentiels et construits, agir structurellement sur les générateurs de la compétitivité de l’économie Marocaine est une affaire de longue haleine. Ceci pour dire qu’il n’y a jamais de situation acquise dans la compétitivité internationale ; qu’il faut toujours se remettre en cause et ne pas craindre les évaluations périodiques permettant de moduler, au jour le jour si cela est nécessaire, les impératifs de l’ajustement.

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