
Adam Smith est souvent considéré comme le pape du libéralisme qui incarne la foi dans les vertus du marché et s’ensuit tout un rush d’apôtres et de courant libéral, néolibéral et ultralibéral, pour qui le libre jeu des mécanismes du marché conduit à une situation d’optimum économique et que la liberté économique améliore aussi la situation des plus démunis, les libéraux considèrent que la métaphore d’Adam Smith la « main invisible » permet d’améliorer la situation de tous et
c’est la concurrence qui met un prix juste aux marchandises en établissant les vrais rapports entre elles selon Montesquieu dans « De l’esprit des lois ».
Cette liberté économique est définie comme l’absence de toute capacité d’oppression ou d’entrave de la part du Gouvernement sur l’investissement, la production, la distribution ou la consommation de marchandises et de services au-delà de ce qui est nécessaire pour protéger et maintenir la liberté des citoyens. La liberté économique est censée favoriser la productivité et la croissance économique, en incitant l’esprit d’entreprise et la création de valeur ajoutée.
La fondation Américaine The Heritage Foundation et le Wall Street Journal publient chaque année son étude annuelle « Index of Economic Freedom ». Faut-il rappeler que cet indice a été créé en 1995, selon une approche inspirée du père fondateur du libéralisme Adam Smith, dans son fameux ouvrage « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », à savoir que « l’existence d’institutions élémentaires préservant la liberté des individus à se consacrer à leurs propres intérêts économiques garantit une prospérité plus importante de toute la société dans son ensemble.
L’indice de liberté économique, se fondant sur les statistiques des institutions de Bretton Woods, la Banque mondiale et le FMI, de l’Economist Intelligence Unit, est un indicateur fondé sur un ensemble de critères économiques, regroupés en 4 catégories principales dont l’objectif étant de mesurer la liberté économique dans les différents pays du Monde reposant sur la taille du gouvernement , l’état de droit, les marchés ouverts et l’efficacité réglementaire.
Plus une économie est estimée être libre (indice composite proche de 100), mieux le pays est classé par les auteurs de l’étude.
Qu’en est-il de la liberté d’entreprendre, de la concurrence et de la compétition de l’économie Marocaine ?

Dans l’édition de l’année 2026, le classement de la fondation Américaine « The Heritage Foundation » dans son étude annuelle « Index of Economic Freedom » publié au mois de Février 2026, fait apparaître, d’emblée, qu’aucun pays du continent Africain ne figure dans la catégorie des économies » libres ». L’étude de la Foundation révèle que les économies Africaines ne sont pas libres dans l’ensemble, en raison notamment de la forte prévalence de la corruption, des niveaux élevés de pression fiscale et du faible degré d’ouverture des marchés.
Le Maroc, sur un panel de 186 pays, et avec un score de 61,8, se positionne à la 83éme place dans l’indice de la liberté économique. L’Ile Maurice, le Botswana et le Cap-Vert demeurent les économies les plus libres en Afrique, selon l’indice qui mesure des critères tels que la protection des droits de propriété, la taille de l’Etat, la politique budgétaire et monétaire et la lutte contre la corruption.
Aussi, bien que régionalement, le Maroc soit reconnu comme l’un des pays du Moyen-Orient/Afrique du Nord (MENA) qui entreprend le plus de réformes pour soutenir le développement du secteur privé, plusieurs obstacles continuent de freiner les investissements privés. En effet, le sondage de l’Institut Américain accuse le marché du travail d’une grande rigidité et considère qu’une large part de la force de travail est marginalisée à cause d’une régulation inexorable du travail, et recommande de mettre en œuvre des réformes plus conséquentes. De telles réglementations rigides continuent de rendre les coûts de transactions et les coûts d’entrée au marché difficile aux PME qui, au regard des barrières réglementaires, n’ont pas d’autres choix que de se diriger vers le secteur informel.
Certes, il y a eu des avancées en matière de libertés économiques (liberté fiscale, liberté du système financier et du commerce) en se positionnant 7ème sur 14 dans la région MENA, néanmoins ils ont été balayées par le la corruption et la faiblesse de l’État de droit et l’efficacité judiciaire dont les scores sont inférieurs à la moyenne mondiale selon le Think tank Américain. Autant dire une contreperformance intimidante surtout lorsque l’on se rappelle que plus un pays est impartial politiquement et économiquement, plus il est prospère.
Cet excès d’arbitraire ne fait que d’attiser l’économie de rente, la spéculation, le déficit d’investissement, le manque de concurrence, et la corruption. En sus, la compétition est plombée par la lourdeur des licences dans certains secteurs et de la taille de l’économie informelle.

Cette problématique de la carence du jeu concurrentiel et de la compétition de l’économie Marocaine est d’autant plus d’actualité que le dernier rapport de la banque mondiale de Mars 2026 « Maroc : Diagnostic-pays du secteur privé » met les pleins phares sur la faiblesse du business privé où l’investissement privé représentait seulement 1/3 de la formation totale du capital fixe et que l’investissement public reste prédominant où les entreprises publiques sont présentes dans des secteurs stratégiques du tissu économique marocain tels que l’énergie, le transport et les phosphates, et bénéficient souvent d’un accès préférentiel au financement, aux infrastructures et aux autorisations réglementaires. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques OCDE, ce traitement de faveur menace d’exclure les investissements privés, de réduire la contestabilité du marché et de fausser les signaux du marché, ce qui est particulièrement désavantageux aux PME.
Par ailleurs, le checkup de la Banque Mondiale souligne que l’initiative privée présente une structure duale, caractérisée par la coexistence d’un petit nombre de grandes entreprises formelles et d’un tissu majoritairement informel. Cette dernière catégorie représente plus de 77 % de l’emploi total et environ un tiers du PIB, en singulier dans le commerce de détail, les services, le bâtiment et l’agriculture.
En outre et en vertu du diagnostic de la Banque Mondiale, les risques liés à l’absence de concurrence semblent entraver la dynamique des marchés au Maroc. En termes de politique de concurrence sur le marché, le Maroc est perçu comme étant à la traîne par rapport à ses pairs régionaux. Comparativement à leurs homologues régionaux, de nombreux marchés marocains se caractérisent par une plus grande concentration du marché. La part des monopoles est élevée dans des secteurs qui se caractérisent généralement par une faible concentration du marché ailleurs à l’appui du rapport de la Banque Mondiale « Créer des marchés au Maroc : une deuxième génération des réformes » publié en Octobre 2019 à la demande de la Société financière internationale (SFI)
Aussi et à titre illustratif, selon l’enquête de la banque Mondiale de 2013, près de 40 % des entreprises manufacturières sont en concurrence sur les marchés oligopolistiques. La concentration des marchés peut aussi résulter d’interventions gouvernementales qui restreignent l’entrée, facilitent la dominance des certains opérateurs ou créent des conditions de concurrence inégales.
La concurrence limitée sur certains marchés marocains peut provenir de réglementations restrictives ou de l’application discrétionnaire du cadre réglementaire qui rendent l’entrée et l’exploitation de nouvelles entreprises difficiles ou de distorsions du marché dues à un traitement inégal de certains opérateurs ou d’une mise en œuvre inefficace de la politique de concurrence.
Pour exploiter ce potentiel émergent, les auteurs de la Banque Mondiale, dans le bulletin d’information économique de la région Moyen Orient et Afrique du Nord, Banque mondiale Octobre 2019, intitulé « Promouvoir une concurrence loyale — pour atteindre de nouveaux sommets dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord » suggèrent que la concurrence loyale et la contestabilité sont de puissants moyens d’assurer une efficacité allocative, productive et dynamique, et peuvent également être d’efficaces remèdes à l’inégalité en créant des opportunités économiques et en rendant les biens plus abordables. L’intensification de la concurrence entraîne également une accélération de la croissance de la production par travailleur (productivité) et constitue donc un élément clé du développement durable à long terme.

Il s’agit là d’objectifs clés pour la région MENA, confrontée au problème d’une économie dualiste caractérisée par un secteur officiel stagnant coexistant avec un secteur informel et un chômage généralisés, qui prive les citoyens, surtout les plus jeunes, de tout espoir. L’entrée sur le marché de nouvelles entreprises et la sortie de sociétés peu rentables sont d’importantes sources de concurrence. Cependant, les obstacles aux nouveaux entrants et les protections accordées aux opérateurs peu performants sont considérables et fréquents dans la région MENA selon les experts de la Banque Mondiale.
Pour que les marchés fonctionnent mieux, il est nécessaire de s’attaquer aux réglementations et pratiques gouvernementales qui restreignent la concurrence sur le marché ou affaiblissent l’application des politiques de concurrence. À cette fin, il est essentiel de coordonner les efforts politiques des organismes publics et privés pour créer un environnement commercial compétitif et promouvoir des marchés ouverts et contestables, afin de créer des incitations à l’entrepreneuriat et d’accroître les pressions pour innover.
En sus, l’efficience des marchés passe par le renforcement de la neutralité concurrentielle, l’élimination des distorsions du marché, l’uniformisation des règles du jeu entre les opérateurs publics et privés et par la limitation des privilèges réglementaires des entreprises publiques dans des secteurs particuliers. idem, des réformes seront nécessaires pour encourager la concurrence, réduire les obstacles à la participation des PME et renforcer les liens entre les entreprises étrangères et nationales.
Friedrich Hayek, grand sectaire du libéralisme et un invétéré de l’économie du marché, dans « La Route de la servitude », n’a-t-il pas dit que « La justice n’a pas à considérer les conséquences des diverses transactions, mais à vérifier que les transactions elles-mêmes ont été loyales. ». Loyal envers lui-même et envers son peuple, le Souverain Marocain Mohammed VI, dans le discours Royal, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative du 14 Octobre 2016, n’a-t-il pas mis les pleines phares sur les nombreux cas de lenteur des procédures judiciaires et de la non-exécution des jugements déjà rendus, notamment dans les affaires qui mettent l’investisseur au regard de l’administration ?

Il est temps que l’exécutif terrasse avec ces constantes et infuse un nouveau souffle à l’économie marocaine : celui de plus de liberté économique, stimulant aussi bien l’offre que la demande, par l’implémentation de l’état de droit, non seulement en concrétisant l’impartialité de la justice, mais aussi en institutionnalisant l’orthogonalité entre le business et le politique et en remettant à plat le cadre réglementaire régissant les marchés des facteurs de production et du climat des affaires pour plus d’initiative entrepreneuriale et plus de compétitivité, ainsi que par un essaimage de la confiance de toutes les composantes de la collectivité nationale dans le cadre du nouveau contrat social, qu’appelle le Souverain Marocain Mohammed VI.
In fine, Feu Driss Benali n’a-t-il pas dit que le marché n’est pas un état de nature, mais un état de culture ? Défrichons-nous cette culture !
