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L’investissement international dans une géopolitique turbulente et fragmentée

by Mustapha Maghriti

L’organisme Onusien ONU Commerce et Développement exCNUCED vient de publier le dernier rapport sur l’investissement sous le titre « l’investissement international dans une époque turbulente »

Ce document onusien montre que l’investissement direct étranger mondial a augmenté de 6 % pour atteindre 1 600 milliards de dollars en 2025 après deux années de recul. Toutefois, ce rebond reste limité, fragile et inégal, selon les auteurs du Rapport sur l’investissement dans le monde 2026.

Sur le plan géographique, les flux d’investissement vers les économies développées ont progressé de 11%, tandis que ceux destinés aux économies en développement n’ont enregistré qu’une croissance de 2 %, atteignant 901 milliards de dollars.

Les économies à revenu élevé ont représenté la majeure partie de la hausse en 2025, tandis que les flux d’investissement à destination des économies en développement n’ont progressé que légèrement.

L’Asie en développement est restée la première région récipiendaire, avec 644 milliards de dollars. Les flux vers l’Amérique latine et les Caraïbes ont progressé de 14 % pour atteindre 188 milliards de dollars, tandis que l’Afrique a reçu environ 70 milliards de dollars, un montant encore supérieur d’un tiers à sa moyenne 2010-2024 malgré un recul par rapport au niveau exceptionnel atteint en 2024. Les pays les moins avancés ont vu leur flux d’IED progresser de 21 % pour atteindre 43 milliards de dollars, mais ils ne représentaient encore que 2,7 % de l’IED mondial, avec des flux concentrés dans un petit nombre d’économies, principalement riches en ressources.

Sur le volet sectoriel, l’investissement est en pleine envolée dans cinq secteurs stratégiques : infrastructures pour l’intelligence artificielle, technologies avancées, minerais essentiels, technologies liées à la transition énergétique et semi-conductrice représentant 44 % de la valeur mondiale des projets de création d’activités en 2025, contre 16 % en 2020.

L’investissement manufacturier en dehors des cinq secteurs stratégiques recule : L’investissement direct étranger dans les industries traditionnelles a diminué de 17% entre 2015–2019 et 2021–2025. Le recul atteint 20 % dans les économies en développement et 65% dans les pays les moins avancés.

Ces chiffres montrent un rebond qui ne se traduit pas de manière uniforme en opportunités de développement. Pour les auteurs du rapport de l’investissement dans le monde, la question n’est pas seulement de savoir combien de capitaux circulent, mais où ils vont, ce qu’ils construisent et s’ils élargissent les capacités productives, créent des emplois, renforcent les compétences et soutiennent le transfert de technologie.

Par nature, les fusions-acquisitions transfrontalières ont chuté de 7 %. Les annonces de nouveaux projets (greenfield) sont restées proches des niveaux de 2024, portées principalement par des mégaprojets dans les centres de données, le pétrole et gaz et les semi-conducteurs.

Les annonces de nouveaux projets (greenfield) dans ces secteurs sont passées de 109 milliards de dollars en 2020 à 576 milliards en 2025. Leur part de l’investissement greenfield mondial est passée de 16 % à 44 %.

Aussi, la politique d’investissement devient de plus en plus ciblée, sélective et conditionnelle où les gouvernements jouent un rôle plus actif dans l’orientation des investissements étrangers : En 2025, ils ont adopté un nombre record de 229 mesures de politique d’investissement où la plupart étaient favorables aux investisseurs, mais de plus en plus ciblées sur des priorités, au lieu d’une ouverture générale. A titre illustratif, Les incitations représentaient la moitié des mesures favorables ciblant l’énergie propre, les infrastructures numériques, la fabrication avancée et les minerais essentiels. Par ailleurs, les économies développées ont mis principalement l’accent sur les restrictions à l’entrée, notamment le filtrage des investissements.

Les experts de l’ONU Commerce et Développement estime que les pays en développement ont besoin de davantage que de la promotion de l’investissement pour être compétitifs dans cet environnement turbulent. Ils ont besoin de points d’entrée réalistes dans des chaînes de valeur en évolution, d’une facilitation de l’investissement renforcée, d’infrastructures fiables, de compétences de la main-d’œuvre, du développement de fournisseurs et de marchés régionaux qui rendent les projets plus viables. La coopération internationale sera également nécessaire pour veiller à ce que les partenariats d’investissement soutiennent à la fois la résilience des investisseurs et les priorités de développement des économies d’accueil.

Les perspectives pour 2026 restent difficiles. L’incertitude liée aux politiques commerciales, les tensions géopolitiques, les conflits, les coûts de financement élevés et la fragmentation économique continuent de peser sur les décisions d’investissement. Dans le même temps, la concurrence pour les projets liés aux industries stratégiques devrait s’intensifier, les gouvernements cherchant à sécuriser les sources futures de croissance et d’avantages technologiques.

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