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La grande évasion : Une reproduction du dilemme du modèle économique Marocain

by Mustapha Maghriti

La Grande Évasion, à priori le titre sonne très fort et semble glisser l’imaginaire des cinéphiles vers le film culte (The Great Escape) de John Sturges incarné magistralement par le trio Steve McQueen, Charles Bronson et James Coburn. Il n’en est rien : Il s’agit de la grande évasion des milliers de candidats à l’émigration, principalement de jeunes Marocains vers le poste-frontière du Tarajal à Sebta.

Les images sont cataclysmiques. Jeunes, mineurs, filles, garçons nagent et se noient, même des familles entières affrontent le large, pour passer sous administration espagnole et tenter d’ouvrir, depuis Sebta, une route vers l’Europe, à la quête de l’eldorado, alors qu’ils vont dévotement à l’affrontement de la mort dans une zone balayée par de puissants courants maritimes et de forts remous le long de la jetée.

Le déluge et l’étendue de l’affluence a promptement secrété des Commotions en Espagne, attisant les dissimilitudes entre Rabat et Madrid sur le dossier des frontières, de l’immigration. Et la droite et l’extrême droite en Espagne disposent déjà de spectres et d’images dont elles avaient besoin pour instrumentalisation comme à l’accoutumé.

Lorsque des mômes optent pour la Grande Évasion contre la marée, le danger relève, outre du chômage et de l’exclusion, d’une fracture sociale plus abyssale, le manque de crédit d’un avenir décent au pays.

Cette Grande Évasion est d’autant plus affligeante à la notoriété du Maroc alors que notre économie est devenue plus proactive, plus opérante, plus résiliente, mieux connectée mondialement. Notre tissu économique est devenu plus industriel en bâtissant des ports, en forgeant des voies ferrées, en échafaudant des zones industrielles et en édifiant des infrastructures économiques et sportives. Son Soft Power fait écho sur l’arène mondiale. Hélas, une puissance nationale ne se cantonne pas aux seuls fondamentaux économiques, elle se calibre par le bien être du citoyen Marocain ou ce que François Perroux appelle la couverture des coûts de l’homme qui désigne l’ensemble des frais fondamentaux nécessaires pour garantir à tout être humain une existence digne, indépendamment de sa productivité ou de son travail.

Certes au cours de cette dernière décade, l’économie Marocaine a resplendi sur les palmarès internationaux : Le pays investit près de 32 % de son produit intérieur brut (PIB), l’un des taux les plus élevés au monde ; il n’est devancé que par la Chine et l’Inde,  l’inflation est maîtrisée (autour de 1 %), la dette est contenue (67,2 % du PIB), les investissements directs étrangers progressent (hausse de 31 % fin juin), et le Maroc s’est imposé comme une puissance industrielle dans l’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables. Cependant, le Maroc a rétrogradé sur le plan social avec une oisiveté qui avoisine les 13% dépassant les 37 % chez les jeunes. En 2025, plus de 400 000 jeunes ont atteint l’âge de travailler, mais près de 230 000 n’ont même pas intégré le marché du travail et des territoires enclavés, ce que le Souverain Marocain a appelé dans son discours un Maroc à deux vitesses et c’est le dilemme de Sebta qui matérialise cette ambivalence chez les jeunes Marocains. 

L’expérience internationale montre que des sociétés confrontées à des niveaux parfois comparables, voire supérieurs, de pauvreté, d’inégalités ou de fragilité sociale n’entretiennent pas nécessairement le même rapport à la nation

L’Inde, première démocratie du monde par sa population, compte encore plus de 230 millions de personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle. Le Pakistan, puissance nucléaire, reste confronté à une pauvreté structurelle. Le Brésil, grande puissance économique, demeure l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. En Égypte, les difficultés sociales sont immenses. Dans ces pays, la critique du pouvoir peut être vive, parfois radicale. Elle vise la corruption, l’injustice, les inégalités ou l’inefficacité de l’État. Mais elle ne se confond pas nécessairement avec un rejet global du pays.

Ce drame est d’autant plus atroce qu’il s’est produit le jour de la Fête du Trône du 30 juillet. Une date emblématique dans la conscience collective des Marocains qui remémore les accolures abyssales qui allient le Trône et le peuple Marocain et l’attachement instinctif des Marocains à leur patrie.

Ce qui s’est produit le jour de la Fête du Trône du 30 juillet ne peut être traité comme un simple incident migratoire. Il interpelle la lucidité nationale et apostrophe tous ceux qui exercent une responsabilité publique et la bourgeoise à être une bourgeoise entreprenante au service de sa patrie. 

On ne risque pas sa vie parce qu’une frontière est plus perméable économiquement et socialement qu’une autre. On la risque parce que l’avenir semble fermé. C’est précisément ce que décrivait en son temps l’économiste et philosophe Albert Hirschman. Face aux dysfonctionnements d’une société, les individus disposent de deux options : tenter de transformer le système ou partir. Lorsque la confiance dans la capacité d’un pays à offrir des perspectives s’effondre, l’évasion devient une nécessité. 

Ceux et celles qui ont tenté la grande évasion vers Sebta aime leur patrie, son histoire, ses institutions, ses symboles et ne traduit en rien leur rupture avec le Maroc.

Le Souverain Marocain au cours de ses 27 ans de règne dans ses discours n’a pas cessé de la placer le jeune Marocain au cœur de l’action publique, à lui donner la chance d’entreprendre, d’agir, à garantir sa dignité.

On s’en souvient lors du discours de la 59ème anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple du 20 Août 2012, le Souverain Marocain sonna l’alarme que les questions de la jeunesse ne sont pas tributaires seulement de la sphère privée et familiale ou du champ de l’éducation, la formation et l’apprentissage. C’est l’affaire de toute la société, et des réponses doivent être trouvées à tous les problèmes que connaît la jeunesse. Le Souverain Marocain a bien déploré qu’il serait inacceptable de considérer la jeunesse comme une charge pour la société. Elle doit, au contraire, être traitée comme une force de dynamisation du développement.

Nous pensons que construire un stade en un laps de temps rayonne, certes, l’image du Maroc à l’international, mais ce n’est pas un projet sociétal, mais investir dans l’éducation, dans la santé, dans l’impartialité de la justice c’est un projet de société pour pouvoir édifier une vraie démocratie.

Les moments que nous traversons sont d’une importance considérable. Ils reposent sur l’équation du pouvoir politique et de sa légitimité en termes de soin et non de violence. C’est un message fort que notre jeunesse adresse à ceux qui veulent gouverner. Elle demande la mise en place d un nouveau contrat social et politique qui place en son centre de gravité la question de la dignité, du soin, de l’éducation et de la justice.

Le Souverain Marocain n’a-t-il pas conscient des soucis de la jeunesse en leur accordant  toute une épopée lors de la 59ème anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple où à travers cette fête, le Sultan mit en exergue le rôle qui incombe à la jeunesse Marocaine prometteuse dans la construction d’un avenir digne des gloires et de la grandeur du passé. En effet, les grands chantiers que le Roi a lancés pour parachever l’aménagement du modèle singulier qui a été conçu pour une société Marocaine attachée à son identité et fondée sur la solidarité entre l’ensemble de ses composantes, ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en s’appuyant sur la force et la créativité de la jeunesse Marocaine, et en tirant parti des potentialités dont elle est porteuse.

« Jeunes du Maroc, vous êtes la vraie richesse de la nation, compte tenu du rôle le que vous assumez en tant que partie prenante dans le processus d’évolution sociale de votre pays. Vous jouissez de la citoyenneté pleine et entière, avec les droits et les obligations qui en découlent, et la nécessité de vous investir de manière constructive dans les transformations que connaît la société, tout en demeurant attachés aux constantes de l’identité nationale et ouverts aux idéaux universels. Voilà pourquoi nous n’avons eu de cesse d’être à l’écoute de vos préoccupations spécifiques et réceptifs à vos attentes légitimes, où que vous soyez et quelles que soient vos appartenances. »

Parler des jeunes, c’est évoquer les défis du présent et aborder les perspectives d’avenir. Et pour parler d’avenir, il faut, outre une grande probité intellectuelle pour scruter les horizons futurs, que soient élaborées des stratégies propres à préparer nos jeunes pour des lendemains meilleurs.

La nouvelle Constitution du Royaume accorde une importance capitale à la démocratie représentative et participative impliquant tous les citoyens, et prévoit, à cet égard, la création des différents mécanismes favorisant leur participation efficiente à la vie publique du pays.


Pour cela le Souverain Marocain soutient majestueusement que la Jeunesse ne peut s’insérer dans ce jeu démocratique que par la condition sine qua non de l’apprentissage, de l’éducation et de la formation. En effet,
« Nul doute que l’adhésion des jeunes à ce choix stratégique reste tributaire de leur niveau de qualification et de la manière avec laquelle ils sont préparés pour l’avenir. Ceci nous renvoie ipso facto au système d’éducation et à sa capacité à former les générations montantes et à les préparer à s’investir pleinement dans le processus de développement et de progrès démocratique de la société. »

 

Il est donc impératif de se pencher avec sérieux et résolution sur ce système » que nous plaçons, d’ailleurs, en tête de nos priorités nationales. Car ce système, qui nous interpelle aujourd’hui, se doit non seulement d’assurer l’accès égal et équitable à l’école et à l’université pour tous nos enfants, mais également de leur garantir le droit à un enseignement de qualité, doté d’une forte attractivité et adapté à la vie qui les attend. »

Par ailleurs, ce système doit également permettre aux jeunes d’affûter leurs talents, de valoriser leur créativité et de s’épanouir pleinement, pour qu’ils puissent remplir les obligations de citoyenneté qui sont les leurs, dans un climat de dignité et d’égalité des chances, et pour qu’ils apportent leur concours au développement économique, social et culturel du pays. C’est là, du reste, que réside le défi majeur du moment.

Le Maroc, notre chère patrie, vacille mais ne ploiera pas. Il doit rester debout, et il le restera. Car sa jeunesse est sa sève, son souffle et son avenir. À elle de transformer la colère en ambition, l’impatience en énergie créatrice, l’inquiétude en espérance. Et à nous, collectivement, de lui tendre la main, pour qu’elle bâtisse non sur des cendres du vandalisme, mais sur la lumière d’un destin retrouvé.

Le Maroc doit retrouver la voix, non pas celle de la propagande, mais celle de sa vérité. Il doit recréer l’espace du débat, de l’intelligence collective, de la pédagogie politique et médiatique où la voix résonne plus fort que le bruit de la rue, combien même légitime et fondé.

L’image d’un pays ne se défend pas par des slogans. Elle se mérite, par la clarté, la cohérence et la dignité. Et si cette crise a une vertu : nous rappeler que le silence n’est plus une option, ni à l’intérieur, ni face au monde.

Rappelons le, en guise de conclusion, que notre jeunesse a attesté qu’elle est responsable et a bien démontré un grand niveau de maturité et de solidarité, durant la période du covid19, il faut l’avouer, dans notre patrie, a été exprimée de manière spontanée, bénévole et bienveillante à des niveaux que peu de pays connaissent ou peuvent même espérer relevant que notre pays a été cité en exemple en matière de patriotisme et de fraternité durant le tremblement de le Haouz avec une mobilisation des jeunes, des associations des jeunes  pour fournir aide et soutien aux sinistrés démontrant leur rôle actif dans le soutien à la nation. 

Ce moment est historique pour la jeunesse Marocaine qui ne doit pas laisser voie libre aux vandales de l’espoir, les vandales du futur, qui veulent profiter des dérapages de quelques voyous pour jeter l’opprobre sur toute la jeunesse Marocaine et tenter d’étouffer son cri, sa soif de justice, sa soif d’équité. Le cri de cette jeunesse ne soit pas être détourné par ceux qui préfèrent s’attarder sur les débordements, et sur les interventions des forces de l’ordre.

La démocratie ne se sclérose pas aux urnes seulement. Elle repose sur ces droits que manifeste la Jeunesse, et il était temps que ce cri d’orfraie, coercible par tout un peuple, éclore in fine.

Il est donc impératif de mettre au point une stratégie globale qui mettrait fin à la dispersion des prestations fournies actuellement à notre jeunesse, et d’adopter une politique intégrée qui associe, dans une synergie et une convergence, les différentes actions menées en faveur des jeunes.

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