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Le Roi Mohammed VI et la revanche des Territoires au Maroc

by Mustapha Maghriti

Les approches des problèmes structurels de développement PSD nous enseignent que si la croissance apparait comme une condition nécessaire au recul des inégalités sociales et territoriales, elle reste néanmoins insuffisante pour y parvenir. Le partage des fruits de la croissance n’est jamais forcément démocratique et égalitariste : Le recul des inégalités ne se produit authentiquement que s’il constitue un objectif social et politique durable. Selon une étude publiée par l’Organisation de Coopération et de Développement OCDE, l’accroissement des inégalités peut avoir un impact négatif sur la croissance. En outre, le creusement généralisé des inégalités depuis plusieurs décennies a conduit des chercheurs à s’inquiéter de leurs répercussions potentielles pour nos sociétés et nos économies. Ces récentes recherches de l’OCDE révèlent que toute amplification de ces inéquations fait chuter la croissance économique. De ce fait, il apparaît que la réduction des inégalités, en plus de rendre nos sociétés plus justes, permet également de rendre nos économies plus stables et plus fortes.

Ainsi, faire bénéficier de la croissance à toute la population et à tous les territoires constitue un pari politique majeur. Et c’est dans ce sens que le Souverain Marocain tranche pour une approche transversale, inclusive à même d’assurer un replâtrage de la justice spatiale et territoriale, ce qui cadre avec les investigations économiques de l’économiste Américaine Weitzman M.L. dans son livre « L’économie du partage » édité le 5 Février 1986.

Croissance et développement sont deux concepts économiques qui interférèrent invariablement en dialectique. A-t-on appris dans les cours des problèmes structurels de développement que le développement humain est une fin dont la croissance et ses fruits économique sont le moyen. Cela implique notamment la valorisation des atouts locaux, le renforcement des services publics, la promotion de l’économie territoriale et circulaire et des mobilités durables, la participation citoyenne, et une gouvernance locale décentralisée. 

D’autres parts, les recherches et les thèses de démocratie sociale nous apprennent que la justice sociale est intrinsèquement liée au développement humain et territorial sans discrimination où l’on supprime les misères les plus profondes et où l’on satisfait les besoins urgents de l’être humain, ce que l’économiste Français François Perroux appelle la couverture des coûts de l’homme.

C’est dans cet esprit que le Souverain Marocain se dolente  que certaines régions du Maroc, surtout en milieu rural, pâtissent encore des formes de pauvreté et de précarité du fait du manque d’infrastructures et d’équipements de base qui ne reflète en rien la vision Royale de ce que devrait être le Maroc d’aujourd’hui et ne donne pas non plus la pleine mesure des efforts que le Souverain déploie pour renforcer le développement social et territorial. Le Souverain Marocain constate que « le modèle de développement national […] s’avère aujourd’hui inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à réaliser la justice sociale  » discours Royal du 13 Octobre 2017.

A l’appui, les derniers chiffres livrés par le département de Chakib Benmoussa le Haut-commissariat au plan HCP sont plus qu’éloquents : les inégalités du niveau de vie s’accentuent et se sont creusées entre 2014 et 2022, passant de 39,5% à 40,5%. Aussi, les indicateurs continuent de révéler un Maroc à deux vitesses, avec l’essentiel du PIB national porté par les trois régions du Royaume (Près de 60% est généré par Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima), exacerbant un déséquilibre démographique et territorial, lui-même amplifié par des flux migratoires soutenus vers les principales métropoles du pays.

A cet égard, pensé au sommet de la pyramide du pouvoir au Maroc, structuré avec précision, puis décliné avec rigueur et méthode sur l’ensemble du territoire, le Souverain Marocain, au Conseil des Ministres du 9 Avril 2026, injecte une enveloppe colossale de 210 Milliards de dirhams (MMDH), soit près de 15 % du PIB, sur une période de 8 ans pour la concrétisation de la nouvelle génération des programmes de développement territorial reconfigurant en substance l’architecture régionale du Royaume, érigeant le territoire en acteur central du développement économique.  

Cette clairvoyance Royale se détache des instinctifs administratifs et bureaucratiques pour se tailler sur les nécessités exprimées à l’échelle locale des préfectures et des provinces, nourris par la concertation et l’écoute, avant de remonter vers le régional, puis le central au niveau national. Cela traduit la constance Royale de faire de l’amélioration des conditions de vie des citoyens Marocains et de la préservation de leur dignité le point mire de toute politique publique. Car en filigrane de ce protocole financier ambitieux se dessine une vision intégrée du développement économique et social. Croissance, emploi, justice sociale et spatiale, accès aux services publics, attractivité territoriale où toutes ces dimensions ne peuvent plus être pensées en silos.

Le Maroc opère d’ores et déjà une détermination structurante, celui de substituer à la fragmentation sectorielle une dynamique d’ensemble, où les territoires deviennent des unités de synergie, de programmation et d’impact. Cette chaîne de décision et d’exécution, clairement définie, marque un hiatus avec les logiques diffuses du passé pour recomposer et redessiner les dynamiques territoriales.

En sus, cette territorialisation intègre dorénavant un élément longtemps resté en retrait dans la conduite de la chose publique : la culture de l’évaluation via des indicateurs de performance, audits annuels croisés, tableaux de bord, plateforme digitale de suivi ouverte ; autant d’outils qui traduisent une exigence nouvelle, celle d’un État qui accepte désormais de se mesurer, de s’observer en action, et, in fine, de rendre compte à travers des audits annuels menés conjointement par l’Inspection générale des finances IGF et l’Inspection générale de l’administration territoriale relevant du Ministère de l’intérieur, afin d’évaluer les performances.  

En somme, le Souverain Marocain sait pertinemment que la planification du territoire constitue la condition sine qua non pour le développement économique, social et culturel dans toutes ses dimensions, tant quantitatives que qualitatives à même de satisfaire les besoins essentiels des citoyens dans quelque territoire qu’ils se trouvent. Et afin d’assurer aux générations actuelles et futures de meilleures conditions de vie décentes dans une géopolitique mondiale tumultueuse, le Souverain Marocain, conscient des déroutages et des dérivations d’obédience néolibérale durant les années 1980, escompte promouvoir un modèle économique étayé sur une croissance inclusive et surtout partagée, créatrice d’emplois, et assurément distributrice de richesses pour tous les citoyens Marocains.

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