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Paris, l’Elysée et la Vie en Jaune

by Mustapha Maghriti

Depuis plus de deux Mois, la France chante à cor et à cri au tempo du conflit social déclenché par les gilets jaunes. Une effusion sociale qui en a médusé plus d’un par son immensité, sa pérennité et parfois par la part du révolte et de la rébellion qu’elle a engendrée. 
Ce remous social vient rompre un cycle post-politique que les démocraties Européennes avaient cru avoir débrider pour se contenter d’un millénaire apaisée et de démocratie rasséréné et réchappant aux antinomies et aux augures des grands soirs. 
Le mouvement des gilets jaunes vient ressusciter les luttes de classes que l’on imaginait définitivement inhumées du temps de Marx et Lénine. 
Faut-il rappeler que le berceau de ce mouvement des gilets jaunes est la taxe imposée par le L’Exécutif Macron sur les carburants pour renflouer la transition énergétique et qui a engendré une flambée des prix. Ce renchérissement a été à l’origine de la fulmination de l’indignation et de la révolte d’une large frange des Français en devenant en l’espace de quelques semaines une épée de Damoclès sur le pouvoir en France.Ce mouvement ne s’est pas cantonné à la seule nouvelle taxe sur le carburant ; il a fait tâche d’huile et boule de neige en réclamant d’autres revendications sociales plus aiguës à l’instar de l’augmentation du SMIC et la revalorisation des pensions de retraite. 
Le Gouvernement Macron a pris une telle mesure de désindexation des pensions de retraite et d’autres prestations sociales dont l’allocation logement et certaines allocations familiales, pour faire des économies budgétaires évalués à plus de 3,5 milliards d’euros en 2019 et 7 milliards en 2020. 
Cependant, le coût politique d’une telle décision a été catastrophique et a secrété une forte subversion sociale et une mobilisation importante des retraités contre Macron et son Exécutif.Toutefois la décision qui a été au cœur du tumulte social et qui a été l’expression du sentiment de l’arbitraire, de la partialité et d’inégalité concerne la décision du président Français Macron d’abolir l’impôt sur la fortune ISF. Cette décision a été désavouée et reniée par la grande frange du peuple français et a fait l’objet de dénégations, qualifiant Macron de l’épithète « Président des riches ». 
Historiquement, cet impôt a été accouché en 1989 par Michel Rocard, à l’époque Premier Ministre sous les commandes du parti socialiste de François Mitterrand en l’inscrivant dans la dynamique du renforcement de la solidarité sociale, singulièrement en faveur des couches les plus démunies. 

L’ISF, parallèlement aux revenus qu’il a générés au Budget de l’Etat, qui se sont élevés en 2017 à 4,2 milliards d’euros, a acquis une forte connotation emblématique sociale ; Il était appréhendé comme un gage de consolidation du contrat social pour reprendre Jean-Jacques Rousseau. 
Toutefois, l’ISF a été abrogé par la nouvelle majorité suite à une promesse électorale du futur président Macron en incarnant « l’avocat du diable » que cet ISF allait devenir une mesure fiscale dissuasive exhortant les entreprises Françaises et les grandes fortunes à un exode de leurs capitaux en les expatriant sur d’autres cieux afin de contourner une fiscalité lourde. 
Et depuis son abrogation le 20 octobre 2017, cette œuvre a fait entrer le loup dans la bergerie et constitua le boulet que le président Macron et sa nouvelle majorité vont traîner jusqu’à aujourd’hui et le credo social « d’une gratification pour les riches » n’a fait que se renforcer dans le milieu social parisien et français en général. 
Certes, l’Elysée a créé un  » Impôt sur la Fortune Immobilière » pour assujettir les propriétaires de valeurs immobilières. Cependant, non seulement le gain de cet nouvel impôt a été nettement modique et n’a rapporté en 2018 que 1,2 milliard d’euros, soit une moins-value fiscale de 3 milliards d’euros, mais surtout, il a eu un fardeau fiscal sans égal en renforçant l’idée d’une injustice fiscale et d’une inégalité devant l’impôt auprès d’une large majorité des françaisCette suppression a été qualifiée par la plupart d’un « péché originel » qui a enseveli le chef de l’Elysée et sa politique dans une répulsion d’envergure du pays de lumières par l’écrasante majorité des Français Depuis, ce sentiment n’a fait qu’à’intensifier l’idée d’un  » Gouvernement de riches » faisant litière de la dimension sociale tout en creusant l’hiatus social.A notre sens, cette quête de justice n’est pas propre à la France, elle est générale dans le monde et constitue depuis quelques années le revers de la médaille de la globalisation qui a attisé les inégalités au sein des démocraties contemporaines. 
Certes, les inégalités entre Etats se sont allégées grâce aux efforts consentis par un grand nombre de pays en développement PED pour lutter contre la précarité et l’exclusion. Toutefois , ces formes anciennes d’inégalités se sont substituées à de nouvelles expressions d’inégalités en créant un clivage entre, d’une part des pays qui ont réussi à s’atteler à la nouvelle dynamique économique mondiale du know-how, et d’autre part ceux issus du taylorisme, du fordisme et des industries lourdes qui ont progressivement périclité.

C’est somme toute, la nouvelle fragmentation, résultante de la mondialisation et de la nouvelle économie de la High tech qui est au cœur d’une nouvelle division internationale sociale et du « Némésis » des laissés pour compte.
Toutefois, au lieu de colmater ce fossé qui ne cesse de s’excaver et de se creuser, la nouvelle crème d’élite n’a fait que « sprinter » la volte-face avec une présomption et une témérité qui n’ont fait qu’à aviver le ressentiment de ceux d’en bas. Cette outrecuidance est à l’origine d’une forte mobilisation en faveur de la dignité qui s’apparente, me semble-t-il, aux premières rébellions du printemps arabe.Le mouvement des gilets jaunes en France est révélateur d’un mouvement plus global, il est évocateur d’un ressentiment plus général : Il s’agit d’une riposte à une globalisation ayant distillé des inégalités sociales sans précédent. Elles sont le résultat, somme toute, d’un cataclysme et d’une grande crise de l’emblème politique dans les sociétés démocratiques contemporaines et l’expression du discrédit des formes classiques d’action qui sont les partis politiques et les centrales syndicales et de facto la rue et les mobilisations insurrectionnelles sont devenues les nouvelles formes de contestation et de subversion partout dans le monde.En guise de conclusion, le mouvement des gilets jaunes n’est qu’un microcosme des nouvelles formes d’action politique et social du citoyen mondial faisant de l’égalité, de la dignité son credo en dehors de mouvement syndical et des partis politiques en panne d’inspiration ; le mouvement des gilets est une réplique à une mondialisation entraînant l’appauvrissement généralisé des basses classes de la société, le recul des droits sociaux dans l’unique but est de maintenir les coûts salariaux bas pour maximiser le profit et la rentabilité des cours réels et des actifs financiers sur l’arène internationale de la nouvelle économie ayant enfanté un fossé abyssal qui se creuse de plus en plus entre des riches comme Crésus et des pauvres comme Job. 

Dans ce cyclone du mouvement des gilets jaunes, Edith Piaff n’aurait-elle pas chantée la Vie en Jaune au lieu de la vie en rose ? 

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