Il y a plus d’une dizaine de jours, le magazine Américain Forbes publia son dernier hit-parade du Business international à travers le monde “The Best Countries for Business”. Faut-il signaler, en guise de prélude, que le calibrage de Forbes porte sur 15 indicateurs qui sont entre autres : les droits de propriété, l’innovation, les taxes, la technologie, la corruption, la liberté (personnelle, commerciale et monétaire), la bureaucratie, la protection des investisseurs et la performance du marché boursier.
Sur un échantillon de 161 pays, le Maroc enregistra une décrue chutant à la 62éme position, soit 7 places de moins par rapport à l’édition 2017 où il se situa à la 62e position.
En Afrique du Nord, le Maroc arrive en tête, suivi par la Tunisie (96ème), l’Egypte (101ème), l’Algérie (124ème) et la Libye (149ème).
La répartition géographique montre que dans le continent Africain, le Maroc se positionne dans la troisième place. La première place dans le continent est revenue à l’Ile Maurice qui occupe le 39e rang à l’échelle mondiale devant l’Afrique du Sud (59e). Les Seychelles, la Tunisie, le Botswana, le Rwanda, le Kenya, le Ghana et l’Égypte ferment le Top 10 africain
L’amélioration du climat du Business au Maroc selon les rapporteurs de Forbes est attribuable à la proximité avec le vieux continent l’Europe en l’occurrence et son faible coût salarial pour construire une économie diversifiée, ouverte et orientée vers une économie de marché.
À notre sens, l’attractivité du climat de l’investissement ne peut être accotée sur les deux critériums cités ci-haut par Forbes pour au moins deux mobiles :
– Primo, l’attractivité du business international ne peut se scléroser au seul coût salaria, car eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s’éroder au point que le travailleur marocain est devenu plus coûteux comparativement à d’autres économies comme la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie.

En sus, Etayer l’essentiel de l’attractivité sur les coûts salariaux pour transpercer les débouchés extérieurs et féconder le climat de l’investissement laisse croire qu’il existe une rivalité industrielle et une attractivité greffée sur le seul critère du bas salaire. Dans un tel cas, comment expliquer alors que les pays développés, où le coût du travail est plus élevé, sont compétitifs sur les marchés internationaux et attirent plus d’IDE que les pays moins développés à l’instar de l’économie Allemande, Irlandaise ou Suisse ? Si cette bataille commerciale et industrielle existe, cela revient à nous interpeller qu’elle est viable uniquement pour des biens bas de gamme et cantonner sa compétitivité à celle des bas salaires verrouille notre tissu économique dans des niches à faible valeur ajoutée et à faible contenu technologique,
– Secundo, l’attractivité ne peut se baser sur la proximité avec le vieux continent. En effet, selon une investigation de la Banque Mondiale portant sur la logistique, cette proximité n’est pas réelle si l’on appréhende par le coût du transport puisqu’un conteneur entre le Havre et Hong Kong est moins onéreux qu’entre Casablanca et Marseille. Aussi, selon la même étude, il faudrait 4 semaines minimum pour convoyer une marchandise du Maroc vers Rotterdam, alors qu’un conteneur de la Chine vers Rotterdam a besoin seulement de 3 semaines. De plus, plus de 20 % de la valeur ajoutée des produits manufacturiers est alourdie dans des frais de logistique. À cet égard, la Chine ne parait-elle pas plus proche de l’Europe que du Maroc ?
Le véritable calibrage du climat des affaires ne se confine pas au seul palmarès du journal Américain, la vraie évaluation de l’environnement de l’investissement ne se borne pas au seul hit-parade concocté par Forbes, l’attractivité du Business international se loge dans l’enterrement de la rente et l’érection des lois de marché, dans les funérailles de l’ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l’investissement, dans l’élimination du favoritisme et l’inhumation de la corruption pour laisser voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence.

Le Souverain Marocain n’a-t-il appelé à en finir avec les restrictions et les contraintes qui se dressent devant les investisseurs et de s’en tenir à l’esprit des réformes au service de l’investissement générateur d’emplois et de richesses et de combattre les réflexes et comportements contre-productifs ? Car, dans la conception royale, l’efficacité administrative est un critère à l’aune duquel se mesure le progrès des nations, le Maroc ne sera en mesure de rejoindre le peloton de tête dans les classements mondiaux que s’il remplit les critères de l’efficience administrative, véritable locomotive de développement et de promotion de l’investissement.
L’attractivité des affaires internationales réside, somme toute, dans le développement endogène, les politiques de soutien à la demande locale, le développement du savoir-faire et dans l’échafaudage d’un tissu industriel dense et robuste.
