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Nul ne doute que depuis l’envolée de la pandémie du Covid-19, le Souverain Marocain a consenti, avec dévouement des sacrifices immenses pour sauver des âmes humaines et ce en faisant primer la vie des Marocains sur l’économie. En outre, le King a déployé des efforts laborieux à travers différentes moyens : Etat d’urgence sanitaire décrété le 20 Mars 2020, la création d’un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie de coronavirus, le 15 Mars 2020. Le confinement a été accueilli à bras ouverts par tous les Marocains malgré ses contrecoups économiques et ses terribles effets psychiques et psychologiques avec ces 100 jours ou presque de confinement drastique qui ont étouffé l’économie du Maroc et achevé le moral des familles.
La solidarité, il faut l’avouer, dans notre patrie, a été exprimée de manière spontanée, bénévole et bienveillante à des niveaux que peu de pays connaissent ou peuvent même espérer relevant que notre pays a été cité en exemple pour son respect des mesures préventives et pour les résultats probants qu’il a enregistrés durant la période de confinement.
Le Souverain Marocain ne s’est-il pas félicité de ce bilan, dans son panégyrique à l’occasion du 67ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, qui a été un sujet particulier de fierté, notamment au vu des bas niveaux du nombre de décès et de la proportion des individus atteints, comparativement à ceux de nombreux autres pays.
Ainsi, jusqu’à la fin du confinement, la gestion de la pandémie s’est avérée efficace et le retour à la vie normale était presque envisageable.
Autant en emporte le vent et hélas, juste après la levée du confinement et quand les Marocains ont cru qu’on est sorti de l’auberge, l’état épidémiologique s’est vite démantelée : le nombre des cas confirmés, celui des cas graves et celui des décès ont augmenté in crescendo, en peu de temps, soit plus de trois fois, par rapport à la période de confinement.
Certains ont confondu levée du confinement et fin de la pandémie, d’autres ont affiché un laisser-aller et un relâchement inadmissibles alors que d’aucuns affabulateurs réfutent même l’existence de la pandémie.
La pandémie du Covid-19 s’est embrasée rendant oiseux et vains tous les sacrifices consentis et mettant en lambeaux tous les aboutissements positifs registrés jusque-là.
Les causes sont un secret de polichinelle : indifférence, laxité, inattention et insouciance générale. Les Marocains, tout en faisant litière des mesures barrières, ils ont précipitamment renoué avec leur train-train dans les espaces publics ainsi qu’au sein de leur famille.
Ils ont repris leurs accoutumance comme si la pandémie du Covid-19 n’était qu’un feu de paille, pire encore comme s’il n’jamais existé, ou comme une boutade tissée par l’imaginaire de l’OMS.
Et de charybde en scylla, la fête de l’Aid, avec ses débouchés de bétail truffés de vendeurs et d’acheteurs, les attroupements familiaux, les cafés, les voyages, les plages ont été la cerise sur le gâteau. Résultat : Multiplication exceptionnelle de cas d’infection avec u une contamination qui dépasse les 1000 cas chaque jour, les services de réanimation pris d’assaut et des pertes humaines en augmentation alarmante avec une moyenne de 32 décès chaque jour.
Sans vouloir jeter de l’opprobre sur les Marocains, on a l’impression qu’il y a désinvolte et irrévérence qui plisse la provocation chez grand nombre de nos compatriotes. La guerre n’est pas menée par tous. Il y aurait ainsi des déserteurs, des irresponsables, des inconscients pour reprendre les propos de Tahar Benjelloun.
Dans son discours à l’occasion du 67ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le Souverain a indiqué que ces attitudes irrationnelles sont d’une part dénuées de civisme car agir en bon citoyen, c’est avant tout se soucier de la santé et de la sécurité d’autrui, notant que ces attitudes traduisent, d’autre part, un manque de solidarité, car être solidaire, ce n’est pas seulement aider autrui matériellement, c’est surtout, dans cette situation, éviter d’être potentiellement un vecteur de contamination pour les autres.
Ce comportement incivique et irresponsable des gens pourrait être assignable à l’inconscience, à la bravade, au fatalisme, au « je-m’en-foutisme » ou encore au scepticisme de nos concitoyens au regard de la pandémie du Covid-19. Pire encore, certains Marocains vont jusqu’à disconvenir son existence en convoquant la théorie du complot pour argumenter leur manquement aux consignes de protection.
De ce fait, la réticence au port du masque est tangible et la distanciation physique dans les lieux publics ou les marchés n’est pas respectée. Ainsi nous interpelle le pourquoi de cette indifférence et cet agnosticisme à l’égard des discours officiels sur la Covid-19, en dépit de toutes les campagnes de sensibilisation et les mises-en garde contre ce virus :
D’abord, l’incrédibilité des responsables et du Gouvernement voire des scientifiques et ce, pour de nombreuses raisons : l’incohérence et le tohu-bohu des discours scientifiques, les annonces divergents et contradictoires des politiques, les guerres intestinales préjugées sur le marbre des laboratoires des scientifiques et politiques, les débats houleux sur l’efficacité de la chloroquine entre l’école de Marseille de Didier Raoult et ses adversaires les plus acharnés, les discussions orageuses sur la nécessité du port du masque, sur la fiabilité du vaccin et les différentes virevoltes qui s’y rapportent ont alimenté chez les Marocains, et sur d’autres cieux le sentiment de scepticisme à l’égard des chercheurs et des politiques.
Toutes ces incohérences et ce « remue-ménage », ces discours d’obédience politique et scientifique contradictoire, auraient suscité la suspicion et une sorte de paranoïa au regard de ceux qui sont censés démystifier et prémunir le peuple et en corollaire apporté de l’eau au moulin des apôtres de la théorie du complot et d’autres psychoses.
Aussi, les enjeux économiques liés à la pandémie, les politiques géostratégiques et géopolitiques des différentes puissances, ainsi que les discours médiatiques ont farfouillé les pistes. Ainsi, il n’y a plus de distinguo entre les mensonges des vraies informations, c’est la Tour de Babel où le commun des mortels ne sait plus à quel saint se vouer.
En sus, le rapport du citoyen à l’autorité publique est un autre facteur qui, semble-t-il, pourrait expliquer la désinvolture de certains de nos concitoyens à qui les agents d’autorité n’incarnent plus le » Topo » et le modèle qui fait peur et qui s’approprie le pouvoir absolu auquel le patriote était longtemps subordonné.
Et, le discours pédagogique auquel on a recours ne tient plus car il est devenu orthogonal aux moyens d’éducation et de dissuasion empruntés et auxquels ils sont habitués. Leur comportement est devenu le pendant de deux modèles d’éducation antinomiques : L’autoritarisme et le laxisme.
Avant le port du masque, le port de la ceinture en voiture, bien que cela soit dans l’intérêt du citoyen et malgré toutes les campagnes de sensibilisation, n’est-elle pas adoptée que lorsque les amendes ont commencé à être infligées ? C’est pourquoi des voix s’élèvent pour demander que des sanctions soient appliquées à ceux qui ne respectent pas les mesures barrières.
En corollaire à cette ambivalence des discours et de ces modèles d’éducation, nous avons affaire à une grande frange sociale qui choisit ses références et ses arguments. Quand on est à court d’argument, c’est le modèle occidental qui est évoqué pour se justifier. « On n’est pas meilleur que ces Allemands ou ces Américains qui ont manifesté contre le port du masque » nous rétorque-t-on.
Ceci dit, il est malencontreux de voir des personnes qui ne sont ni disciplinées, ni responsables, ni solidaires et encore moins altruistes réduire à néant les efforts louables et laborieux consentis durant des mois de confinement. A cet égard, ne faudrait – il pas évoquer une crise de valeurs ; lesquelles valeurs ne constituent pas la prévalence d’une grande partie des Marocains ?
C’est dans ce sillage que le Souverain Marocain a appelé la Nation à faire preuve de mobilisation et de vigilance et à adhérer unanimement aux efforts déployés à l’échelle nationale, afin de sensibiliser la société, éveiller sa conscience et l’encadrer pour juguler la pandémie du Covid-19. Car, in fine, nous sommes en guerre, mais contre un ennemi invisible, génocide, truand, misanthrope et ascétique qui gagne à tous les coups.







