Home Non classé Quelle nouvelle cartographie du Commerce International à l’heure du Covid-19 ?

Quelle nouvelle cartographie du Commerce International à l’heure du Covid-19 ?

by Mustapha Maghriti

L’aéronomie économique mondiale est à la taciturnité pour les responsables politiques, institutions internationales (FMI, OMC, OCDE, CNUCED….), dirigeants économiques, qui s’intéressent à l’évolution de Relations Commerciales Internationales. Il faut dire que les impulsions de la mélancolie économique internationale ne manquent pas. Il y a d’abord la croissance mondiale qui a du mal à retrouver sa véhémence et son ardeur économique d’avant la grande déconfiture économique, financière et sociale de 2008/2009 déchaînée par la pandémie du Covid-19.

Les fiscal stimulus lancés par de nombreux pays, les politiques monétaires latitudinaires, ainsi que les politiques budgétaires permissives, n’ont pas réussi à redonner à l’économie mondiale une dynamisation de croissance plus marquée.

La vulnérabilité de la croissance économique globale n’est pas le seul facteur des inquiétudes pour l’économie mondiale, le commerce international est une des préoccupations actuelles.

En effet, moult rapports ont décelé que le tempo de la croissance du commerce international devrait enregistrer en 2020 une contraction comprise entre 13% et 32% en 2020, sous l’effet de la pandémie du nouveau coronavirus qui a fortement affecté les chaines de valeurs mondiales et la vie normale dans le monde selon l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Les économistes de l’OMC arguent que cette baisse sera probablement supérieure à la contraction du commerce mondial causée par la crise financière mondiale de 2008-2009 où les échanges commerciaux devraient accuser une baisse à deux chiffres dans presque toutes les régions de la planète.

Pour certains économistes, inutile de s’attendre à une véritable reprise du commerce mondial : La stagnation serait un fait perdurable auquel il faut adapter notre modèle économique.

Avec l’élection de Joe Biden,  les caméscopes du monde sont épinglés sur les premières œuvres du nouvel élu de la maison blanche, qui devrait tenir les gouvernails de la première puissance mondiale à la mi-Janvier 2021. Sa position en matière du commerce mondial sera plus singulièrement interpellée, en particulier les relations économiques internationales tumultueuses avec le Céleste Empire, attisées par le président sortant D.Trump, un adepte du mercantilisme et ne croit pas, en matière de commerce, au jeu à somme positive. Au contraire, il voit, dans le protectionnisme et l’isolationnisme, la seule voie pour défendre les intérêts américains. 

A bien des égards, la compétition commerciale et l’ouragan des échanges commerciaux s’est focalisée autour de ce nouvel affrontement sur l’échiquier mondial, notamment Est-Ouest.

Les argumentations du pays d’uncle Sam pour tenter de rééquilibrer leur déficit commercial le plus élevé du monde (616,8 Milliards de dollars en 2019) sont connus en théorie, et pour certains, légitimaires : affaiblissement du Yuan au regard du Dollar pour aviver les exportations chinoises, barrières à l’entrée au marché Chinois via des barrières non-tarifaires, contingents, préférence nationale appliquée par la Chine, notamment en matière technologique.

Pour plusieurs analystes, même si la politique étrangère évoluerait sur la forme vis-à-vis de la Chine, celle de Joe Biden ne devra pas s’éloigner de la trame tissée D. Trump. Sous cet angle, Hubert Védrine, l’ex-ministre des affaires étrangères n’a-t-il pas dit : N’oublions pas que le futur Président des États-Unis sera avant tout Américain, et aura à cœur de défendre les intérêts de son pays ? A cet effet, soutenir les intérêts stratégiques des USA ne nécessitera-t-elle pas de reconduire le bras de fer avec Pékin ?

Dans les coutumes et les Us de la chose politique aux USA : Les républicains sont isolationnistes, les démocrates protectionnistes ; la main invisible du libéralisme dominant aux États-Unis s’estompe là où les intérêts stratégiques du pays de 50 États sont en jeu.

En additionnant les dommages collatéraux du Covid-19 et la gestion timide et réticente de la pandémie par l’Oncle Sam par D.Trump, l’on se trouve  devant une « olla-podrida » engendrant mécaniquement une attitude aussi bien méga-défensive pour prémunir le marché intérieur, qu’offensive pour percer les marchés mondiaux.

Dans ce cas d’espèce de la réduction de ses débouchés au sein de ce grand marché Américain, des tensions additionnelles dans le commerce mondial vont avoir lieu : La Chine va systématiquement investir dans de nouvelles zones commerciales et ce dans le dessein de préserver un niveau de dynamique économique idoine pour conserver ses parts de marché, ainsi que ses fondamentaux économiques et sociaux. Dans cette reconfiguration du commerce mondial, nous assistons à une guérilla économique entre les deux superpuissances ; dans ce faciès du commerce international, l’Europe constitue l’estrade d’opérations principales puisque le vieux continent prédispose d’un PIB par habitant consistant, bien que son marché soit mûri.

Cependant, l’Europe mène la contre-offensive, comme en témoigne la récente mise en place de sanctions européennes à l’encontre du mastodonte Boeing, inculpé d’avoir bénéficié de subsides publics Américains. 

Aussi, avec la perturbation des chaines de valeurs mondiales à l’heure du Covid-19, l’Europe a notifié sa fermeté de relocaliser certaines industries stratégiques sur son tissu économique afin d’amortir la surexposition de ses chaînes de valeurs à l’Asie du Sud-Est : Commotionnés par l’arrêt brutal de leurs approvisionnements, les grands groupes industriels Européens envisagent l’éventualité de raccourcir leurs unités industrielles de l’Europe, afin d’être moins exposés aux différentes incertitudes de pénurie.

Comme la réaction de l’Europe contre les USA, la réplique de la Chine  ne se fera pas attendre : Pékin évitera à tout prix tout rush de désengagement des Firmes Multinationales FMN du grand atelier du monde, et pourrait agir par le biais de la fermeture de son marché aux produits de ceux qui sont tentés de partir. Qu’en est-il de l’Afrique dans cette nouvelle cartographie du Commerce International ?

L’Afrique, pour sa part, recèle un potentiel de croissance d’envergure et fait l’objet de toutes les convoitises commerciales. Résolument enraciné dans le continent noir depuis la fin des années 90, la Chine dispose d’avantages compétitifs et concurrentiels en Afrique dans plusieurs niches telles les industries extractives, grands investissements dans les infrastructures, exportations de produits finis semi-finis et d’intrants industriels.

D’ailleurs depuis l’éclatement de la pandémie, Pékin a redéployé des efforts laborieux en direction du continent noir, multipliant les prodromes d’investissement et consentant un effort massif pour épauler l’Afrique à lutter contre le virus du Covid-19.

Mis à part quelques accords de libre échange, l’Amérique n’ont jamais explicitement défini leur politique commerciale envers l’Afrique, et s’échine à mettre en place une dynamique commerciale gagnante.

L’Europe, quant à elle, historiquement prédominante a perdu des places même dans des aires géographiques commerciales où elle était séculairement présente.

Dans cette nouvelle gravure du commerce mondial et pour reprendre la célèbre phrase du légendaire footballeur anglais Gary Lineker en 1990 « Le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c’est l’Allemagne gagne », Idem, pour le Commerce Mondial des deux dernières décades, « une compétition commerciale qui se joue à 193 pays, et à la fin, c’est la Chine qui gagne » hormis que la pandémie du Covid-19 est en train de remettre en question de manière abyssale les chaînes de valeurs mondiales, révélant à la fois une surexposition des industries manufacturières mondiales à l’Asie du Sud-Est, ainsi qu’une férule des plateformes technologiques. La pandémie de COVID-19 représente, somme toute, un bouleversement sans précédent de l’économie mondiale : Sommes-nous à l’aurore d’un grand redimensionnement de l’échiquier Commercial Mondial ?

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