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– Le retour en force du concept de la souveraineté de l’Etat et des frontières et le retour des postures du self-help prônées par les théoriciens du néoréalisme, à l’instar de l’Américain Kenneth Waltz. Or, faut-il rappeler que la globalisation a été boisée sur l’apostasie du paradigme national de la souveraineté politique et économique de l’Etat au profit des grandes audiences multilatérales et des Firmes Multinationales FMN.
Nul ne doute qu’avec la pandémie du Covid-19, le monde est entrain d’assister à un chambardement de l’agenda international débobiné par les principales instances internationales (ONU en particulier), ainsi que par les omnipotences mondiales tel le G7 et le G20.
Indéniablement, des dissertations ont, plus ou moins, abordé les corollaires des endémies et/ou des épidémies sur la géopolitique mondiale. Cependant, les institutions les plus réputées en matière de pronostics, FMI, Banque Mondiale, OCDE……, n’ont pu conjecturer les scénarios eschatologiques de la Covid-19. La pandémie du Coronavirus n’a-t-elle pas arboré la caducité des instruments de concertation matérialisés par une gouvernance financière, économique et sociale mondiale mise à genoux par la rapidité de la propagation du virus ?
Alors que cette crise est par nature globale et requiert par conséquent une approche coordonnée et coopérative, la prédominance des actions ponctuelles et unilatérales est manifeste. La Covid-19 n’a-t-elle pas dénudé l’usure des mécanismes de coordination concrétisés par le « selfish » des Etats où le « chacun pour soi » est devenu le Maître-mot en matière de gouvernance du Covid-19 ?
Sous cet angle, l’on a décelé :
– Le retour en force du concept de la souveraineté de l’Etat et des frontières et le retour des postures du self-help prônées par les théoriciens du néoréalisme, à l’instar de l’Américain Kenneth Waltz. Or, faut-il rappeler que la globalisation a été boisée sur l’apostasie du paradigme national de la souveraineté politique et économique de l’Etat au profit des grandes audiences multilatérales et des Firmes Multinationales FMN.Ce dogme est en train d’être substitué et les pays, à l’heure du Covid-19 sont en train de retracer la nostalgie de l’éclat national, notamment dans les investissements râblés dans les industries stratégiques, à l’instar des industries lourdes en Asie au Japon et en Corée du Sud. C’est aussi, aujourd’hui que sur l’arène mondiale, particulièrement les pays développés, ont découvert leur obédience pour les produits industriels attisée par la « dictature économique » de la Chine et de l’Inde qui produisent aujourd’hui plus de 80% de la production mondiale de ces produits actifs.
Avec la Covid-19 et la cloison des voies terrestre, aériennes et maritimes, les Etats sont entrain de perdre leur prestidigitation de la souveraineté pour se redimensionner sur les chaines de valeur mondiales et les activités stratégiques abandonnées jusque-là.
Sur le rebord mondial, la Covid-19 n’est-elle pas en train de remettre en cause cette tendance et d’apostropher les relations économiques internationales à un retour des Etats-nations et des frontières?
– Dans ce contexte d’interférence accrue aux effets domino pour reprendre Richard Baldwin, la globalisation est plus perceptible comme une épée de Damoclès à refréner qu’une opportunité à saisir. Ainsi, dans le temps et dans l’espace, la géopolitique mondiale se résume à un faciès des rapports de force, une architectonique mondiale qui a été chavirée mettant tous les contrées pays développés ou en développement, sur le même pied d’égalité au niveau de la confrontation du danger public du Covid-19. Il s’agit d’une induction qui n’épargne aucun Etat, ou pour paraphraser le politologue Américain James Rosenau, une zone de turbulence qui a pris d’assaut tous les Etats impuissants face à ce phénomène quasiment chaotique.
– Sur le plan politique, le monde est entrain de vivre une nouvelle étape dans l’équilibre des forces mondiales : Jusqu’à quelques années, la géopolitique mondiale a été dominée par un système unipolaire où les USA avaient la position de leadership aux niveaux économique, technologique et même militaire. Avec la pandémie de Coronavirus et la course effrénée pour trouver la formule du vaccin du Covid-19, la cartographie mondiale bifurque vers un système multipolaire. Avec le sprint échevelé pour concevoir l’équation miracle de l’immunité contre la Covid-19, des domaines d’influence commenceront à apparaître et qui outrepasseraient, à l’avenir, le cadre militaire de la domination.
– Les Etats-Unis et l’Europe, obnubilés par leur perte d’emprise, sont encore sur la défensive, se cherchant une plazza dans la grande « bataille des récits », pour reprendre l’expression du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell.
Cet éréthisme se vérifie dans l’absence de l’hégémonie Américaine dans la lutte contre la pandémie et dans la syncope de la concertation intra-européenne. Aussi, la cartographie mondiale a été jalonnée par la rétrogression des USA de plusieurs accords, à l’instar de l’Accord de Paris sur le réchauffement climatique, l’ALENA, l’Accord de Vienne sur le nucléaire Iranien, le TPP (Partenariat transpacifique), de quelques Organisations internationales comme l’UNESCO et du Conseil des Droits de l’Homme, ainsi par leur alignement sur la politique de colonisation systématique menée par Israël.
A cet égard, la Chine ne rate aucune opportunité, cherchant à étancher l’hiatus laissé par les USA, l’Empire Céleste en légitimant ses meilleures mesures de riposte à la crise sanitaire du Covid-19 par sa réactivité et l’ampleur de sa politique de la générosité, comme la grande puissance utile , altruiste et responsable, en vue d’élargir sa sphère d’influence, de tordre davantage l’alliance transatlantique, et d’imposer la pertinence de son modèle de gouvernance mondiale.
Le Toit du Monde profite ainsi de cette crise mondiale pour consolider son agora en tant que leader de l’aide internationale en faveur des pays du Sud : En peu de temps, elle s’est projetée en pourvoyeuse d’aide dans plus de 100 pays et au profit des Organisations internationales, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Union Africaine (UA).
La Russie semble également se saisir de la conjoncture stratégique offerte par la pandémie du Covid-19 pour redéployer ses outils d’influence et réaffirmer sa place en tant que grande prépotence sur l’arène mondiale.
– Les Relations Internationales ont été embrasées au sein de l’Union Européenne qui a négocié le début du Covid-19 sans solidarité entre des pays de l’Union Européenne, notamment l’Espagne et l’Italie qui ont le plus souffert de la pandémie. Aussi, l’absence de coopération n’a-t-elle pas été durement dénoncée par le président Serbe Aleksander Vucic ?
Cet éclatement au sein des pays du vieux continent ne date pas d’aujourd’hui, il s’est amorcé avec la politique engagée par le BREXIT de la Grande-Bretagne qui a désemparé la politique de l’Union européenne.
Des voix s’élèvent sur le même trend du BREXIT en Italie par exemple et dans d’autres pays d’Europe de l’Est qui ne se sont pas intégrés suffisamment au sein de l’UE. L’arrivée de l’extrême droite dans plusieurs pays Européens et les relations de déstabilisation poussées par les nouvelles superpuissances vont influencer le vieux continent pour arriver, peut-être, à l’éclatement ou à l’affaiblissement du rôle stratégique de l’Union européenne dans les affaires importantes de la communauté internationale.
– L’équilibre des forces n’est pas uniquement d’ordre mondial mais aussi régional. A ce titre, L’initiative du Souverain Marocain brave et altruiste d’envoyer des aides médicales à 15 pays subsahariens afin d’accompagner leurs efforts de lutte contre la pandémie de Covid-19 permettra au Maroc de se positionner en leader régional et interlocuteur intercontinental incontournable pour les pays africains vis-à-vis de l’Europe et du reste du monde ; cette initiative Royale à la fois philanthropique et chevaleresque de prêter assistance aux pays africains portera ses fruits en augmentant l’influence du Royaume dans la région en renforçant son rôle diplomatique comme une force croissante dans le continent noir.
Cela favorisera la participation du Maroc à la promotion d’un nouveau pôle géopolitique régional qui raccorderait l’Afrique et l’Europe et assiérait une nouvelle géopolitique dynamique de la Méditerranée. Pour cela, le Maroc devra affûter son attractivité pour tirer profit des relocalisations due aux mouvements de repositionnement des chaînes de valeurs mondiales et de re-régionalisation des activités économiques.
En dépit les coactions géopolitiques, le Maroc ne doit pas abandonner le projet Maghrébin de l’UMA, nécessaire aujourd’hui pour les pays de la région, mais aussi pour l’Afrique, l’Europe et la Méditerranée. Cette dynamique régionale post-Covid doit être étançonnée sur une rénovation du partenariat euro-méditerranéen qui doit transcender les dimensions mercantiles et s’ouvrir sur une logique de coproduction et de gestion commune à l’exemple des problématiques phares de développement/migration/sécurité.
Cela permettra à l’Europe, étant donné son avancée économique et technologique, et à l’Afrique, avec ses potentialités démographiques et son apport culturel, d’accoucher ensemble des nouveaux pôles d’activités et de compétences dans le cadre d’une multipolarité mieux partagée.
En guise de conclusion, la grande récession causée par la pandémie du Covid-19 remodèlerait, la globalisation en réécrivant un nouveau lexique des relations internationales.
Cette crise intervient dans une atmosphère de résilience des systèmes politico-économiques dans un contexte exacerbé par la rivalité sino-américaine en même temps qu’une fragilité de l’UE.
A l’heure du Covid-19, la puissance stratégique d’un État concerne non seulement ses forces en matière d’armement et d’énergie, mais aussi ses ressources dans les domaines sanitaires. L’ampleur de la stagnation économique la façon dont les économies sauront la gérer et la maitriser en définira, semble-t-il, le ton et le tempo de la géopolitique mondiale.




