Ce n’est pas un secret d’alcôve que la corruption est citée comme un frein structurel majeur à la croissance en nuisant au fair-play, à la concurrence et à la méritocratie économique en faisant fondre les montants destinés à la lutte contre la pauvreté, car elle enfante les mêmes effets qu’une taxe cachée ou des frais généraux illégaux
Aussi, c’est un secret de polichinelle que la corruption dissuade les investisseurs en ébranlant leur confiance ce qui procrée des pertes d’emplois et finit par cadenasser le pays dans la pauvreté et fait également obstacle à la création de PME capables de produire la richesse pour les pays.
Quels sont les pays les plus corrompus dans le monde ? Quel positionnement du Maroc dans la cartographie de la corruption sur le plan mondial, régional et maghrébin ? Dans son classement rendu public le 27 Janvier 2016 par l’ONG Allemande de lutte contre la corruption Transparency International, le Maroc ne fait plus partie des nations les plus vertueuses. Comme à l’accoutumée, le Maroc est de nouveau mis à l’index en matière de corruption : Dans le rapport du fondateur Peter Eigen, notre pays a, une fois de plus, obtenu une place timide, qui le verrouille à la 88éme sur un panel de 168 pays. Dans ce dernier classement, de l’indice de perception de la corruption (IPC) dans le monde, le Maroc, évalué sur les données de 11 institutions internationales comme la Banque mondiale, le Forum économique mondiale mais aussi sur l’avis d’experts, se trouve dans une position des plus déplaisantes, puisqu’elle obtient un score de 36 sur 100. Par rapport à l’IPC 2014 et avec le même nombre de pays évalués, il a perdu 8 places au classement et 3 points au score.

Faut-il rappeler que l’indice de perception de la corruption est élaboré à partir de l’opinion d’experts sur la corruption dans le secteur public. Les pays obtenant une note élevée disposent souvent d’une administration transparente permettant aux citoyens de demander des comptes à leurs responsables. À l’inverse, une mauvaise note est le signe d’un recours systématique à des pots-de-vin, de l’absence de sanctions en cas de corruption et d’une inadéquation entre les prestations de l’administration et les besoins de la population.
Comparé aux autres pays de la région MENA, le royaume se classe en compagnie de l’Algérie et de l’Egypte à la 10ème place dans une région dominée par le Qatar (22ème au classement mondial devant la France), les Emirats Arabes Unis (23ème), Israël (32ème), la Jordanie (45ème), l’Arabie Saoudite (48ème), le Bahreïn (50ème), le Koweït (55ème), Oman (60ème) et la Tunisie (76ème). Pourtant malgré sa mauvaise place, le Maroc devance des pays comme le Liban (123ème), l’Iran (130ème) et la Syrie (154ème). Le Maroc est également devant les 3 pays de la région MENA figurant parmi les plus corrompus au monde Le Yémen (154ème), l’Irak (161ème) et la Libye (161ème).

Autant en emporte le vent, les promesses de lutte contre la corruption chantées en chorale par le Gouvernement Benkirane en 2011 et la persistance de l’impunité ne sont que platoniques. L’adoption de la loi sur l’instance de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption et celle, en cours, sur l’accès à l’information, ont ainsi pu altérer une image internationale déjà dégradée. Ces deux textes constituent en effet une régression manifeste par rapport aux dispositions constitutionnelles et aux engagements officiels.
Sur le plan mondial, deux tiers des 168 pays évalués par l’indice 2015 obtiennent une note inférieure à 50; ce qui montre clairement que l’hydre de la corruption continue d’affecter moult pays à travers le globe et des citoyens sont descendus dans la rue pour protester contre la corruption envoyant à leurs dirigeants le message qu’il est grand temps de s’attaquer à la grande corruption ». Tous les Brics (acronyme des cinq puissances économiques émergentes, Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sont concernés et ont des scores en dessous de 50. En effet, le Brésil considéré comme pays emergent est l’État subissant la plus forte dégradation: il chute de 5 points et de 7 places tombant à la 76e place sur 168 pays. En cause, le méga scandale de corruption du géant pétrolier Petrobras, qui a provoqué une tempête politique dans le pays. L’entreprise publique est accusée d’avoir versé pendant des années des pots de vin à plusieurs personnalités politiques, au moins 25 députés, six sénateurs et trois gouverneurs, dont beaucoup dans la majorité présidentielle, le Parti des travailleurs de la présidente Dilma Rousseff. Le Danemark conserve la première place pour la deuxième année consécutive tandis que la Corée du Nord et la Somalie en queue de peloton obtiennent les plus mauvais résultats avec seulement 8 points chacun.Les pays les mieux classés partagent certaines caractéristiques : liberté de la presse, ouverture des données sur les comptes publics, haut degré d’intégrité des responsables publics, équité de la justice indépendamment de la position sociale des citoyens et indépendance des institutions judiciaires.En revanche, conflit, guerre, faible gouvernance, fragilité des institutions telle que la Police et la Justice, manque d’indépendance des médias, caractérisent les pays les moins bien classés.Les pays qui ont enregistré une forte baisse au cours des quatre dernières années sont l’Australie, l’Espagne et la Turquie. A contrario, la Grèce, le Sénégal et le Royaume Uni figurent parmi les pays qui ont obtenu la plus forte hausse.Si ce classement est très inégalitaire en fonction de la pauvreté des pays, on retrouve cependant des exceptions, comme le Botswana, un des pays les plus pauvres de la planète mais qui reste le pays africain le moins corrompu aux côtés du Cap VertAu vu du classement timide du Maroc, le pancrace et le pugilat contre la corruption demeure une riflette inéluctable que le Maroc doit triompher et targuer avec toute l’opiniâtreté et la véhémence. Véritable tauromachie qui doit être livrée pour donner son plein essor au développement de l’économie marocaine et le plein sens aux règles de la translucidité, de la bonne gouvernance, et ce, en termes de meilleurs services, d’écoute et de proximité aux citoyens Marocains, piliers qui constituent les fondements de l’Etat moderne, qui gouvernent le fonctionnement de l’administration et qui participent, par essence, de cette vision d’ensemble telle que préconisée par le Souverain Marocain, et qui constitue la matrice du projet sociétal, modèle bâti sur les principes de démocratie politique, d’efficacité économique, de meilleurs services au citoyen et d’un sens élevé de responsabilité à l’égard de la gestion de la chose publique.

La prévention de la corruption et la lutte contre ce phénomène exigent une approche globale qui n’est possible que dans un climat de transparence, de responsabilité et de participation de tous les acteurs de la Société : Les Gouvernements, le secteur privé, les médias, les organisations de la société civile et la population doivent s’associer pour faire reculer ce fléau.
