
Au Maroc, le déficit commercial a été toujours caractérisé par la perdurabilité de l’écart entre les exportations et les importations. Pour preuve, le déficit commercial renoue avec la hausse en vertu des estimations du département de Chakib Benmoussa, le Haut-commissariat au Plan HCP contenues dans la nouvelle note de conjoncture N°48, Juillet 2025, publiée Vendredi 11 Juillet 2025 où le déficit de la balance commerciale s’est creusé de 19,1 % du PIB en 2024 à 19,8 % en 2025, puis à 20,1 % en 2026. Cette décélération est imputable à la faiblesse des exportations, freinées par les aléas géopolitiques et le fléchissement économique de l’Union Européenne, principal partenaire commercial du Maroc, alors que la demande intérieure continuerait de tirer les importations vers le haut avec une progression de 8,8 % en 2025 et 7,9% en 2026 ; une dynamique alimentée pour l’essentiel par la demande croissante en biens d’équipement, demi-produits et produits finis, en lien avec la reprise de l’investissement.
Dans cette chronique, nous avançons que le creusement du déficit commercial en soi ne doit pas porter une connotation péjorative sur la santé économique d’un pays ; il n’est pas forcément une mauvaise nouvelle : Le déficit commercial des USA, première puissance mondiale, n’est-il pas la meilleure pièce à conviction? Un tel hiatus commercial n’ascensionne-t-il pas à 140,5 Milliards de dollars en Mars 2025, selon les statistiques publiées par le Département Américain du Commerce ?
A notre sens, le danger du déficit commercial est tributaire plutôt de la structure du Commerce Extérieur d’une économie donnée. A titre illustratif, selon que le déficit soit déclenché par une chute des exportations ou par une hausse des importations de biens d’investissement, il peut-être considéré comme une mauvaise ou une bonne nouvelle.
En réalité, notre réflexe à la » Keynésienne » de considérer les importations comme une fuite du circuit économique et de la richesse d’un Etat, n’est pas toujours justifiée, surtout lorsque l’on considère la nature et l’ossature du commerce mondial dans le contexte de la globalisation. En effet, avec la nouvelle géopolitique mondiale et le fractionnement du processus de production, c’est devenu de plus en plus rare de trouver une économie pouvant produire toute seule un produit de l’amont à l’aval puisque, pour exporter, les producteurs sont obligés d’importer les autres inputs pour l’output en question. Ainsi, davantage d’importations peuvent être nécessaires pour nourrir plus d’investissement, de production et d’exportations nationales. C’est ce raisonnement, au demeurant pertinent, qui semble justifier la position qui considère que l’aggravation du déficit commercial pourrait être le miroir d’une dynamique d’investissement et d’exportation. Cette spéculation peut-elle s’appliquer au cas Marocain ?
Concrètement, dans le cas de l’économie Marocaine et en vertu des dernières statistiques de l’Office de Change, quand on appréhende que les produits finis d’équipement ont enregistré la hausse plus marquée avec +13,3% ou +7,27 MMDH, on pourrait être tenté d’y imaginer un signe de dynamisme économique. Toutefois, la réalité est beaucoup plus complexe dans le cas Marocain : En moyenne, le rehaussement des importations des demi-produits est étiré nommément par les usines de construction Automobile et Aéronautique profitant du rebond de la demande étrangère, ce qui se traduit par plus d’importations des pièces nécessaires à la production.
Certes, le Maroc a réalisé des avancées notables en matière des exportations Marocaines qui ont grimpées de 185 Milliards de dirhams en 2012 à 455 Milliards en 2024, tirées pour l’essentiel par le secteur automobile avec 157,6 Milliards de DH, en hausse de 6,3%en 2024 notamment avec la construction automobile et le câblage, le phosphate et dérivés 86,75 Milliards de DH (+13,1%) et l’aéronautique 26,44 milliards de DH (+ 14,9%). Cependant, moult challenges structurels persistent : Les exportateurs demeurent vigoureusement polarisées tant sur le plan géographique où plus 75 % sont cantonnées sur le contient Européen, que sur le plan sectoriel où 92 % des produits exportés sont concentrées sur six filières.

En outre, 85 % de l’offre exportable provient de l’axe Tanger-Casa, ce qui révèle une distorsion territoriale que la nouvelle feuille de route du commerce extérieur doit reconsidérer. En sus, et en atteste la récente note de conjoncture du HCP, le taux de couverture des importations par les exportations au Maroc s’est creusé de 1,8 point par rapport à la même période en 2024, pour s’établir à 57,3%, ce qui signifie que sur 100 dhs des importations, 42,7 dhs sont financées par les recettes d’exportation, ce qui signifie que les exportations compensent médiocrement les importations et qu’elles continuent à éroder les recettes en devises.
En sus, une autre carence aussi et non des moindres est l’insuffisance de notre compétitivité étayée, sur la baisse des coûts salariaux à des fins de stratégie d’exportation. A nos sens, la compétitivité internationale ne peut se cantonner au coût du travail. En effet, eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s’effriter au point que le travailleur Marocain est devenu plus onéreux comparativement à d’autres économies telles que la Corée du Sud, la Malaisie, la Turquie ou encore le Taïwan.
Nous pensons que l’atténuation du déficit commercial passe infailliblement par l’amélioration de la compétitivité qui n’est pas un long fleuve tranquille, le chemin reste long pour aller vers une meilleure compétitivité industrielle et commerciale, gage d’une croissance soutenue et inclusive.
Aussi, l’allègement du déficit de la balance commerciale processionne par une plus grande diversification de notre offre exportable, laquelle passe intarissablement par l’amélioration de notre compétitivité qui exige, à son tour, une hausse de notre productivité. La stimulation de la productivité du travail, permettra non seulement de consolider notre compétitivité prix, mais aussi, et surtout, de converger vers une compétitivité basée sur la qualité, le know-how et l’innovation.
Par ailleurs, le renforcement de notre commerce extérieur refile à travers des rencontres sectorielles avec les fédérations et les professionnels et des tournées régionales, ainsi qu’une étude rigoureuse visant à identifier les opportunités spécifiques pour chaque marché, chaque produit et chaque segment à même d’offrir aux exportateurs un cadre clair et visible pour choisir les outils adaptés à la diversification de leur offre, à l’optimisation de la qualité, et à l’accès à de nouveaux débouchés. A cet égard, l’un des outils clés présentés à l’occasion de la cérémonie de lancement officiel de la nouvelle feuille pour dynamiser notre commerce extérieur sur la période 2025–2027 est la plateforme numérique « One Shop Store Export », pour centraliser les démarches administratives et améliorer l’accès aux dispositifs de soutien à l’export.
En outre, la dynamisation de nos exportations passe par plusieurs chantiers, dont le renforcement de la diplomatie commerciale, la réalisation d’études de marché approfondies, des actions promotionnelles, une offre de formation adaptée, des dispositifs de suivi et d’accompagnement des projets exportateurs, ainsi que l’assurance à l’exportation pour les entreprises exportatrices Marocaines.
C’est dans ce sens et en marge du lancement de la feuille de route pour dynamiser notre commerce extérieur sur la période 2025–2027, une convention de partenariat a été signée pour la mise en place d’un dispositif national d’assurance-crédit à l’export entre, le Ministère de l’Industrie et du Commerce – Maroc, le Secrétariat d’État chargé du Commerce Extérieur, le Ministère délégué auprès de la Ministre de l’Économie et des Finances, chargé du Budget, l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) et l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations AMDIE. Ce dispositif constitue une avancée majeure pour permettre aux entreprises Marocaines de conquérir de nouveaux marchés, notamment en Afrique. Il vise à :
– Renforcer la protection des entreprises exportatrices contre les aléas liés au commerce international, en couvrant à la fois les risques commerciaux et politiques ;
– Sécuriser leurs engagements contractuels à l’export, notamment sur des marchés nouveaux ou peu couverts;

– Encourager la diversification géographique des exportations, en facilitant l’accès à 15 marchés africains prioritaires dans une première phase pilote.
De surcroît et au regard des bouleversements géostratégiques et protectionnistes qui fragilisent le commerce mondial, notre Gouvernement, le département chargé du Commerce Extérieur et les organismes sous tutelle doivent insister sur la nécessité de donner aux exportateurs Marocains les moyens de réussir, en consolidant leur présence sur les marchés internationaux pour tirer pleinement profit des immenses potentialités dont dispose l’économie mondiale et ce pour faire du commerce extérieur un moteur de croissance durable, de création d’emplois, une intégration renforcée dans les chaînes de valeur mondiales et un rayonnement du « label made in morocco » à l’international.
Le seul aléa que le Gouvernement et les responsables du commerce extérieur, à tous les niveaux, essaient de maîtriser c’est celui de l’évolution des données macro-économiques mondiales qu’il s’agisse de l’évolution de la demande internationale ou des comportements économiques. L’importance de cet aléa, au regard des mutations profondes de la géopolitique mondiale, crée une asymétrie singulièrement contraignante entre les délais souvent longs des processus d’ajustement et les variations erratiques de la conjoncture internationale. Dans ce contexte en mutation continuelle, la quête de la compétitivité et la dynamisation du Commerce Extérieur, s’apparente de plus en plus au mythe de Sisyphe.
En somme notre réflexion est qu’au regard de la globalisation (qui est un phénomène dynamique remettant sans cesse en cause les acquis), maitriser le déficit commercial, dynamiser les exportations Marocaines, faire que s’expriment ses avantages compétitifs, concurrentiels et construits, agir structurellement sur les générateurs de la compétitivité gérer la compétitivité de l’économie Marocaine est une affaire de longue haleine. Ceci pour dire qu’il n’y a jamais de situation acquise dans le Commerce International ; qu’il faut toujours se remettre en cause et ne pas craindre les évaluations périodiques permettant de moduler, au jour le jour si cela est nécessaire, les impératifs de l’ajustement.

Il n’y a pas non plus de petits détails, de grandes mesures ou de mesures à négliger. Tout participe à la compétitivité et la consolidation de nos exportation pour assurer les objectifs stratégiques de la feuille de route pour dynamiser notre commerce extérieur sur la période 2025–2027 qui sont la création de 76.000 postes d’emploi nouveaux, l’élargissement de la base des exportations à travers la création, chaque année, de 400 nouvelles sociétés d’export et la réalisation de 84 Milliards de dirhams (MMDH) supplémentaires dans le secteur de l’export et garantir une balance commerciale viable génératrice de devises extérieures.