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Libéralisme économique au Maroc : Quelle lecture du rapport de l’Heritage Foundation 2019 ?

by Mustapha Maghriti

Adam Smith et David Ricardo sont souvent considérés comme les économistes symboliques du libéralisme économique à travers leurs théories respectives de la main invisible et les avantages comparatifs qui prêchèrent les vertus du marché et s’ensuit tout une vagues d’héritiers de courant ultralibéral, qui pour eux, le libre jeu des mécanismes du marché conduit à une situation d’optimum économique. 
Cette liberté économique est définie comme la levée de toute contrainte de la part du Gouvernement sur la production, la distribution ou la consommation de marchandises et de services. Cette liberté économique est censée favoriser la productivité et la croissance économique, en incitant à l’esprit d’entreprenariat et la création de valeur ajoutée. 
Chaque année, la fondation Américaine « The Heritage Foundation » publie son enquête annuelle « Index of Economic Freedom ». Faut-il rappeler que cet indice a été créé en 1995, selon une approche inspirée de la fameuse métaphore  » La Main Invisible » du prophète du libéralisme Adam Smith, dans son fameux ouvrage « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », à savoir que « l’existence d’institutions élémentaires préservant la liberté des individus à se consacrer à leurs propres intérêts économiques garantit une prospérité plus importante de toute la société dans son ensemble » Elle est mesurée à travers des indicateurs répartis en quatre catégories, qui sont eux-mêmes subdivisées en douze sous-catégories équi-pondérées qui sont : Autorité de la loi, Taille du gouvernement, efficacité réglementaire et l’ouverture des marchés. Plus une économie est estimée être libre (indice composite proche de 100), mieux le pays est classé par les auteurs de l’étude. 

Dans son 25éme rapport, le classement de la fondation Américaine qui vient d’être publié en ce Mois de Février 2019 fait apparaître, que sur un panel de 186 pays, le Maroc, avec un score de 62,9 points, se positionne à la 75 éme place dans l’indice de la liberté économique, soit un rebond de 9 places par rapport à l’édition 2018. Avec un tel score, le Maroc se classe premier en Afrique devant la Mauritanie (119e), la Tunisie (125e), l’Egypte (144e) et l’Algérie (171e) 
Les auteurs du rapport notent que le Maroc a amélioré la politique budgétaire, les droits de propriété, obtenant, en revanche, des scores timides pour l’intégrité du gouvernement, la liberté du travail et la liberté des échanges. Le document souligne également que «les faibles coûts de main-d’œuvre et la proximité avec l’Europe» ont permis au Maroc de créer « une économie diversifiée et axée sur le marché. » Sur cette appréciation, nous portons notre réserve sur le fait que la liberté économique ne peut être étayée sur les deux critères cités ci-haut par « The Heritage Foundation » pour au moins deux raisons : 
– Primo, eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s’éroder au point que le travailleur marocain est devenu plus coûteux comparativement à d’autres économies comme la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie, 
– Secundo, la liberté économique ne peut se baser sur la proximité avec le vieux continent. En effet, selon une investigation de la Banque Mondiale portant sur la logistique, cette proximité n’est pas réelle si l’on appréhende par le coût du transport puisqu’un conteneur entre le Havre et Hong Kong est moins onéreux qu’entre Casablanca et Marseille. Aussi, selon la même étude, il faudrait 4 semaines minimum pour convoyer une marchandise du Maroc vers Rotterdam, alors qu’un conteneur de la Chine vers Rotterdam a besoin seulement de 3 semaines. De plus, plus de 20 % de la valeur ajoutée des produits manufacturiers est alourdie dans des frais de logistique. À cet égard, la Chine ne parait-elle pas plus proche de l’Europe que du Maroc ? 

Aussi, le sondage de l’Institut Américain accuse le marché du travail d’une grande raideur et considère qu’un large part de la force de travail est marginalisé à cause d’une régulation inexorable du travail, et recommande de mettre en œuvre des réformes plus conséquentes. De surcroît,  » Les procédures de création et d’enregistrement d’une entreprise privée ont été simplifiées ces dernières années grâce à la fluidité des Centres Régionaux d’Investissement (CRI). Cependant, en dépit de certaines améliorations, la rigidité du marché du travail continue de plomber la croissance dynamique de l’emploi », détaille la Fondation Américaine. 
De telles réglementations rigides continuent de rendre les coûts de transactions et les coûts d’entrée au marché onéreux aux PME qui, au regard des barrières réglementaires, n’ont pas d’autres choix que de se noyer dans de l’économie informelle. 
Certes, il y a eu des gains modestes en matière de libertés économiques (liberté fiscale, liberté du système financier et du commerce), néanmoins ils ont été balayés par la rétrogression de l’État de droit et la recrudescence de la corruption. En effet, l’organisme américain pointe du doigt le problème du respect de la règle de droit : La fondation de l’Uncle Sam considère « que le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant, que les fonctionnaires commettent des pratiques de corruption en toute impunité » et que « la corruption est un problème grave dans l’ensemble du gouvernement et de l’application de la loi ». De ce fait, même si le Maroc a adopté une politique de réforme du secteur privé, le progrès reste tributaire de la volonté du gouvernement d’affronter plusieurs défis urgents, en singulier la prépotence du droit. 
En outre, les critères sur les droits de propriété, l’intégrité du gouvernement et l’efficacité judiciaire ne sont donc pas bien notés puisque « le système judiciaire est inefficace et sujet à des retards », note le rapport. Autant dire une contreperformance très inquiétante surtout lorsque l’on se rappelle que plus un pays est impartial politiquement et économiquement, plus il est prospère. Cet excès d’arbitraire ne fait que « boiser » l’économie de rente, la spéculation, le déficit d’investissement, le manque de concurrence, et la corruption. 
À ce titre, dans le discours royal, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative du 14 octobre 2016, le Souverain Marocain Mohammed VI n’a-t-il pas mis les pleins phares sur les nombreux cas de lenteur des procédures judiciaires et de la non-exécution des jugements déjà rendus, notamment dans les affaires qui mettent l’investisseur au regard de l’administration ? 

Il est temps que l’exécutif infuse un nouveau souffle à l’économie marocaine : celui de plus de liberté économique, ce qui passe inéluctablement par la redéfinition de ses missions dans le cadre d’un nouveau modèle de développement stimulant aussi bien l’offre que la demande, par le renforcement de l’état de droit non seulement en concrétisant l’impartialité de la justice, mais aussi en institutionnalisant un parallèle entre le business et le politique et remettre à plat le cadre réglementaire régissant les marchés des facteurs de production et du climat des affaires pour plus d’initiative entrepreneuriale et plus de compétitivité. 
Ce n’est pas en créant le conseil de la concurrence que le fair-play sera installé sur l’arène économique Marocaine car pour reprendre Feu Driss BenAli le marché est un état de culture et non pas un état de nature.

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