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L’Europe et le Sud : Quelles sont les conditions de la concrétisation d’un rêve des deux rives ?

by Mustapha Maghriti

Après plus de cinq ans de dissensions et de désaccords publics entre États membres et Commission, très attendu depuis plus d’un an, à Bruxelles, Mercredi 23 septembre 2020, la Commission Européenne a enfin tranché le nœud gordien en présentant la nouvelle mouture du « Pacte Européen sur la Migration et l’Asile ».

Avec une touche de philanthropie et d’humanité, ce protocole se présente comme une refondation de la politique migratoire Européenne en s’appuyant sur cinq pylônes principaux :

– Primo, renforcer et amplifier l’omniprésence Européenne en mer Méditerranéenne dans le dessein de dissuader les prétendants à « l’Eldorado Européen » et pour « terreauter » les opérations de sauvetage.

– Secundo, briser les lances contre les passeurs, harmoniser la politique d’asile en faveur de ceux qui peuvent prétendre à en bénéficier, tout en améliorant la politique de reconduite à la frontière de ceux qui n’en bénéficient pas.

– Tertio, renforcer la solidarité entre États membres par l’abrogation du règlement connu sous l’appellation   » Règlement de Dublin » en le substituant par une nouvelle mouture de gouvernance de la migration.

– Quarto, le mécanisme rénové convoite d’améliorer la politique d’intégration des bénéficiaires du droit d’asile.

Assurément et aussi pertinent ce nouveau dispositif soit-il et au regard de la réalité concrète des flux migratoires, des itinéraires escarpés, empruntées par les migrants, des contrées traversées, des canalisations et des réseaux criminels de passeurs qui ne cesse pas de s’élargir, ostensiblement, il apparaît qu’il manque un chainon vital au maillon du nouveau Pacte Européen sur la Migration et l’Asile : Avouons-le, sans planification et sans coordination avec les pays de la rive Sud du Méditerranée, ce mécanisme rénové, comme ceux qui l’ont précédé, serait un coup d’épée dans l’eau.

A l’appui de notre allégation : Quoique la problématique migratoire soit névralgique en Europe, cette apostrophe ne demeure-t-elle pas foncièrement Méditerranéenne ? Ne s’agit-il pas d’un même destin pour les deux rives ? A cet égard, nous pensons que l’Union Européenne gagnerait à impliquer davantage ses partenaires du pourtour Sud Méditerranéen dans la mise en œuvre de son pacte Européen sur la migration. Nous gageons que cette implication de l’Europe entrainera une séquence vertueuse pour les deux bassins.

Dans une approche normative et au prélude à la schématisation de ce que pourrait être ce nouveau partenariat Méditerranéen, il serait judicieux  que les pays du Sud reconnaissent que l’hyperesthésie de la controverse migratoire en Europe ( imputable à la problématique de l’échec global des politiques d’intégration dans la plupart des pays Européens et à celle de la montée de l’islam radical ) est légitimaire et que l’opiniâtreté des pays Européens de mieux contrôler les flux migratoires contribuerait assurément, sur le plan géopolitique, à une plus grande stabilité du bassin Méditerranéen, qui est traversé par beaucoup de tumultes géostratégiques.

Une fois ce préliminaire accolé, il est tout aussi nécessaire de convaincre les partenaires Européens que la stabilité de la rive sud et les prouesses économiques du Maghreb constitueraient la meilleure armature et le véritable rempart contre l’immigration clandestine. Pour ce faire, le nec plus ultra serait d’aider les pays du pourtour sud Méditerranéen pour accélérer rapidement l’émergence économique de leur tissu industriel, une émergence porteuse d’investissement, de production, de croissance et d’emploi.

Le Maroc est irréprochablement dans cette posture : Le Royaume dispose d’un tissu économique qui permet d’en faire un Hub Euro-africain capable de contribuer à une meilleure redistribution des richesses et des hommes entre les deux rives. Surtout, que le Maroc est réputé sur le plan  mondial, africain par sa tolérance grâce à un Islam du milieu et, de ce facto, il constitue un blindage contre les extrémismes de tout bord.

Ainsi, dans le cadre de ce nouveau Pacte Européen sur la Migration et l’Asile, le renforcement de la coopération internationale avec le Maroc constitue une opportunité à saisir et ceux en joignant les efforts des deux rives où l’Union Européenne et le Maroc peuvent démontrer que ce qui les rassemble est beaucoup plus fort que ce qui les sépare.

Cependant, cette quête, cette ambition et ce rêve pour les deux rives a besoin d’un engagement des deux côtés, avec des cautionnements forts au niveau des mesures opérationnelles qui anime les deux rives. De manière fonctionnelle, dans le domaine de la surveillance des côtes, les opérations maritimes conjointes pourraient être accentuées : L’Europe en prenant le coût à sa charge (équipement, formation, entretien), les pays du sud s’inscrivant à un engagement sur le long terme. Aussi, l’Europe doit valoriser les modèles politiques favorisant la stabilité économique et sociale en structurant une politique de co-localisations qui permettra un partage de la valeur ajoutée.

Les nouveaux comportements des entrepreneurs Européens commencent à appréhender les vertus du Co-développement, de la coproduction et du partenariat, avec un pied au Nord et un pied en Afrique de leur chaîne de valeur industrielle internationale. Cette stratégie leur permet, d’une part, de bénéficier de la proximité géographique et culturelle du Sud, et d’autre part de la complémentarité entre des pays matures et vieillissants au Nord, et des pays jeunes et émergents en Afrique. 

Pour la réussir, l’Europe doit promouvoir les transitions démocratiques en encouragent la bonne gouvernance, la transparence, le fair-play et en faire de véritables critériums pour le soutien d’un régime politique issu de la légitimité des urnes, de la démocratie et de la transparence en réprimant l’utilisation des circuits de la corruption et ce en interpellant toutes les synergies en faveur de la croissance, l’inclusion et l’équité sociale. Cette orientation ne doit pas nous faire insinuer une vision fataliste et léthargique de la part des pays de l’Afrique. 

Avouons le : la jeunesse africaine n’est pas une souche particulière, la jeunesse africaine n’est pas délétère par nature, elle ne s’expatrie pas par amour d’émigration à la quête de l’eldorado, elle ne succombe pas au terrorisme parce qu’elle y est une fatalité.

Nous croyons fermement que la jeunesse du Sud a juste besoin d’emploi, d’opportunités économiques, de stabilité, d’investissements productifs porteurs de croissance, de revenus et d’emploi inclusifs à même d’assurer une insertion économique et sociale des jeunes . A défaut, elle hallucine que le pays de cocagne est en Europe. 

La région Euro-méditerranéenne est confrontée à des défis aussi complexes que multiples, économiques, énergétiques, environnementaux et sécuritaires. Dans un tel contexte, le Co développement s’impose plus que jamais pour les deux rives de la Méditerranée. 

Reconnaissant-le, en guise de conclusion, qu’en dépit des efforts prodigués par la Politique Européenne, l’édifice d’une géographie de stabilité et de prospérité partagées, tant attendu par les deux rives de la Méditerranée, tarde à se cristalliser en raison d’innombrables fractures qui sillonnent la région, d’une volonté politique timorée de certains partis eurosceptiques, du manque de confluences entre les États Européens, et de l’inadéquation de certains instruments aux nouvelles réalités de transitions politiques et économiques survenues en Afrique. 

C’est tout le sens que doit donner l’Europe au nouveau mécanisme rénové et à la vision Africaine, étayée sur l’osmose d’une croissance partagée couplée à la promotion de la paix et de la sécurité porteuses de stabilité pour les deux rives car , il ne peut y avoir de développement économique et social sans sécurité et de paix et, mutuellement, il ne saurait y avoir de sécurité et de paix sans développement économique et social.

A défaut, nous aurons tous à supporter les conséquences de la montée des démons de l’extrémisme, de la violence et du terrorisme et l’immigration clandestine, qu’alimente le sentiment d’injustice et d’exclusion, et auxquels aucun endroit au monde ne pourra échapper ». Feu Hassan II, en mai 1961, au palais du Ryad, n’a-t-il pas dit à l’ambassadeur des USA à l’époque, son excellence Philip Bonsal que « L’avenir du monde dépend de la stabilité en Afrique ». 

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