
Depuis que D.Trump a débuté son premier mandat de 45éme Président des États-Unis le 20 Janvier 2017, sa mission à la Maison Blanche a été marquée par la renégociation des accords de libre échange. En effet, l’économie de l’Oncle Sam entra dans une ère nouvelle le Mardi 4 Mars 2025, avec l’application des droits de douane ordonnés par Donald Trump sur les produits émanant du Mexique et du Canada. Ces taxes vinrent de mettre en brèche le fameux Accord de libre-échange Nord-Américain alena.
Faut-il rappeler que Donald Trump comme lors de son premier mandat, réutilise son fameux leitmotiv « America First » avec sa promesse d’un retour au protectionnisme et à l’unilatéralisme Américain pour relancer l’économie nationale. N’a-t-il pas invoqué lors de son speech de son investiture « Au lieu de taxer nos citoyens pour enrichir d’autres pays, nous imposerons des droits de douane et des taxes aux pays étrangers pour enrichir nos citoyens. »
On s’en souvient, Donald Trump revendiqua ce spot protectionniste où à peine réinstallé dans le bureau ovale entendit mettre en œuvre sa promesse de surimposer à 25 % les droits de douane sur les importations en provenance du Mexique et du Canada. Aussi, les produits Chinois se virent assujettis d’un supplément de taxes ainsi que l’Europe, une punition douanière qui, aux yeux de Donald Trump n’importe pas assez de voitures, ni de produits agricoles Made in USA. Cela reflète la réalité d’un monde géopolitiquement plus fragmenté, mû par les rapports de force et de puissance. Cette approche fragilise le multilatéralisme, paralyse l’OMC et pousse le reste du monde à se réorganiser loin des USA.
A ce titre, les pays ripostent à ce protectionnisme outrancier en rejoignant et en signant des accords de libre-échange sans l’Amérique. En effet, malgré l’opposition de la France et d’autres États Européens (Irlande, Pologne, Hongrie, Autriche), l’Union Européenne a scellé le 17 Janvier 2026 au Paraguay, un accord avec les quatre pays d’Amérique latine Mercosur qui regroupe Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay. Le but du traité avec le Mercosur est d’intensifier les échanges de biens et de services entre l’UE et les économies latino-américaines et donner un coup de fouet au commerce transatlantique.
Ce contrat commercial représente le cinquième de l’économie mondiale et plus de 700 millions de consommateurs, de quoi donner une idée de l’ampleur de l’accord de libre-échange entre ces deux mastodontes commerciaux au regard des murs tarifiables érigés par D.Trump.
En outre, l’Inde et l’Union Européenne (UE) ont officialisé Mardi 27 Janvier 2026, au cœur de la capitale Indienne, New Delhi la conclusion d’un ambitieux accord de libre-échange qui, au terme de 20 ans de négociations, créera une zone de libre-échange de 2 Milliards de consommateurs, représentant 25 % du PIB mondial et un 1/3 du commerce international.

Cet accord commercial inde-ue s’inscrit dans une vision stratégique de long terme, dont l’accélération a été catalysée par les dynamiques de recomposition de commerce mondial et se veut une riposte à l’administration Trump, dont l’Inde et l’UE subissent les contrecoups d’une politique commerciale protectionniste agressive et une remise en cause unilatérale des équilibres commerciaux.
La posture protectionniste de Donald Trump « fonctionne comme un aiguillon sur le reste du monde en incitant les pays à se rapprocher « , explique l’économiste Américain, Richard Baldwin, professeur à l’IMD Business School de Lausanne et chercheur au Centre for Economic Policy Research CEPR, de passage à Paris pour présenter ses travaux. Il les exposera dans son dernier ouvrage intitulé « World War Trade » ou « La guerre commerciale mondiale ».
De son côté, le Royaume-Uni, qui entendait, avec le Brexit, devenir un « Singapour-sur-Tamise », selon l’expression de l’ancien Premier ministre Boris Johnson, a rejoint à la fin 2024 le partenariat de libre-échange transpacifique CPTPP où Londres supprime les droits de douane sur 99 % de ses exportations vers ce bloc, stimulant le commerce avec 11 pays de la zone Pacifique.
En sus, l’Allemagne, la grande économie Européenne la plus extravertie et la plus fortement exportatrice, est favorable à cette perception des Accords de libre Echange loin des USA. Le chancelier Friedrich Merz a même déclaré au Bundestag qu’il envisageait à long terme, un accord avec la République populaire de Chine.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission Européenne n’a-t-elle pas argué qu’un nouvel ordre commercial est en train d’émerger, sur la base des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce omc, mais sans les Etats-Unis et même contre eux, résume cette choriste du libre-échange qui a travaillé dans l’administration de George Bush père du 20 Janvier 1989 au 20 Janvier 1993.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, aucun Etat ne veut perdre les dividendes de la mondialisation. De l’autre, aucun Etat ne veut que ses approvisionnements soient tributaires de la volonté d’un Etat considéré comme un adversaire qui est les USA à travers la montée des approches unilatérales via des droits de douane unilatéraux, remettent en cause les règles fondamentales de l’OMC.
En effet, la multiplication des tensions géopolitiques et la montée des politiques protectionnistes ont profondément fragilisé le multilatéralisme et contribué à la fragmentation du système commercial international. Fondée pour réguler les échanges mondiaux et réduire les barrières douanières, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) devait offrir un cadre commun de règles et concourir à la stabilisation des relations commerciales internationales. Son rôle apparaît aujourd’hui moins pertinent et son autorité affaiblie.
Cette perte d’efficacité alimente une désorganisation des échanges et renforce l’instabilité structurelle du commerce mondial où les États privilégient la conclusion d’accords bilatéraux ou la consolidation de blocs régionaux, au détriment d’une gouvernance économique véritablement mondiale.
Tout cela concourt à une régionalisation du commerce international, un phénomène que le patron de Coface Xavier Durant, résumait lors de son allocution d’ouverture au colloque Risque pays « décrypter les risque dans un monde incertain » organisé par la Coface le 17 Février 2026 « Il y a moins d’échanges commerciaux entre les grands blocs mais de plus en plus à l’intérieur des blocs. »

Par ailleurs, les petites nations ne doivent-ils pas utiliser le régionalisme pour pallier leur vulnérabilité économique, notamment en s’assurant un accès garanti à un plus grand marché, réduisant ainsi leur dépendance aux fluctuations tarifaires des grandes puissances, comme l’explique la théorie de Triffin. Cela permet de créer du trafic, d’abaisser les prix des biens régionaux et de structurer l’intégration économique.
Sous cet angle, l’économie Marocaine doit viser une plus grande diversification commerciale en s’ouvrant davantage sur l’ensemble des acteurs de l’économie mondiale loin des schémas classiques largement dominés par les accords commerciaux avec les USA et l’UE. La nouvelle stratégie commerciale du Maroc doit s’ouvrir davantage sur l’Afrique Subsaharienne, consolider les rapports d’ancrage commercial avec la Chine et la Russie tout en lorgnant sur les opportunités actuelles avec l’Amérique Latine. Le Marc, doit également renforcer ses liens avec la Grand Bretagne Post-brexit et les pays de l’Europe Centrale et Orientale PECOS et groupe de visegrad v4 (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie)
En somme, la montée du protectionnisme Américain a déclenché des guerres tarifaires généralisées initialement redoutées et ce dans un contexte de fragmentation des échanges où le reste du monde a poursuivi sa trajectoire d’intégration. La plupart des grandes économies continuent de considérer le commerce comme un pilier de leur modèle de croissance et cherchent activement à approfondir leur intégration via de nouveaux accords ou le renforcement d’accords existants.
Parmi ces initiatives, l’accord de libre-échange ue-Mercosur est perçu comme un outil géopolitique majeur pour contrer la montée du protectionnisme mondial, notamment Américain. Le traité pourrait créer l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde, couvrant 31 pays, 721 millions d’habitants et près de 21 % du PIB mondial.

La revitalisation de dynamiques régionales au sein d’autres États s’inscrit dans la même perspective visant à sécuriser l’accès aux matières premières, diversifier les chaînes d’approvisionnement et ouvrir des débouchés pour contrer le protectionnisme Américain de Donald Trump qui a fracturé le cadre géopolitique actuel.
