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Les nouvelles fractures de l’économie mondiale

by Mustapha Maghriti

Les premiers auspices de rémission des économies de la planète, y compris l’économie Marocaine, sont impétueusement remis en cause par le cataclysme Ukraino-Russe qui, à des degrés divers, chavire toute l’économie mondiale.  En 50 ans d’histoire, la 51éme réunion annuelle du Forum Economique Mondial (WEF) Davos n’a jamais été confronté à des enjeux et des défis aussi inédits qu’en 2022 où le monde se remet d’une pandémie globale, en s’efforçant de contenir les contrecoups ravageurs de l’anathème climatique et surfe dans un typhon géopolitique suite à la razzia de l’Ukraine par la Russie.

La crise climatique demeure l’un des principaux sujets de discussion au Forum Economique Davos où rien qu’au cours de l’année écoulée, le monde a franchi plusieurs paliers en matière de climat : les 7 dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, avec des vagues de chaleur extrêmes observées en Méditerranée, en Amérique occidentale et l’Europe occidentale qui a connu les pires inondations de son histoire.

En sus, la guerre Russe à l’Ukraine, qui entame son 110éme jours n’a pas cessé d’attiser l’embrasement flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation, sur fond de craintes pour les approvisionnements et de baisse des flux d’import-export.

Cette guerre n’a-t-elle pas mis fin aux espoirs naissants, du rétablissement de l’économie mondiale, pianissimo entretenus par l’allègement de l’impact pernicieux de la pandémie du Covid-19.

Cette invasion n’a pas manqué pas de préoccuper, non seulement le milieu des affaires et les organisations syndicales, mais aussi les différents responsables nationaux et internationaux, réunis au Forum Economique Mondial de Davos, et à leur tête les institutions de Brettons Woods, le Fonds Monétaire international (FMI) en l’occurrence, institution financière internationale dont la Patronne, Kristina Georgieva, et son adjointe, Gita Gopinath, n’ont pas manqué, de s’interpeller, sur la manière de réprimer ce qu’on appelle la fragmentation géoéconomique.

En effet, la pandémie du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine engageraient l’économie mondiale vers une plus grande désagrégation des systèmes productif et financier, rendant les chaînes d’approvisionnement de plus en plus ébranlables comme en atteste les auteurs de l’Organisation Mondiale du Commerce OMC pour qui, la pandémie du Covid19, a violemment exposé les fragilités de moult de chaînes de production.

La Chine et son hallucinante politique “zéro Covid” : Alors que la plupart des autres pays sont plus ou moins revenus à une situation normale, des dizaines de millions de Chinois vivent encore les affres d’un confinement extrêmement dur sans compter que le pays est en train de propager ses difficultés d’approvisionnement au reste du monde et aggrave une situation déjà compliquée. N’est ce pas, lorsque les usines sont fermées et les ports bloqués à l’autre bout du monde, même si la situation s’améliore dans son pays, n’est-il pas difficile de s’approvisionner ?

Et dans son exercice de prévision publié fin avril, les auteurs du FMI, soulignent, en sus, que la rupture des chaînes d’approvisionnement a d’importants effets réels sur les stocks, la production et les ventes des entreprises, de tels effets sont toujours pléonastiques début 2022.

De surcroît, loin de la mondialisation heureuse si chère à Alain Minc, ces connexions commerciales internationales n’apparaissent-elles pas désormais aux yeux des Etats et des firmes comme des sources potentielles de vulnérabilité ?

Deux rapports accablants publiés Mardi 11 Janvier 2022, l’un de la Banque mondiale, l’autre par le Forum de Davos, dressèrent un constat pessimiste des inégalités croissantes. Tous deux alertèrent sur un ralentissement de la reprise et les risques climatiques, dont les pays pauvres feront les frais.

Ce sont deux avertissements pour l’économie en rémission pandémique : La Banque Mondiale et le Forum Economique Mondial de Davos mettent en garde contre l’accroissement des inégalités en publiant chacun un rapport “sur la stagnation de l’économie mondiale et des perspectives pessimistes pour 2022.

L’impact combiné d’une inflation galopante, de niveaux élevés de dette publique et de l’inégalité croissante des revenus menacent la reprise dans les économies émergentes et en développement”,  

La boule de cristal de l’institution financière la Banque mondiale prévoit un ralentissement de la croissance économique dans le monde, de 5,5 % en 2021 à 4,1 % en 2022, des prévisions plus “pessimistes qu’en juin”, quand l’institution internationale tablait sur 4,3 %.

Le milieu des affaires ne cesse pas de répéter à l’unisson qu’il s’agit de la période la plus difficile qu’ils aient jamais connue. Tout le monde sait que l’ordre géopolitique mondial est irrémédiablement bouleversé.

L’économie mondiale ne peut se dérober de l’inconstance d’une libéralisation économique et financière à fleur de peau, remettant en cause les premiers présages de rémission de l’économie internationale, d’autant plus qu’outre le resserrement de l’étau des finances publiques et le regain des pressions inflationnistes, suite, notamment, aux augmentations des prix des carburants et d’autres produits d’importation essentiels comme les produits alimentaires.

Dani Rodrik avait raison de critiquer véhément de la mondialisation économique portée à l’excès, dépasse la réaction violente du populisme et propose une explication plus réfléchie des raisons pour lesquelles l’obsession hyper-mondialiste des élites et des technocrates a entravé les nations dans la réalisation d’objectifs économiques et sociaux légitimes à l’intérieur de leurs frontières : prospérité économique, stabilité financière et équité.

Rodrik prend à partie les grands prêtres de la mondialisation, non pour avoir privilégié la science économique au détriment d’autres valeurs, mais pour s’être livrés à de la mauvaise science économique et avoir ignoré les nuances propres à la discipline qui auraient dû inspirer la prudence. Il plaide pour une économie mondiale pluraliste où les États-nations conservent suffisamment d’autonomie pour élaborer leur propre contrat social et développer des stratégies économiques à la mesure de leurs besoins. Au lieu de réclamer des frontières fermées et de défendre le protectionnisme, il montre comment nous pouvons restaurer un équilibre raisonnable entre gouvernance nationale et gouvernance mondiale et trace une voie d’avenir en proposant des moyens novateurs pour réconcilier les actuelles tendances inégalitaires de l’économie et des technologies avec la démocratie et l’inclusion sociale.

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