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Au lendemain de l’indépendance, le Maroc a choisi délibérément la voie de la libéralisation s’exprimant dans le modèle très connu sous le vocable de la croissance tirée par les exportations Export Led Growth considéré comme le plus apte à répondre à des objectifs explicites (croissance, exportations, privatisation , attraction des IDE….etc.).
Toutefois, depuis l’émergence de la crise du Covid-19, une mutation semble se dessiner dans les rapports de l’État envers l’économie, un revirement qui se matérialise par une sinuosité protectionniste : Ce détour autarcique se concrétise par le label « Consommer Marocain», préférence nationale, sur-taxation douanière, restrictions ou interdictions des importations, qui est d’ailleurs validé par l’argentier du Royaume dans la loi de Finances rectificative 2020.
Pourtant, d’antan, le Maroc avait fait du pari de l’ouverture l’un des piliers des politiques économiques du Royaume à travers la libéralisation du commerce extérieur, le retrait de l’Etat de certains secteurs, et la séduction des investissements directs étrangers (IDE). Aussi cette extraversion s’est matérialisée par la signature de plus de 50 Accords de Libre-échange qui donnent au pays l’accès à plus d’un Milliard de consommateurs.
Aujourd’hui avec la pandémie du Covid-19, on se rend compte qu’in fine, ce modèle d’importation et d’exportation constitue une épée de Damoclès sur l’économie Marocaine. L’option d’instituer la libre exportation et/ou importation n’a pas pu forger une véritable courroie de la transmission de la dynamique économique dans la mesure où les prouesses économiques ont été plutôt dissuasives, plus mal encore, il présente des menaces. Et pour cause, avec un Produit Industriel Brut qui dépend mécaniquement et systématiquement de l’extérieur et des secteurs exposés à la compétition internationale, la crise mondiale actuelle ne fera que rempironner la stagnation et le marasme économique.
L’économie Marocaine, à la fin, se trouve écartelée entre le marteau de l’introversion et l’enclume de l’extraversion car, si l’ouverture a des effets préjudiciables, le protectionnisme tout aussi, les en a. En effet, l’histoire des faits économiques et sociaux et les récits des manuels de l’économie Marocaine où Le taux de couverture dans les années 70 frôlait les 45% atteste incontestablement que le Royaume a reçu durement les contrecoups de ce modèle autocentré ainsi que d’autres économies de même développement économique et social.
Avec la pandémie du Covi-19 où sans exception tous les pays suivent le mouton de panurge des barrières douanières et commerciales et la prédilection autarcique se rallume et s’attise, le protectionnisme ne doit pas être obscurantiste, comme il est le cas actuellement au temps du Coronavirus. Ainsi, les choix économiques de l’exécutif Marocain doivent être mûrement réfléchis et les risques calibrés.
Aujourd’hui plus que jamais, l’alchimie du dosage s’impose au Team Saad Dine El Otmani car faut-il rappeler que toutes les économies du monde n’ont guère vécu dans une extraversion totale ou dans une autarcie totale. D’où l’importance de la finesse de la mixtion
Le nouveau modèle de développement en gestation ne devrait-il pas être recontemplé et repensé à la lumière de ce sweet spot : Trouver la meilleure posologie entre libéralisation et protectionnisme pour mieux gérer les contraintes actuelles et futures, avec moins de dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur et plus d’autonomie territoriale. C’est chercher, en guise de conclusion, la souveraineté Nationale qui est redevenu le maitre mot à l’heure du covid-19 et le retour des postures du self-help prônées par les théoriciens du néoréalisme, à l’instar de l’Américain Kenneth Waltz.17


