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Le 17éme Sommet des BRICS  dans un contexte de multilatéralisme en porte à faux, et le Maroc alors ?

by Mustapha Maghriti

En la double absence de Xi Jinping Président de la République de Chine et Vladimir Poutine Chef du Kremlin visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, Dimanche 6 Juillet 2025, le 17éme sommet des dirigeants des BRICS a ouvert le bal au Musée d’Art Moderne de Rio Rio de Janeiro au Brésil, réunissant les dirigeants des États membres accueillie par le Président Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva. Fondé en 2009, cette pléiade a pour ambition de réunir les principales puissances émergentes pour se positionner comme une réplique et riposte à d’autres organisations et groupes internationaux régionaux jalonnés par la mainmise des immensités occidentales, en premier lieu le G7.

Les BRICS s’étendent, au-delà des antagonismes et incohérences, dans la perspective de remettre en cause l’hégémonie occidentale sur l’ordre économique international. En Janvier 2024, ils connaissaient ainsi leur premier évasement avec l’intégration de l’Iran, des Émirats Arabes Unis, de l’Égypte et de l’Éthiopie. Cette extension illustre les développements économiques à l’œuvre sur le continent Africain et la montée en puissance des États du Golfe. L’Indonésie les rejoint en Janvier 2025.

Durant ce sommet, les dirigeants ont débattu, du 6 et 7 Juillet, du protectionnisme Américain, de la refonte des institutions financières internationales, du commerce, l’investissement, la coopération financière, l’intelligence artificielle, la santé mondiale, de la transition énergétique, des conflits de Gaza à l’Ukraine et  sur lesquels les BRICS ambitionnent de se poser en médiateurs. Mais ces aspirations piétinent devant des contradictions internes, à l’instar de l’Inde, qui voudrait profiter des absences pour s’imposer tout en se méfiant de l’influence Chinoise. L’Afrique du Sud tente de préserver sa neutralité via un équilibre entre ses partenaires BRICS et ses liens économiques avec l’Occident. Et le Brésil joue la carte du « Sud global » sans vouloir rompre avec les pays du G7. Succinctement, chacun défend ses intérêts, sans véritable vision commune.

A-t-on appris en géopolitique et en relations internationales, le multilatéralisme repose sur la coopération, la confiance, la médiation et la convergence des intérêts. Cependant, plus de 16 chandelles après sa création et sur le marbre de la réalité, les BRICS représentant plus de 51% de la population mondiale et environ 40% du PIB mondial est souvent une addition d’intérêts nationaux divergents, un attroupement sans coordination réelle.

Au regard d’un ce contexte tumultueux, et face à une économie mondiale en forte reconfiguration géopolitique et géostratégique, plusieurs questions globales intéressant tous les États et les peuples et l’apparition de nouvelles et émergentes puissances internationales pour paraphraser les proses de la parénèse royale adressée à la 1ère Conférence des Ambassadeurs, le 30 Octobre 2013. L’apostrophe qui nous interpelle : Le Maroc doit-il intégrer le groupe des BRICS alors que d’autres pays postulent encore et encore pour regagner un « Pool » qui appelle ostensiblement à la fondation d’une orbite d’influence mondial substitutif, y compris des concurrents à l’omnipotence du billet vert Américain, ou de rester entre les deux pôles, contribuant ainsi à une multipolarité dans la géostratégie mondiale ?

Nous pensons, qu’en dépit des dissimilitudes au sein du groupement et face à une géopolitique mondiale protectionniste et un multilatéralisme en porte à faux, avec les BRICS, et sans occulter le dossier du Sahara qui est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international, et l’aune qui mesure la sincérité des amitiés et l’efficacité des partenariats que le Royaume établit, souligné majestueusement par le Souverain Marocain dans son discours adressé à la Nation le 20 Août 2022, le Maroc pourra continuer sa diversification commerciale qu’elle a déjà entamée diligemment à partir de 2015. 

En regagnant les BRICS, l’économie Marocaine pourra accéder au plus grand marché mondial avec 3 Milliards de consommateurs à travers la Chine ( 1,41 Milliards de consommateurs), le marché le plus peuplé de la planète, suivi de l’Inde ( 1,3 Milliards), loin derrière le Brésil ( 218,5 Millions) et la Russie ( 175 millions d’habitants), ce qu’on appelle dans la littérature de l’économie de développement, le cercle vertueux de la Croissance tirée par les exportations (Export Led Growth).

Aussi, le Maroc pourra profiter d’une demande étrangère tirée par la dynamique économique des BRICS où ces dernières années, ils ont connu une croissance sensationnelle, surpassant le G7 en termes de part du PIB mondial ; une croissance économique principalement portée par la Chine et l’Inde, mais les autres membres du groupe contribuent également à cet essor.

En outre, au regard des contraintes d’Efficient Consumer Response, Quick Response et de Just In Time, le Maroc sera acculé pour s’aligner à l’économie cognitive et de la connaissance en améliorant la qualité et l’innovation de ses produits afin de les rendre plus compétitifs face aux critériums de l’exigence du marché des BRICS, débouché intransigeant en termes de coûts, de qualité de produit et de délais de livraison, ce qui stimulera, de facto, la compétitivité du Label Maroc aussi bien sur le grand marché des BRICS que sur d’autres débouchés mondiaux. 

En sus, l’élargissement des BRICS, avec l’intégration de nouveaux membres comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Égypte et l’Éthiopie et récemment l’Indonésie ou d’autres pays dans le futur, le tissu économique Marocain deviendra un site d’accueil pour les capitaux étrangers en ouvrant de grandes opportunités d’investissements pour les membres des BRICS et attirera des investissements directs étrangers IDE ce qui renforcera les capacités de production, d’investissement et d’exportation du Maroc.

Se rallier avec le groupement des BRICS ne doit en aucun cas avoir une connotation péjorative de rupture avec les clauses de nos partenaires occidentaux à l’instar de l’accord d’association avec l’Union Européenne et l’Accord du libre échange avec les Etats Unis, car faut-il le rappeler les BRICS ne représentent pas manifestement une alliance anti-Américaine ou anti-Occidentale, ni un groupement d’obédience socialiste ou communiste, mais devra être perçu comme le pendant logique de notre politique de diversification stratégique de notre commerce extérieur, qui porte ses fruits année après année.

In fine et au-delà de la conséquence logique de la maturation de notre diversification commerciale et de notre offre exportable, ne s’agit-il pas de positionner l’économie Marocaine dans l’échiquier mondial multipolaire qui se dessine jour après jour dans la cartographie de la géopolitique mondiale, avec un rythme  de plus en plus soutenu et profiter des aubaines offertes par la multipolarité ?

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