
L’Inde et l’Union européenne (UE) ont officialisé Mardi 27 Janvier 2026, au cœur de la capitale Indienne, New Delhi la conclusion d’un ambitieux accord de libre-échange qui, au terme de 20 ans de négociations, va créer une zone de libre-échange de 2 Milliards de consommateurs. Ce pacte a été paraphé en présence du Premier Ministre Indien Narendra Modi, de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du président du Conseil Européen Antonio Costa.
Ces deux mastodontes représentent désormais 25 % du PIB mondial et un 1/3 du commerce international. Cet accord est d’autant plus capital qu’il rassérène les 800.000 emplois Européens déjà soutenus par les exportations vers l’Inde.
Le contrat repose sur une baisse drastique des barrières tarifaires imposées par l’Inde. A titre illustratif, à terme, les droits de douane sur plus de 90 % des exportations de marchandises de l’UE seront éliminés ou réduits, permettant aux entreprises Européennes d’économiser jusqu’à 4 Milliards d’euros de taxes par an.
Les secteurs de l’aéronautique, de la chimie et de la fabrication d’équipements médicaux voient leurs droits de douane disparaître totalement. L’industrie automobile, fleuron de l’économie Européenne, bénéficie d’une percée majeure avec des taxes qui s’effondrent de 110 % à seulement 10 % pour un volume annuel de 250 000 véhicules.
Le secteur des vins et spiritueux, particulièrement important pour la France, profite d’une réduction tarifaire spectaculaire. Ainsi, les droits de douane sur les vins passent de 150 % à 20% pour la gamme premium et 30 % pour la gamme intermédiaire, tandis que les spiritueux tombent à 40 %. Par ailleurs, de nombreux produits de consommation courante comme le chocolat, les pâtes ou l’huile d’olive sont désormais totalement exemptés de taxes.
La Commission Européenne estime que l’accord de libre-échange devrait doubler les exportations de marchandises vers l’Inde d’ici 2032. Au-delà des marchandises, le protocole ouvre largement le marché des services. Les prestataires Européens bénéficient d’un accès privilégié dans des secteurs clés tels que les services financiers et les services maritimes.
En contreparties de ce pacte, l’Inde obtient des avantages substantiels pour son industrie avec une quote-part d’exportation d’acier sans taxes fixé à 1,6 Million de tonnes par an. Au-delà des marchandises, la convention inclut un volet humain essentiel qui facilite l’accès au territoire Européen pour les étudiants, les chercheurs et les travailleurs qualifiés Indiens.
Le convenant renforce également la protection de la propriété intellectuelle Européenne (marques, dessins, secrets commerciaux) et prévoit un chapitre dédié aux PME pour les aider à naviguer sur le marché Indien via des points de contact spécifiques. Enfin, ce partenariat s’étend à la défense et à la sécurité, marquant la volonté des deux puissances de diversifier leurs sources d’approvisionnement militaire et technologique.
Derrière ce gigantesque pacte se profile plusieurs raisons économiques, commerciales et géopolitiques :
– Primo, cette initiative intervient dans un contexte de discordes géopolitiques mondiales. Il permettra à l’Union Européenne et à l’Inde de jalonner une voie de self-government au regard de l’impondérabilité de la politique étrangère Américaine de Donald.Trump.
Aussi, pour éluder que des pays tiers n’utilisent l’Inde comme plateforme de réexportation vers l’Europe, des clauses d’origine draconiennes ont été définies : seuls les produits ayant subi une transformation significative dans l’un des deux blocs bénéficient des réductions de taxes.
– Secundo, cette alliance vise à réduire la dépendance commerciale envers Pékin. Pour l’Europe, ce traité constitue une étape clé de réduction de risque visant à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement, alors qu’en 2025, plus de 23 % des biens importés dans l’UE provenaient encore de la Chine. De son côté, l’Inde cherche à contrer la prééminence Chinoise dans le commerce mondial, qui représente 18 % de ses propres importations. Ce rapprochement stratégique permet à New Delhi d’accéder aux technologies et aux investissements nécessaires pour moderniser son industrie via le programme Make in India.

– Tertio, ce partenariat répond à une résurgence de l’Union européenne sur l’échiquier des relations économiques internationales. En effet, depuis 2018, l’UE a subi une érosion de ses parts de marché dans le monde, chutant de 18 % à environ 15 % en 2025. Face à ce déclin, l’accès au marché Indien devient une priorité vitale : Avec une croissance de 8,2 %, l’Inde offre le relais de croissance indispensable à l’Europe pour compenser sa perte de vitesse sur ses marchés traditionnels. D’ailleurs, selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), l’Inde devrait prendre cette année au Japon le titre de quatrième économie mondiale, derrière les États-Unis, la Chine et l’Allemagne.
A titre d’exemple, la France se trouve en première ligne pour récolter les fruits de ce traité grâce à ses secteurs de pointe, notamment l’aéronautique, le luxe et l’agroalimentaire. Pour les vins et spiritueux, la chute des taxes de 150 % à 20 % représente une opportunité stratégique de pénétration du marché, offrant une alternative vitale aux débouchés Américain et Chinois sous pression. Ce pivot commercial est d’autant plus nécessaire que l’Inde ne représentait jusqu’alors que 2 % des exportations européennes.
Historiquement, l’Inde a longtemps fait preuve d’une certaine circonspection vis-à-vis du commerce mondial. Elle a pratiqué, bien avant D.Trump, une politique de droits de douane élevés : 18 % de taxes en moyenne applicable aux marchandises originaires de pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2021, rendant son marché intérieur relativement difficile d’accès. Son retrait du commerce mondial a été marqué entre 2014 et 2020.
Toutefois, cette ouverture n’est pas sans contreparties, l’UE a exclu les secteurs ultra-sensibles comme le bœuf, le riz ou le sucre. Cette prudence garantit une protection aux éleveurs français face à une agriculture Indienne qui emploie encore 45 % de sa main-d’œuvre et dont les coûts de production sont nettement inférieurs.
Outre le seul domaine commercial et dans un monde de moins en moins sûr, les deux blocs ont étendu leur partenariat en matière de défense et de sécurité en réduisant leur dépendance stratégique à un moment où l’arme commerciale est de plus en plus utilisée.
– Quarto, à partir de 2014, le Gouvernement Indien a mis en place des programmes, comme le Make in India, visant à attirer les investissements directs étrangers (IDE). Dans cet objectif, le Gouvernement a mis en place des politiques de levée des restrictions sur les IDE, de facilitation administrative à l’investissement. Aussi, l’Inde a un besoin aigu de développer son secteur manufacturier pour ne pas voir son dividende démographique lui échapper, et être en mesure de créer des emplois à un rythme aussi soutenu que la croissance de sa population active. A ce titre, le gigantesque marché Indien permettre aux entreprises issues de l’UE de délocaliser leurs unités productives sur le site Indien.

– Quanto, L’UE représente un partenaire commercial incontournable pour l’Inde. C’est son deuxième fournisseur, juste derrière la Chine et devant les États-Unis. Entre 2011 et 2025, les importations Indiennes émanant de l’UE sont restées stables, oscillant entre 10 % et 12 %, dépassant systématiquement celle des États-Unis, soit 8 à 9 % sur les cinq dernières années.
Parmi les produits les plus exportés par l’UE et les États-Unis vers l’Inde, des produits métalliques à recycler – fer, acier, aluminium -, des avions et des pièces détachées, ou encore des gammes de médicaments. L’UE se distingue des États-Unis par ses exportations de machines-outils, d’appareils de mesure, de véhicules de tourisme et de produits chimiques. S’ajoute, la plus grande diversité des exportations Européennes comparativement aux exportations Américaines. Les 25 produits européens les plus exportés vers l’Inde représentent 1/3 de ses exportations totales. Ainsi, avec cette polarisation commerciale, l’accord avec l’UE diffusera des économies d’échelle à travers une baisse des coûts et des prix au profit de l’économie Indienne.
– Sexto, depuis la fin de la décennie 2010, l’UE a vu s’éroder ses parts de marché dans le monde, en particulier dans les pays en développement où cette perte concerne la majorité de ses produits, au profit principalement de la Chine. Même les 100 produits les plus exportés par l’UE vers le reste du monde – avions, véhicules de tourisme haut de gamme, boîtes de vitesse, turboréacteurs, certains médicaments et vaccins, ou encore articles de parfumerie – ont subi une baisse de leurs parts de marché. Ainsi, ce pacte commercial permettra à l’UE de réactiver son commerce sur l’échiquier mondial en compensant l’érosion de ses parts de marché depuis 2010
En somme, cet accord commercial de l’INDE-UE s’inscrit dans une vision stratégique de long terme, dont l’accélération a été catalysée par les dynamiques de recomposition de commerce mondial. D’un point de vue géopolitique, ce raccommodement s’inscrit dans une stratégie de diversification des chaînes d’approvisionnement permettant à l’UE et l’Inde de réduire les dépendances vis-à-vis de la Chine. Aussi, ce rapprochement se veut une réplique à l’administration Trump, dont l’Inde et l’UE subissent les contrecoups d’une politique commerciale agressive et une remise en cause unilatérale des équilibres commerciaux.

En signant cet accord de libre-échange, dans ce contexte géopolitique tumultueux, l’Inde comme l’UE entendent tracer un sentier souverain. C’est aussi la voie vers une prospérité partagée selon les dires du Premier Ministre Indien Narendra Modi où l’UE profitera de l’’immense marché que représente le pays le plus peuplé de la planète, avec ses 1,5 Milliard d’habitants et sa très forte croissance, de 8,2 % en glissement annuel au dernier trimestre. En contrepartie, l’Inde attend une hausse de ses exportations dans de nombreux secteurs, dont le textile, les pierres précieuses, la joaillerie, le cuir et les services. Aussi, New Delhi considère l’Europe comme une source indispensable des technologies et des investissements dont elle a un besoin pour accélérer sa modernisation et créer des millions d’emplois pour sa population.
