Home Non classé La disparition d’une des figures de proue de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud ou le décès de l’économiste Samir Amin

La disparition d’une des figures de proue de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud ou le décès de l’économiste Samir Amin

by Mustapha Maghriti

À la fin des années 1980, à la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales de Rabat-Agdal, quand j’assistai aux passionnants cours des Problèmes Structurels de Développement PSD animés par notre imminent professeur Feu Driss Benali, même si la théorie de la dépendance perdait de son influence, il restait pour beaucoup le plus grand intellectuel du Sud. Et nous avions tous lu sa thèse sur l’accumulation à l’échelle mondiale. C’est bien Samir Amin qui nous a quitté ce 12 août 2018 qui marqua l’éteinte d’une des figures emblématiques de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud : Samir Amin est décédé à Paris, à l’âge de 86 ans. Ce théoricien du  » développement inégal » est né au Caire en 1931, Samir Amin appartient à la génération des économistes tiers-mondistes qui ont tenu le haut du pavé durant toute la décolonisation. Après avoir obtenu son doctorat en économie, il a travaillé entre 1957 à 1960 pour l’administration de Nasser, avant de conseiller entre 1960 et 1963 le gouvernement du Mali. Il est ensuite devenu professeur aux universités de Poitiers, Dakar et Vincennes. 
Il a dirigé à partir de 1970 l’Institut africain de développement économique et de planification de Dakar IDEP, rattaché à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique CEA. Il a quitté cette organisation en 1980, pour cofonder le Forum du Tiers-monde, une association regroupant plus d’un millier d’intellectuels d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, dont le bureau africain est à Dakar. 
En 1973, il a notamment publié Le Développement inégal : Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique. 
Alors que la faillite du développement paraît consommée en Afrique, Samir Amin multiplia les analyses et les discussions sur le projet d’un  » autre développement » dans un monde polycentrique où les quatre ou cinq « grands » qui ont remplacé les deux superpuissances militaires américaine et soviétique n’ont pas cessé pour autant de marginaliser les victimes des stratégies du capital mondial ou « mondialisé » », expliquait Jeune Afrique en 2005. 
À l’ajustement aux tendances dominantes, S. Amin oppose la  » déconnexion » qui consiste, pour une nation défavorisée, à soumettre ses rapports avec l’extérieur aux exigences prioritaires de son propre développement. Ce « nationalisme progressiste », qui n’exclut pas la coopération régionale comme instrument de lutte contre les monopoles mondiaux, constitue, selon lui, une étape de la longue transition du capitalisme mondial au socialisme mondial ». En février 1977, il signa dans Jeune Afrique une tribune consacrée aux chemins de l’unité du monde arabe. 
« Il faut amorcer des formes d’organisation qui permettent aux travailleurs et aux peuples de toute la Planète de coordonner leurs stratégies de lutte, de passer de stratégies défensives, laissant l’initiative au pouvoir capitaliste impérialiste dominant, à une stratégie offensive contraignant l’adversaire à, lui, se retrouver sur la défensive et à répondre à nos initiatives, celles des travailleurs et des peuples », écrivait-il sur son blog en décembre 2017. 

Au début des années 2000, Samir Amin est revenu en force, à l’aune du mouvement altermondialiste : Sa pensée a continué à influencer une nouvelle génération d’intellectuels ; l’historien sénégalais Mamadou Diouf et le philosophe camerounais Achille Mbembe en sont des illustrations qui ont été inspirés par Samir Amin. Il était favorable à l’unité arabe, certains de ses travaux en témoignent. Mais il était aussi un Égyptien qui a passé une grande partie de sa vie à Dakar, a été conseiller du gouvernement malien… Et au Caire, il a participé à l’ouverture d’un Institut d’études africaines. Si son influence dépasse l’économie, c’est qu’il était très savant, il ne se passait pas un jour sans qu’il aille au cinéma ou ne lise un roman. Et si son influence dépassait l’Afrique, c’est qu’il était un créateur de réseaux d’où observer le monde depuis le Sud. De manière plus récente, il a participa à la création d’Enda Tiers-monde, bien implanté en Asie du Sud ou au Brésil. 
Il a influencé de grands économistes comme le Brésilien Celso Furtado ou l’Américain Immanuel Wallerestein… Quand il a pris la tête de l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), une institution panafricaine créée en 1962 par les Nations unies, il a accueilli tout ce que le continent comptait de jeunes intellectuels. 

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