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La Chute du Mur de Berlin, 31 chandelles après

by Mustapha Maghriti

Je me rappelle quand j’ai été en 1ére à la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales Rabat-Agdal que notre Imminent Professeur d’économie politique Monsieur Omar Kettani nous annonça la nouvelle, dans le fameux amphithéâtre 1 à l’annexe Maghreb ALKABIR, au cours de notre cours d’Economie Politique, que le Mur de Berlin a été ébranlé comme un château de cartes, oui, Oui dans le jour du 9 au 10 novembre 1989, le « Mur de la honte » bâtit en 1961, succomba sous les yeux des Berlinois, saillant le naufrage du bloc Soviétique. Il scinda la ville de Berlin en deux et symbolisait et incarnait avec force la Guerre froide. L’ouverture de l’Union des républiques socialistes soviétiques URSS avec la Perestroïka de Gorbatchev et la volonté des allemands de l’Est ont inhumé définitivement cette période.

Avec la réunification, on assista à une libération des peuples d’Europe, surtout en Allemagne de l’Est qui amorçait une réunification progressive et globale du vieux continent, via l’Union européenne où des milliers de Berlinois de l’Est et de l’Ouest entrent dans l’histoire en escaladant les murs de béton, s’engouffrant dans les étroits points de passage de la frontière et s’attaquant au Mur de Berlin avec des burins et de marteaux. Les images de cet événement historique planétaire ont été diffusées dans le monde entier et resterons à jamais gravées dans l’imaginaire populaire. Qu’en-est-il après 31 bougies ?

Après 31 chandelles de séparation, la réunification aurait coûté plus 2.000 Milliards d’Euros à l’économie Allemande, mais aussi avec un fardeau sur l’ensemble des pays de l’UE. Une facture colossale qui, 31 années plus tard, n’a pourtant pas permis à l’Allemagne de l’Est de rattraper sa circonvoisine après 45 années de communisme.

En effet, Dans le rapport annuel sur « le statut de l’unité Allemande », publié en 2018, les autorités du pays pointaient du doigt le très lent rattrapage des Etats fédéraux (Länder) de l’ex-Allemagne de l’Est.

31 ans après l’effondrement du mur de Berlin, le taux de chômage et de la productivité connaissent encore des hiatus considérables : Alors que le PIB par habitant de la République Démocratique Allemande RDA représentait 43 % de celui de l’Ouest en 1990, le niveau des cinq Länder de l’Est atteignait 75 % de leurs voisins occidentaux en 2018.

Aussi, le chômage resta difficile à contenir qui était l’un des principaux objectifs de la réunification. Pourtant, en 31 ans, l’Est n’a pas réussi à regagner l’Ouest en matière, notamment, d’emploi. Ainsi, le taux de chômage recule certes mais atteint encore les 6,9 % dans les cinq Länder de l’Est en 2019, soit deux fois plus que les 3,1 % de la moyenne nationale.

En outre, le standard de vie des Allemands de l’Est a certes assidûment augmenté depuis 1989, mais n’a pas rattrapé celui de l’Ouest. L’écart de revenu médian entre les deux Allemagnes était à son maximum (à 4 432 euros par an en moyenne) au lendemain de la réunification, en 1991, puis s’est épongé jusqu’à 2 092 euros en 1997. Toutefois depuis le début des années 2000, il est piane-piane remonté pour frôler les 3 623 euros en 2016. Pour toute la période couverte, l’écart des revenus a fluctué mais resta voisin de 20 %.

Certes et vu le contexte économique et politique de l’époque, l’extension des deux Allemands a été un succès géopolitique pour les pays de l’Union même si les relations entre l’Est et l’Ouest enfantent encore frustrations, rivalités et malentendus. Alors que l’économique devait prendre le dessus sur le politique, c’est l’inverse qui se produit.

Aujourd’hui, l’aspiration à la liberté, qui fut si puissante en brisant le rideau de fer en 1989 n’a-t’-il pas débouché en Europe centrale sur le national-populisme et le repli identitaire ? La démocratie, pour laquelle les peuples se soulevèrent, ne recule-t-elle pas devant l’autoritarisme. De Berlin-Est à Bucarest, l’histoire de plus trois décennies écoulées est celle d’un amour déçu, d’un enthousiasme pour les valeurs occidentales s’est transformé en ressentiment devant les déconvenues et les humiliations. 

La semaine dernière, l’Allemagne et l’Europe sanctifièrent les 31 bougies de la chute du Mur de Berlin dans une homosphère indigeste, loin des espoirs nés de la fin du Rideau de fer après plus de trois décennies du glacis communiste. D’autant plus que le climat politique en Allemagne est polarisé comme jamais suite à la poussée électorale de l’extrême droite anti-migrante, notamment dans l’ancienne Allemagne de l’Est communiste qui élucide un fossé politique persistant 31 ans après entre les deux parties du pays. Le fascisme ne connaît-il pas un essor préoccupant avec la montée en puissance de l’AfD, due à ces clivages sociaux persistants entre l’Est et l’Ouest, se traduisant par la perte de vitesse de partis traditionnels comme le SPD, la CDU et la CSU ?

Certes, le 9 novembre 1989, le mur de la honte s’est effondré, cependant, le mur de la honte des inégalités entre les deux Allemands persiste. Certes, l’heure des forteresses et clôtures appartenait à l’histoire. Toutefois les remparts des inégalités sont toujours d’actualité : Le rattrapage de l’Est avec celui de l’Ouest demeure un processus très lent ; sur certains aspects économiques, la frontière entre les deux Allemagnes reste nettement marquée.

Avec le recul, lorsqu’on voit le poids de l’Allemagne aujourd’hui et le déséquilibre que sa puissance économique crée en Europe, François Mitterrand n’avait-il pas raison de redouter la réunification?

Le mur de Berlin n’était-il pas, somme toute, qu’un épiphénomène découlant de l’empire du système capitaliste, qui n’a eu cesse de détrôner le camp socialiste ; son effondrement n’a-t-il pas servi de révélateur de l’hégémonie du capitalisme sur un échiquier mondial devenu unipolaire ?

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