David Ricardo et Adam Smith sont souvent considérés comme les auteurs emblématiques du libéralisme économique qui mirent en piédestal les vertus du libre échange à travers leurs fameuses théories des avantages comparatifs et absolus et s’ensuit tout un afflux de disciples et de courant ultralibéral, qui selon eux, le libre jeu des acteurs économiques reconduit à une situation d’optimum économique et que le libéralisme économique permet d’améliorer la situation de tous, y compris des plus démunis.
Qu’en est-il sur le marbre de la réalité économique de cette répartition « égalitariste » de la richesse au niveau mondial que prédisaient les libéraux ?
D’emblée, on peut alléguer que sur le plan factuel, l’arène des relations économiques internationales montre ostensiblement que les dividendes de la croissance économique mondiale sont arbitrairement redistribuées et qu’une inégalité configure la répartition de la richesse mondiale. À l’appui de notre assertion, ce 21 Janvier dernier, Oxfam International qui est, faut-il le rappeler, une confédération composée de 17 organisations indépendantes agissant contre les injustices et la pauvreté publia un rapport coléreux et accablant sur la répartition biaisée des richesses dans le monde.
En effet, sur la base des données fournies par le Crédit suisse, l’ONG de Winnie Byanyima tira quelques conclusions qui font froid dans le dos : les 1 % des nantis s’approprient une part toujours plus ample des richesses comparativement aux années écoulées : La part de la richesse de la planète voltigée par les 1 % les plus riches est gravie de 44 % en 2009 à 48 % en 2014 et débordera les 50 % en 2018. Pour rappel, en 2010, la fortune nette des 80 personnes les plus riches au monde s’élevait à 1 300 milliards de dollars. En 2014, le montant atteignait les 1 900 milliards, en 2018. Pire encore, 26 milliardaires possèdent désormais autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité ; ces 26 riches disposent désormais d’autant d’argent que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète.

D’une manière générale, la richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 Milliards l’an dernier, soit à une cadence de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11% selon le rapport.
Ainsi, l’investigation d’OXFAM met en lumière que dans la période où le patrimoine des plus nantis fuse de manière démesurée, celui des moins riches a fortement étrécie, jusqu’à un jonction de courbes. Ce qui nous laisse inhumer la fameuse théorie économique d’inspiration libérale « théorie du ruissellement ».
En sus, la répartition inégale du patrimoine mondial converge vers la remise en cause de la fameuse relation de Kuznets établie dans les années 1950 qui laissait croire que le développement économique s’accompagnait de façon mécanique d’une décrue des inégalités de revenu. Les inégalités observées en ce début de XXIe siècle ne sont-elles pas comparables au niveau d’inégalités du XIXe siècle et du début du XXe siècle ?
En cela, l’économiste français et l’auteur du best-seller « Le capital au XXIe siècle », Thomas Piketty, rejoint le prophète du communisme Karl Marx et allègue que le capitalisme, s’il n’est pas régulé, génère des inégalités grandissantes.
Selon le même document, le nombre des riches comme Crésus a doublé depuis la grande dépression financière de 2008, constatant que les riches bénéficient non seulement d’une fortune en pleine expansion, mais aussi des niveaux d’imposition les moins élevés depuis des décennies.
Aussi, Oxfam indique que les plus riches dérobent au fisc 7.600 milliards de dollars, dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni et paradoxalement les 10% les plus pauvres paient désormais des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches.

A cet égard, l’épineuse apostrophe de l’imposition et de la taxation des plus hauts revenus soulevée par le rapport de l’ONG est cruellement d’actualité dans de nombreuses nations. A titre illustratif, en France, le mouvement des »Gilets Jaunes » n’a-t-il pas relancé le débat sur la suppression de l’Impôt sir la Fortune ISF par Emmanuel Macron ? Au pays d’Uncle Sam, Alexandria Ocasio-Cortez députée démocrate, fraîchement élue, n’a-t-elle pas proposé de taxer à 70% les plus riches, obtenant le soutien du Prix Nobel d’Économie Paul Krugman ? Et se pose, en guise de conclusion les grandes interpellations des moyens, des mesures et les mécanismes d’un modèle social et économiquement redistributif sur le toit de l’économie mondiale à même de limiter le divorce croissant entre l’exigence démocratique d’égalité et la multiplication des inégalités économiques pour reprendre l’auteur « Les fractures du capitalisme »l’écomiste, Lester Thurow.
