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Climat des Affaires au Maroc à l’heure du Covid-19 : Quelles pistes d’amélioration de l’attractivité de l’investissement au temps du Coronavirus?

by Mustapha Maghriti
Nul ne doute que la Covid-19 a mis à genoux le tissu économique national, notamment la Très Petites Entreprises (TPE) et la Petites et Moyenne Entreprise (PME). La pandémie du Covid-19 a asséché le climat de l’investissement et des Affaires Internationales au Maroc, une telle flétrissure se manifeste par un net recul des investissements directs étrangers (IDE) : Ils ont connu une décrue de 24,5% (2,99 Milliards DH) en raison de la part importante des IDE dans les secteurs dans l’industrie manufacturière et les chamboulements qui ont affecté les chaînes de valeurs mondiales couplés à la chute des prix du pétrole et à la perte de confiance des investisseurs ; leur flux net s’est chiffré à 5,31 Milliards DH, en repli de 16,8, la faillite de plus de 77.000 entreprises à fin Mars 2020, une chute brutale de la consommation et de l’investissement, un recul de 5% du PIB et un déficit budgétaire de 7,5% selon les postulats du projet de la loi de Finances rectificative 2020.
Aussi, la défloraison de l’environnement du business international au Maroc se matérialise par l’arrêt de larges segments de production de moult entreprises, y compris des entreprises multinationales, la pause de plusieurs groupes étrangers et les mouvements de relocalisation industrielle à travers la récupération des avantages comparatifs causés par la crise de la pandémie du Covid-19.
Dans ce contexte de crise occasionné par la pandémie du Covid-19, la réussite de la relance de l’attractivité du climat de l’investissement et la consolidation du positionnement de l’économie Marocaine dans les chaînes d’approvisionnement mondiales est tributaire de l’approche, et la cadence avec lesquels l’Exécutif Marocain soutient le milieu des affaires et abreuve le climat de l’investissement du tissu National.
Manifestement, le Maroc a bien avancé en termes de réformes d’ordre juridique et réglementaire en atteste l’embellie du dernier classement de Doing Business 2020. Toutefois, au temps du Coronavirus, il est nécessaire d’opérer des actions ponctuelles et ciblées en relation avec les dommages collatéraux engendrés par la Covid-19 qui, à notre sens, s’articulent autour des axes suivants:

– Primo, la nécessité d’une structuration des dispositifs d’appui aux TPE/PME relatifs au financement, aux garanties et à la mise à niveau du tissu entrepreneurial qui a subi de plein fouet les contrecoups de la crise et aux subventions qui restent inopportunément peu connus et laborieusement accessibles en raison du labyrinthe des intervenants.
À ce égard, il est urgent de regrouper ces mécanismes à travers l’instauration d’un interlocuteur unique à même de prendre en charge tous ces instruments et du déploiement des procédures y afférentes à l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays émergents et ce en activant l’édification d’un guichet unique et à la généralisation du système de création d’entreprises dans tous les Centres Régionaux d’Investissement CRI et ce par voie électronique en raison de l’accélération du mouvement de digitalisation à l’heure du Covid-19.
Le numérique est appelé, à se positionner en véritable courroie de transmission de croissance inclusive avec plus de transparence dans la gestion de l’action publique et plus d’équité dans l’accès aux opportunités d’investissement.
– Secundo, la prédilection nationale dans la commande publique, la facilitation et la fluidification de l’accès aux marchés de l’État aux TPE et PME à travers des Partenariats Publics-Privé (PPP) qui sont des conditions incontournables pour relancer le climat de l’investissement, en singulier pour les Très Petites Entreprises et les Petites et Moyenne Entreprise qui forment le maillon du tissu économique National .
D’ailleurs et dans ce sens, le Comité nationale de l’environnement des affaires (CNEA) penche sur l’adaptation et l’assouplissement des procédures administratives et de la réglementation en tenant compte des besoins de l’entreprise pendant la période post-Covid-19.
– Tertio, afin d’assurer la survie du tissu entrepreneurial qui est en difficulté, il est primordial d’entreprendre certaines actions urgentes, à savoir la formalisation de l’économie (l’économie informelle constitue 33% du PNB) et la refonte du Code du travail et son harmonisation avec le marché du travail qui sont des éléments vitaux à l’attractivité du climat des affaires économiques internationales et des IDE.
– Quarto, avec les frontières que connait l’économie mondiale, et pour soutenir les TPE/PME, il est crucial de promouvoir le « Made in Morocco » à travers l’incitation à la consommation locale qui stimulera le tissu entrepreneurial en exhortant les promoteurs nationaux à investir davantage dans différents niches et segments de l’économie Marocaine. Le brandage « Made in Morocco » renforcera notre indépendance économique, sans exclure l’ouverture sur le monde et l’instauration de nouveaux rapports sur la base de l’équité et de l’intérêt réciproque.
– Quinto, afin d’offrir de la visibilité aux opérateurs économiques nationaux et étrangers dans ce contexte économique sépulcral et nébuleux, il est important d’accélérer les réformes d’ordre réglementaire et judiciaires telles que l’adoption de la loi relative à l’arbitrage, à la médiation conventionnelle, la modernisation et la dématérialisation du système judiciaire et l’amendement du texte relatif aux entreprises en difficulté.
L’atténuation des contraintes actuelles qui se dressent devant les sociétés au niveau de la phase judiciaire, le caractère relativement long de la phase contentieuse et la révision des délais devant les tribunaux de commerce et les adapter à la nature des activités commerciales ne sont-ils pas importants pour sécuriser et redonner crédit aux investisseurs nationaux et étrangers ?
– Sexto, les entités chargées de la promotion de l’investissement doivent développer leur rôle d’interlocuteur entre les investisseurs étrangers et l’administration, en privilégiant les activités de suivi des entreprises (AFTERCARE) plutôt que celles visant l’attraction. Ces entités doivent prendre des mesures d’urgence afin de soutenir et pérenniser les investissements existants, et éviter d’éventuels désinvestissements. Aussi, ces entités doivent créer des cellules de crise et de veille dont le rôle est d’informer et de communiquer avec les investisseurs, de répondre à leurs doléances à travers le suivi des interruptions de production.
D’ailleurs, lors de la dernière réunion du Comité national de l’environnement des affaires, tenue Mardi 23 juin 2020 à Rabat présidé par le chef de l’exécutif, le CNEA ambitionne d’entamer l’élaboration d’une politique nationale intégrée dans les prochains jours, en se basant essentiellement sur les résultats de l’enquête nationale sur les freins au développement du secteur privé, réalisée en 2019 avec l’appui d’experts internationaux. Cette feuille de route, qui devra être prête fin 2020, permettra de donner de la visibilité au milieu des affaires.
– Septimo, dans le cadre du redimensionnement des chaines de valeurs mondiales causé par la pandémie du Covid-19, le Maroc doit être « opportuniste » en attirant une relocalisation diversifiée des industries étrangères au Maroc dans un climat des affaires sain pour reprendre les propos du Ministre Marocain du Commerce et de l’Industrie.
Ceci est d’autant plus opportun que le Maroc recèle des capacités de production et d’ingénierie importantes qui peuvent être mises à contribution pour que l’Europe devienne encore plus compétitive, via la relocalisation industrielle en constituant une des pièces importantes du puzzle de la compétitivité et de la production Européenne de demain dans un contexte de la bataille pour la « relocalisation et la compétitivité » qui s’annonce d’ores et déjà animée entre les puissances industrielles telles que l’Europe, la Chine, le Japon, les Etats-Unis, la Turquie.
A ce titre, dans leur course à la compétitivité et à la garantie de l’approvisionnement, les entreprises Européennes pourront trouver au Maroc la solution la plus avantageuse.
C’est ce que cite le site allemand « Deutsche Welle » dans un article « La débandade chinoise pourrait être bénéfique pour l’économie Marocaine » : La crise du Coronavirus a révélé leur grande dépendance vis-à-vis de la Chine pour une multitude de produits allant du plus simple au plus impliqué. La recherche des prix les plus bas, n’est pas toujours une solution.
Cette dépendance ne plait pas aux Européens. Le Maroc qui constitue, selon les experts, un îlot de stabilité politique dans le voisinage sud turbulent de l’UE et un partenaire commercial fiable du bloc, pourrait être un choix évident pour les entreprises qui cherchent à raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement.
– Octavo, l’accélération de la mise en application de la de la charte de l’investissement qui accuse beaucoup de retard dans sa mise en œuvre. En effet, faut-il rappeler que la charte de l’investissement fait parti de la mouture de la réforme de l’investissement présentée devant le Souverain Marocain lundi 4 juillet 2016 au palais royal de Casablanca. 5 années se sont écoulées sans que cette charte de l’investissement ne voit le jour. A nos yeux, la mise en œuvre de cette armature juridique au temps du Covid-19 serait un signal fort, une véritable mesure d’incitation et de soutien ainsi qu’une grande opportunité d’investissement pour les investisseurs nationaux et étrangers en regroupant les dispositifs communs à tous les secteurs, les dispositifs sectoriels plus spécifiques et les dispositifs régionaux, en mettant en avant les régions les moins favorisées.
D’autres mesures s’avèrent nécessaires pour fertiliser le climat de l’investissement qui sont contenues dans le projet de loi de Finances rectificative pour l’année 2020 tel :
– La mise en œuvre, dans le cadre de conventions sectorielles, de mesures tenant compte des spécificités de chaque secteur, en relation avec l’ampleur de l’impact subi suite à la crise et du temps nécessaire à la reprise de l’activité.
– L’allocation de fonds nécessaires pour couvrir les risques des prêts garantis au profit de tous les segments d’entreprises, y compris les entreprises publiques. Des Conditions avantageuses seront appliquées à travers un taux d’intérêt maximum ne dépassant pas 3,5%, et un délai de remboursement de 7 ans, avec deux ans de grâce et une garantie de l’État variant entre 80% et 90% et pouvant atteindre 95% pour les très petites entreprises.
– L’allocation des ressources du Fonds spécial de gestion de la pandémie du Coronavirus pour continuer, jusqu’à la fin de l’année, à accompagner sur les plans, social et économique, les secteurs qui feront face à des difficultés même après la levée du confinement.
– La promotion de l’investissement public afin d’accélérer la redynamisation de l’économie nationale.
De telles mesures inclues dans le projet de loi de Finances rectificative pour l’année 2020 donneront un nouveau souffle pour la stimulation de l’investissement privé et la dynamique économique et sociale du Maroc.
En guise de conclusion, les quelques éléments de réflexion évoqués ci-haut visent à en planter le décor afin d’inventer un récit mobilisateur dans la durée soutenu par une ligne de conduite clairement définie : Le contexte national et international morose, la persistance de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 et son impact sur le climat de l’investissement et des affaires internationales interpelle l’exécutif Marocain à donner impérieusement des signaux forts au milieu des affaires à travers le soutien aux secteurs durement impactés par la crise sanitaire en promouvant le  » Made in Morocco». Ces mesures ambitionnent, entre autres, d’inciter les promoteurs nationaux et étrangers à redémarrer pour retrouver au plus vite leur vitesse de croisière dans une aura d’investissement fécond et fértile.

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