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Bilan d’Adieu et dernier chant de cygne du Gouvernement Saad-Eddine El Othmani

by Mustapha Maghriti

Seul moins d’une semaine nous séparent des prochaines élections législatives qui se tiendront le 8 Septembre 2021. Nous savons pertinemment tous que le bilan du Gouvernement quelque soit sa nation, sa couleur et son sigle politique est toujours un bon exercice de réflexion, de constats, de diagnostics et même de proposition de pistes et des pistes d’amélioration. Qu’en est-il du bilan économique du Gouvernement El Othmani  avec à sa tête un psychiatre et Fqih Soussi bardé de diplômes en théologie, en l’occurrence Saad-Eddine El Othmani le “psy-chef” de l’exécutif Marocain ?

L’apostrophe fondamentale qui nous interpelle est de savoir si les Gouvernements El Othmani Saison I et II ont pu remédier aux tares structurelles de l’économie nationale (Chômage élevé des jeunes diplômés, volatilité de la croissance, déficits jumeaux…. etc.).

Au regard des maux économiques et sociaux dont pâtit notre tissu économique et social, épineux de répondre par l’affirmative. Pour preuve,  le caractère erratique et ambulatoire de la croissance économique, en raison de la prépondérance de la variable agricole soumise aux caprices climatiques et clémence du ciel, est resté inerte sous le mandat du Team El Othmani.  Le maréchal Français Lyautey n’a-t-il pas argué “Au Maroc, gouverner c’est pleuvoir ?

A titre illustratif, le taux de croissance économique a chuté de 4,1% du PIB en 2017 à 3% en 2018 et 2,5% en 2019. En 2020, eu égard à l’ampleur de la pandémie, le Maroc, à l’instar de la plupart des Etats, a enregistré une forte crampe de la dynamique économique, avec un taux négatif de croissance de -7%. N’oublions pas lors du discours de l’investiture du Gouvernement El Othmani, le chef de l’exécutif avait promis un taux de croissance annuel  moyen du PIB compris entre 4,5 et 5,5%. Or, le taux de croissance annuel moyen entre 2017-2021 est de 1,6% du PIB.

Même en faisant litière de l’année 2020 marquée par la crise exceptionnelle liée au Coronavirus, nous constatons lisiblement que l’objectif de la cible de la dynamique économique n’est pas atteint où le taux de croissance annuel moyen des quatre années restantes est de 3,6% du PIB.

Un point de croissance perdu chaque année pendant 5 ans, n’est-il pas équivaut à un « manque à gagner » de près de 55 Mds de DH par rapport à l’objectif fixé par le Gouvernement ??

En outre, avec le tarissement et l’assèchement des ressources financières, l’envolée de l’endettement n’a pas épargné le bilan économique du Team El-Othmani où les chiffres montrent que le taux d’endettement public global s’afficha au-delà de la barre de 80% du PIB (82,2% du PIB en 2018 et 80,4% du PIB en 2019). Sous l’effet de la crise sanitaire du Covid-19 qui a eu des corollaires négatifs sur le tissu économique et le recours accru à l’endettement, ce taux a culminé à 92% du PIB en 2020. Un endettement qui hypothèquera  l’avenir de moult générations de marocains condamnés à rembourser les dizaines de milliards de dollars de dettes qui plombent les ailes du Maroc.

La moyenne des déficits budgétaires sur les cinq années, mandat du Gouvernement El-Othmani affiche un taux de 4,9% du PIB. D’où l’existence d’un écart de près de 2 points de plus par rapport à l’objectif gouvernemental. Aussi, même en faisant fi de l’année 2020, le taux moyen du déficit budgétaire des quatre autres années tourne autour de 4,3% du PIB.

A fin 2020, la part de la dette extérieure dans la structure de la dette a progressé pour atteindre 37% (contre 20% avant la crise), tandis que la part de la dette intérieure a reculé à la même période à 63% (contre 80% avant la crise).

En sus, le Coronavirus et les frontières que dessinait l’économie mondiale, l’Exécutif El-Othmani a mis en place le « label Maroc » à travers la promotion  du  » Made in Morocco » et via l’incitation à la consommation locale qui stimulerait le tissu entrepreneurial en exhortant les promoteurs nationaux à investir davantage dans différents niches et segments de l’économie Marocaine et visant à substituer l’importation de certains produits par la production locale, le brandage « Made in Morocco » saluée par le milieu des affaires, censé renforcer notre indépendance économique, n’a pas cependant réussi à infléchir fondamentalement le déséquilibre de la balance commerciale. Pièce à conviction, le déficit de la balance commerciale a accusé un taux qui gravite autour de 18,3% du PIB en 2018 et 18,2% du PIB en 2019, pour enregistrer un léger recoin en 2020 à 16,3% en raison de la fermeture des frontières due à la crise du Covid-19.

Le déficit commercial est resté compris dans une fourchette entre 16 et 19% du PIB, et le taux de couverture des importations par les exportations s’est maintenu autour d’une moyenne de 55%, qui signifie que le Gouvernement Maroc importe plus que le double de ce qu’il exporte.

Sur le front social et en matière de lutte contre l’oisiveté, les résultats obtenus ne sont guère rutilants. Rappelons que le gouvernement avait pour ambition de ramener le taux de chômage à 8,5% en fin de mandat. Or, les chiffres officiels montrent que le taux de chômage annuel moyen au cours des années précitées est de 10,4%. Ce qui est nettement en deçà de l’objectif initial fixé.

En plus, le Maroc ne s’est pas mieux porté lors des cinq dernières années. Pour preuve, le pays occupe toujours la 121ème place sur 189 dans l’IDH du PNUD (2020), 98éme dans le nouvel Indice du capital humain de la Banque mondiale et 75éme de l’indice de compétitivité avec à peine un score de 58 sur 100, en dessous de la moyenne mondiale qui est de 61 en vertu du World Economic Forum.

Aussi, la crise a mis à nu la vulnérabilité sociale d’une très large frange de la population. D’après une étude inédite du HCP, les inégalités sociales se sont fortement détériorées : L’indice de Gini (qui mesure une telle inégalité) a atteint 46,4%, alors que, selon le département HCP, le seuil « socialement tolérable » serait de 42%.

Sur le plan du climat des affaires, le chef de l’exécutif a maintes fois fait éloge et apologie du climat de l’investissement où le Maroc s’est classé à la 53ème dans Doing Business 2020. Sur ce registre de Doing Business, le cabinet Saadine Elothmani s’est-il donné le temps de sonder, sur le terrain, l’opinion du milieu des affaires national et international ? S’est-il donné le recul d’aller faire un tour dans les tribunaux de commerce pour évaluer les tares qui obturent le climat de l’investissement et des affaires internationales: Les délais trop longs, la partialité ressentie et les difficultés d’obtenir gain de cause qui plombent tout crédit en la justice marocaine. Le cabinet de Saadine Elothmani a-t-il demandé aux promoteurs économiques ce qu’ils redoutent le plus dans l’acte d’investir ? 

Les Marocains revendiquent une politique économique qui relance l’activité, l’investissement et l’emploi. Les Marocains réclament une vie décente et une protection des plus faibles, une amélioration de la qualité de la présence territoriale des services publics, une reforme de l’administration. Les Marocains exigent une politique de l’impartialité de la justice, de l’éducation nationale et de la santé publique.

Saad-Eddine El Othmani n’a-t-il pas du tenir compte de ces aspirations et doléances. Le Souverain Marocain, lors du discours de Dakar n’a-t-il pas fixé la feuille de route en soutenant majestueusement que l’alliance gouvernementale n’est pas le partage d’un gâteau ? Le Gouvernement, c’est une équipe, des compétences, un programme, des actions qui s’inscrivent dans la durabilité des choix de la Nation.

Les acteurs économiques attendent des réponses à des questions, récurrentes, qu’ils se posent de manière formelle, explicite et latente. De telles préoccupations revêtent une stridence singulière dans le contexte de ce Gouvernement à fin mandat et qui marque la première expérience gouvernementale conduite à l’ère de la nouvelle constitution de Juillet 2011. Dans ce sens, le corps social tout entier Entreprises et Ménages avaient attendu avidement que les politiques publiques qui seront mises en place par le Gouvernement Psy Saad-Eddine El Othmani issu de la majorité parlementaire, prédéfinissent les voies et les layons destinées à installer le Maroc sur l’itinéraire et la trajectoire d’une réelle émergence économique, accompagnées d’un agenda précis de réalisation. 

In fine, c’est dans la capacité des futures politiques du Gouvernement prochain d’apporter des répliques à ces ” spleens” et ” psy-causes” émanant aussi bien des opérateurs économiques, du milieu des affaires, ainsi que des entreprises et des ménages que l’économie Marocaine pourrait renouer avec une croissance économique soutenue pour claustrer et se greffer sur le sentier de l’émergence économique. A défaut, tout hiatus entre les préoccupations du corps social électoral Marocain et la pertinence des réponses inscrites dans le prochains programmes du Gouvernement et les stratégies qui en découlent ne feraient que renforcer la césure sociale, les attitudes et les comportements de réserve voire de méfiance du citoyen à l’égard de toue opération électorale future.

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