
La pandémie du Coronavirus était initialement une crise sanitaire mondiale, mais qui a fait tâche d’huile en évoluant rapidement vers une crise économique et sociale en affectant tous les contrés du monde à des degrés différents, mais surtout les plus intégrés d’entre eux. La perturbation des chaînes de valeur mondiales, les arrêts de production ont touché les grandes puissances économiques mondiales, d’une manière brutale et soudaine.
Avec la crise économique du Covid-19, la relance économique exige aujourd’hui la présence d’un Etat fort et la mise en place d’un mécanisme institutionnel stabilisateur dans lequel l’investissement joue un rôle central.
Dans ce contexte économique déprimé et tumultueux, l’économie postkeynésienne avec ses principes de base (incertitude radicale, relance de l’investissement, souveraineté, confiance, politique publique), ses codes, reprend son pouvoir partout dans le monde, car elle rime avec le cycle économique dans lequel se trouve l’économie internationale aujourd’hui.
Remémorons-nous tous, en 1972, le président Américain Nixon.R n’hésita pas à déclarer « désormais nous sommes tous keynésiens » La situation périlleuse du Covid-19 nous ne inciterait-elle presque à reprendre ses mots ? Aux Etats-Unis, le plan de soutien Américain, en plein confinement, avoisina les 850 Milliards, complété par » Helicopter Money » : Un chèque de 1.000 Euros pour chaque adulte Américain et la moitié pour enfants. Les économies Européennes sortirent l’artillerie lourde sur le plan budgétaire. Ces dispositifs contra-cycliques de dépenses publiques supplémentaires n’ont-ils pas des allures de politique keynésienne, terme renvoyant au célèbre économiste britannique John Maynard Keynes.
Souvenons-nous tous durant les premiers cours de l’économie politique de la macroéconomie que pendant la grande crise économique des années 1930, John Maynard Keynes rédigea son œuvre majeure « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » qui provoqua ce qu’on appelle la « révolution keynésienne ». Sa thèse centrale, contrairement à l’approche néoclassique, est que le marché ne s’autorégule pas : il n’assure pas le plein-emploi et l’intervention de l’État à travers l’investissement public est nécessaire pour réamorcer l’économie dans les périodes de récession.

En effet, schématiquement, un plan de relance keynésienne de l’économie consiste à infiltrer de l’argent dans l’économie pour lui permettre de redémarrer par la dépense publique (commandes et travaux publics… ), ces commandes baissent le solde de l’État dans un premier temps, mais elles entraînent une augmentation des besoins (main d’œuvre, matériaux, équipement, matières premières), relaçant les investissements des fournisseurs (outils de production, embauches…), diminuant le chômage, augmentant le pouvoir d’achat et, in fine, engendrant un effet multiplicateur dans tous les secteurs d’activité.
Ce plan de relance keynésienne a été formalisé par l’économiste J.M.Keynes après la crise de 1929 et a été pratiquée avec succès après la seconde guerre mondiale ce qu’on appelait les trente glorieuses.
Atteindre ces objectifs de relance économique requiert de réhabiliter la politique budgétaire comme instrument clé de la politique économique, à rebours de sa marginalisation depuis plusieurs décennies. La crise du Covid-19 impose de changer le référentiel intellectuel prédominant en macroéconomie. La politique budgétaire devient, ainsi, l’outil privilégié de la politique économique comme le recommandent les post-keynésiens au contraire des tenants du nouveau consensus en macroéconomie néoclassique où ces politiques d’austérité d’obédience néolibérales, bien avant la crise du Coronavirus, ont révélé leurs limites et ont eu des conséquences néfastes, car elles diminuèrent la capacité productive et allèrent à l’encontre de l’objectif de plein emploi engendrant chômage, inégalité sociales, creusement du déficit commercial, dette publique et privée, exclusion sociale.
La crise du Covid-19 a certes un fond keynésien : Lorsque les forces économiques privées sont confinées chez elles et que seule la puissance publique peut intervenir, le marché ne peut logiquement être autorégulateur, à supposer qu’il le soit déjà en temps normal. La mise des prérogatives sociales de l’Etat et des stabilisateurs automatiques, mis en avant par le néo-keynésien Samuelson, jouent en faveur de Keynes.

Au Maroc, devant la première chambre pour faire le point sur la situation économique et sociale du pays, Le Chef du gouvernement, AKHNOUCH n’a-t-il pas abordé la question de la consolidation des services publics à travers l’épithète de « l’État Social » (enseignement, création d’emplois, généralisation de la protection sociale …)
Faut-il souligner que le déclenchement de la crise économique provoquée par la Covid-19 au début de l’année 2020 n’est comparable ni à celui de la crise de 1929 ni à celui de 2008 ; ses effets non plus : La crise de 2020 se caractérise promptement par un très violent choc d’offre négatif (la production est en partie bloquée par les mesures de confinement ou les ruptures observées dans les chaînes de production globalisées) alors que la survenue consécutive, et d’ores et déjà amorcée, d’un choc de demande lui aussi négatif, est inévitable. Les commandes adressées aux entreprises se réduisent du fait de la baisse des revenus et de la contraction des exportations ; les anticipations de revenus futurs sont elles aussi revues déclenchant une diminution de l’investissement.
La politique budgétaire, du moins à court terme, ne peut pas prétendre répondre au choc d’offre. Néanmoins, en modifiant les conditions de la demande, la politique budgétaire peut, à terme, influencer les conditions de l’offre. Ainsi, en soutenant la demande effective et en générant de nouveaux investissements publics, la politique budgétaire encourage l’investissement privé et joue, à moyenne échéance, sur les conditions de l’offre.
C’est dans ce contexte et pour profiter de l’effet multiplicateur keynésien, que l’exécutif AZIZ AKHNOUCH s’attaque sérieusement à l’investissement. Pour preuve, le projet de loi de Finances PLF 2022 ne prévoit-il une prouesse des investissements publics de l’ordre de 245 Milliards de dhs, représentant plus de 20% du PIB, un plafond jamais franchi par le passé, pour aiguillonner la croissance, relancer l’économie et créant 250.000 emplois directs durant les deux prochaines années.

En sus d’être générateur de commandes, de marchés et de revenus pour les entreprises privées Marocaines, qui elles-mêmes créent des emplois, l’investissement public joue également un rôle structurant pour drainer davantage d’investissements et de capitaux du secteur privé, qu’ils soient étrangers ou Marocains.
Aussi, les entreprises Marocaines ayant tendance à être plus grandes, plus innovantes joueront un rôle important en accélérant la diversification économique et en stimulant les petites et moyennes entreprises Marocaines (PME) par le biais de connexions et liens d’affaires permettant d’encourager une dynamique économique durable, inclusive, technologique et plus globale à l’ensemble du tissu économique et social Marocain.
C’est ce qui explique aussi les raisons qui ont amené le chef du Gouvernement AZIZ AKHNOUCH à multiplier les fréquences de réunions de la Commission des Investissements chaque semaine à l’investissement où moult conventions, mémorandums d´entente et partenariats sont scellés avec des opérateurs étrangers et Marocains, des réunions hebdomadaires, avec les directeurs des Centres Régionaux de l’Investissement CRI, pour dresser un bilan détaillé des projets conventionnés, de voir leur état d’avancement, d’identifier les retards et leurs causes afin de prendre les mesures qui s’imposent pour y remédier et fluidifier l’acte d’investir alors la Commission des Investissements se réunit une fois tous les six mois sous l’ère des précédents gouvernements. Une démarche volontariste et soutenue qui confirme que la relance et la croissance passent irrémédiablement par l’investissement.
En outre, pour renforcer le chantier de l’investissement, le chef du Gouvernement AZIZ AKHNOUCH lors d’un conseil du Gouvernement, ce gisement sera renforcé par le projet de la nouvelle Charte de l’investissement, en cours d’élaboration, un minerai qui permettra de démultiplier l’investissement privé, de garantir toutes les conditions incitatives, légales, financières, fiscales, matérielles, techniques, logistiques aux entreprises et offrir une visibilité au milieu des affaires, aux investisseurs étrangers, afin de jouer pleinement le rôle qui leur échoit pours le soutien de l’économie nationale et l’accélération de l’exécution des investissements, en singulier ceux ayant un impact en termes de création d’opportunités d’emploi et de valeur ajoutée.
Ce renouveau d’intérêt et ce changement de vision en matière d’investissement est encore plus d’actualité au regard de certaines orientations majeures prises par le chef du Gouvernement AZIZ AKHNOUCH : La régionalisation avancée n’en-est-elle pas la meilleure illustration ?
Pour disposer de régions compactes, fortes et denses, cela ne nécessitera-t-il pas un travail de rééquilibrage délibéré de l’investissement entre les territoires au vu des derniers chiffres du HCP où 3 régions, qui représentent l’axe Tanger-El Jadida, concentrent à elles seules plus de 60% de la création de richesse et de valeur ajoutée qui ne sont finalement que la résultante d’un déséquilibre de partage de l’investissement.
Aussi, une autre action de rééquilibrage est inéluctable entre la sphère publique et privée. Dorénavant, la norme standard admise à l’échelle mondiale stipule que dans une économie solide, le volume de l’investissement privé doit représenter le double de celui du public.

Pour 2022, à titre illustratif, dans le projet de loi de finances PLF2022, si l’Etat a prévu d’investir 245 Milliards de dhs, le secteur privé devrait en afficher 500 Milliards de dhs ce qui est encore l’une des options de l’avenir. En Turquie, le taux de l’investissement privé est de 85% contre 15% pour le public.
En somme, le Team AKHNOUCH envoie un signal fort en traduisant pas les chiffres, sa politique keynésienne qui veut faire de l’Etat et de l’investissement public les carburants de la relance économique. Cependant pour que la politique l’investissement public d’obédience keynésienne puisse impacter positivement la croissance économique, sa coordination est incontournable avec les autres formes de politiques économiques (politique monétaire, politique de change, politique industrielle….etc.) et disposer des compétences humaines de haut niveau, capables d’améliorer la capacité d’absorption du tissu économique national dans son ensemble.
































