
Avant-hier 17 Février 2026 aurait pu être une journée commémorative et pleine de festivités. Mais elle ne l’était pas. Ce n’était pas la date de mon anniversaire ou la date de l’indépendance de mon pays, mais la date de la constitution de l’Union du Maghreb Arabe uma. En effet, c’est comme ce jour du 17 Février 1989, soit 37 années que fut l’édification de l’Union du Maghreb Arabe uma suite à un traité scellé par les 5 pays membres (Algérie, Lybie, Maroc, Mauritanie et Tunisie) pour réaliser la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux entre les Etats membres, l’adoption d’une politique commune dans tous les domaines en mettant en évidence ‘la stratégie Maghrébine pour le développement commun.
Depuis cette date, de profondes métamorphoses géopolitiques mondiales se sont opérées sur l’arène internationale (chute du mur de Berlin, effondrement du bloc Soviétique Communiste, mondialisation…..Etc.). Ainsi au regard de globalisation marquée par une libéralisation commerciale à outrance, 5 pays avec plus de 120 Millions d’habitants ayant la même histoire, la même langue, la même religion, des richesses naturelles et humaines importantes, et une complémentarité confirmée, et pourtant c’est l’une des régions les moins intégrées du monde en termes d’échanges intra-régionaux à l’échelle mondiale où le commerce global intra-maghrébin se limite à moins de 5% alors que la part du commerce intrarégional atteint 16% environ en Afrique, 19 % en Amérique latine, 51 % en Asie, 54 % en Amérique du Nord et 70% en Europe. Les échanges entre les pays de l’Union du Maghreb Arabe uma ne dépassaient guère les 3,1% des exportations globales de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.
Le commerce intra-Maghrébin demeurait encore chétif par rapport aux échanges des pays de l’UMA avec l’Union Européenne. En moyenne, les pays de la région exportaient près de 70 fois plus vers l’Union Européenne que vers le Maghreb. De ce fait, le gros des échanges du Maghreb s’effectue avec l’Europe, pour des raisons qui tiennent à la fois aux liens historiques, à la nature des produits échangés et, plus récemment, aux efforts déployés par chacun des pays pour libéraliser ses échanges avec l’Europe.
L’orientation traditionnelle des échanges vers l’Europe, les efforts récents de diversification en direction de l’Afrique subsaharienne et, plus récemment, l’émergence de la Chine comme marché d’exportation ont, nous semble-t-il, détourné l’attention des pays du Maghreb de l’intégration intra-régionale. Des facteurs géopolitiques ont freiné l’intégration Maghrébine. Les causes profondes des tensions sont complexes et varient d’un pays à l’autre. L’uma est inopérante depuis des années du fait de désaccords entre ses pays membres, notamment entre l’Algérie et le Maroc. Les menaces terroristes ont aussi provoqué un durcissement des contrôles frontaliers. La frontière longue de quelque 1.600 kilomètres qui sépare l’Algérie du Maroc est fermée depuis 1994.
Face à cette situation, le Souverain Marocain, dans son discours Royal au 3ème Sommet Arabe de développement économique et social à Ryad, en Arabie Saoudite, n’a-t-il pas regretté le statu quo au Maghreb en soulignant que « nous ne pouvons que regretter à nouveau de voir que l’Union Maghrébine ne s’acquitte pas de son rôle naturel qui lui incombe de promouvoir un développement commun des Etats maghrébins, notamment en garantissant la libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services »
L’intégration de l’Union du Maghreb Arabe uma est devenue une nécessité économique incontournable, vu la concurrence et la rivalité féroce que se livrent les différents blocs régionaux (ALENA, MERCOSUR, ASEAN, AELE…..). En effet, compte tenu des défis occasionnés par les échéances charnières auxquelles les économies Maghrébines devraient faire face, le coût du non-Maghreb s’avère insoutenable pour les économies de la région. Ainsi, de par son rôle de moteur de croissance et d’intensification des échanges commerciaux entre pays de la région, l’intégration Maghrébine pourrait constituer un facteur d’appui pour une insertion plus efficiente des pays membres à l’économie mondiale.
La singularité de la région Maghrébine est qu’elle s’insère dans la continuité du courant libre échangiste qui devrait relier progressivement les deux rives de la Méditerranée, au même titre que celui impliquant les pays de la déclaration d’Agadir auquel l’Algérie ne fait pas partie. Ainsi, au-delà de la discontinuité géographique qui en découle, une relance du projet d’intégration Maghrébine serait propice pour redimensionner la libéralisation commerciale entre les pays de l’Accord d’Agadir.

L’intégration Maghrébine permettrait de créer des chaînes de valeurs régionales et de mieux les intégrer dans l’échiquier des chaînes de valeur mondiales. Pour le Maghreb, la mise en place d’un ensemble de règles communes en matière de commerce et d’investissement offrirait un meilleur environnement non seulement aux investisseurs intéressés par le marché intérieur de la région, mais aussi à ceux qui souhaitent exporter leur production vers les marchés voisins, tels que l’Union Européenne.
Par ailleurs, elle aiderait les entreprises locales à mieux s’intégrer dans les chaînes de production mondiales, en assurant la libre circulation des pièces et composants chez les partenaires régionaux et entre eux. Ce n’est que par une plus grande intégration que le Maghreb pourrait atteindre la taille nécessaire pour attirer des IDE à la recherche de marchés durables. En outre, les chaînes de valeur mondiales peuvent également servir de circuits de diffusion du savoir, tant à partir des pays avancés qu’entre ceux du Maghreb, de la même manière que les circuits traditionnels du commerce et de l’investissement. Le Maghreb pourrait devenir une plaque tournante du commerce et des investissements entre l’Afrique subsaharienne et l’UE.
Lors des travaux de la conférence sur l’intégration économique maghrébine à Nouakchott, Christine Lagarde, Ex-directrice générale du FMI, soulignait « qu’une meilleure intégration permettra de développer plus de croissance, d’avoir une capacité d’offre mieux coordonnée, en particulier pour les investissements directs étrangers et permettra de se concentrer de manière stratégique sur les secteurs créateurs d’emplois »
Face aux risques liés au retour au protectionnisme à l’échelle mondiale, à l’instabilité des marchés financiers et à la turbulence géopolitique que connaissent la donne mondiale, la Coopération Maghrébine s’avère incontournable. Et pour s’intégrer, les pays de l’uma devraient s’appuyer sur la dynamique impulsée par la crue actuelle de l’économie internationale, des échanges commerciaux et de l’investissement. Un renforcement de la demande provenant de leurs partenaires commerciaux générerait un surplus de recettes douanières. Une plus grande libéralisation des mouvements de capitaux entre les pays de l’uma permettrait de développer les investissements directs étrangers.
Aussi, pour cueillir les dividendes de la reprise mondiale et limiter les contrecoups négatifs des agitations commerciales internationales actuelles, les pays de l’UMA devraient collaborer sur le commerce dans la région et sur le système multilatéral plus vaste étayé sur des règles.
Dans cet environnement extérieur relativement favorable mais vulnérable et tendu, l’apostrophe importante qui interpelle les décideurs Maghrébins est de savoir comment faire de l’uma un moyen d’action supplémentaire pour sécréter une dynamique économique porteuse de croissance, de production, d’investissement et d’emploi.

Un Co-développement Maghrébin et un partenariat économique et financier ne sont-ils pas d’une nécessité impérieuse pour porter une réplique à une géopolitique mondiale fragmentée en ce en négociant l’accord régional Maghrébin, en coordonnant les mesures, en libéralisant les marchés et en améliorant le climat de l’investissement et des affaires économiques internationales, et en échafaudant des solutions efficaces adaptées à chaque pays de l’uma et pour créer des avantages comparatifs dans de nouveaux domaines.
Cette question est d’autant plus d’actualité que les nouveaux moteurs de la croissance à l’exemple de l’intelligence artificielle ou les énergies renouvelables seront d’une grande aubaine aux économies Maghrébins pour propulser une croissance économique, garantir le basculement vers des modèles économiques inclusifs et durables, se greffer sur les standards économiques internationaux et s’atteler sur la dynamique économique mondiale.
En 2020, la précarité du Covid-19 n’a-t-elle pas révélée que nous Marocains, Maghrébins, Européens et Sud-méditerranéens, nous sommes réunis par le même destin ? L’uma ne doit-elle pas tirer les leçons de la crise sanitaire, économique et sociale causée par la Covid-19, et ce à travers la réduction de sa dépendance au niveau des chaines de valeur mondiales avec le lointain (la chine, l’Inde……) et créer des interdépendances solides avec sa proximité Maghrébine ?
Aussi, la géopolitique mondiale actuelle fissurée et fragmentée, ne doit-elle pas nous amener et nous animer à prendre conscience de la valeur inestimable du voisinage Maghrébin comme un bien commun, à ouvrir nos frontières, créer les socles et les piédestaux de réconciliation et de rapprochement, pour boiser et blinder nos positions de négociation dans la gestion de la nouvelle géostratégie ?
L’Union Européenne ne doit-elle promouvoir la relocalisation des activités industrielles pour les incorporer dans un maillage régional Maghrébin permettant, de donner à l’uma une certaine centralité en tant qu’espace géopolitique Africain pour mieux négocier sa position dans les chaines de valeur mondiales et démontrer sa capacité à maîtriser ses rapports avec toutes les grandes puissances et à bâtir, dans la cadre de la multipolarité future et dans une approche de régionalisation avec l’Europe voisine, une zone de coproduction.
En guise de conclusion, le partenariat Maghrébin doit être considéré comme une responsabilité partagée entre toutes les parties prenantes et ce en aplanissant les divergences, en restant unis, pour façonner une région capable de tirer le meilleur parti de son énorme potentiel et qui contribue à la paix et à la sécurité mondiales.
Le Souverain, dans son discours Royale du 31 juillet 2021, ne s’attacha-t-il pas à poursuivre ses efforts sincères et louables pour cimenter la sécurité et la stabilité dans son environnement africain et euro-méditerranéen, et plus singulièrement dans son voisinage Maghrébin et où il déplore la nature prochronique et désuète des éréthismes actuels, en singulier l’enclos des frontières entre nos deux jumeaux pour reprendre l’expression du Souverain Marocain. Une muraille héritée du passé et qui n’a plus lieu d’être eu égard à l’interdépendance et la complémentarité irrécusable entre nos deux pays autant au niveau historique et civilisationnel qu’au niveau économique, stratégique et géopolitique pour toute la région que ce soit la coopération verticale Nord/Sud (la méditerrané et l’Europe) ou les échanges horizontaux Sud/Sud avec le reste de l’Afrique.
La seule alternative viable pour le pouvoir Algérien serait donc de serrer une fois pour toutes la main qui lui est tendue par le Maroc, et de contribuer activement à jeter les jalons d’un nouveau pacte de développement, de stabilité régionale fertile et propice à la géopolitique Maghrébine évoluant dans son environnement régional et international, qui en plus de profiter irrémédiablement à peuples Maghrébins, mettra fin à la déperdition des points de croissance, desserrera l’étau de la contrainte de la dépendance structurelle à l’égard de l’Europe et renforcera la stabilité dans la région au détriment des ingérences étrangères dont les agendas vont à l’encontre de nos intérêts les plus vitaux, malgré le caractère fallacieux et mielleux de leurs discours officiels.

Avec une telle nouvelle reconfiguration géopolitique Maghrébine et pour d’évidentes raisons géostratégiques, les puissances mondiales, l’ensemble des acteurs régionaux et extra-régionaux ne se trouveraient pas dans l’obligation de prendre en considération un rapport de force régional entièrement nouveau ?
