
Ce n’est un secret pour personne que non seulement le monde de l’art Marocain est en deuil, mais aussi tout le Maroc, la Grande émotion du décès du grand artiste Abdelhadi Belkhayat s’est éteint ce Vendredi 30 Janvier 2026 à l’hôpital militaire de Rabat, où il a été hospitalisé à l’hôpital militaire il y a quelques semaines suite à un léger malaise après un séjour en Mauritanie.
Sa voix a accompagné des générations entières, bercé les joies, et transmis une certaine idée de la beauté et de la sagesse.
La scène Marocaine a perdu une icône de la chanson Marocaine et l’une de ses voix éternelles qui a profondément jalonné la scène artistique Marocaine par des œuvres raffinées et des paroles sincères, porteuses des valeurs de beauté, de spiritualité et d’engagement.
Né en 1940 à Fès, Abdelhadi Belkhayat incarnait une école, un style et une exigence artistique rare. Chanteur à la voix chaude et puissante, il laisse derrière lui une œuvre qui a profondément marqué le patrimoine culturel national. Ses chansons comme Mounfarija, Ya Bent Nass, Ya Dak L’insane ou Ya Mahboubi font aujourd’hui partie du répertoire des classiques intemporels de la chanson Marocaine. Le belle strophe « YALBOUHALI BOUDREBALLA » que j’écoute en ce moment en rédigeant de cette missive ou Qitar Al-Hayat (قطار الحياة) – Le Train de la vie-. Cette chanson emblématique incarne la dimension méditative de son répertoire : une réflexion sur le temps qui passe, le destin humain et la fragilité de l’existence. Portée par une interprétation habitée, elle est devenue pour beaucoup une métaphore de son propre parcours : un voyage artistique intense, traversant générations et époques, sans jamais perdre de sa résonance émotionnelle.
Très jeune, Abdelhadi Belkhayat quitte sa ville natale pour Casablanca puis à Rabat, où il travaille comme chauffeur au ministère de la Jeunesse et des Sports tout en nourrissant une passion irrépressible pour la musique, où une audition à la Radio Marocaine le propulse rapidement sur le devant de la scène. À une époque dominée par de grands noms comme Mohamed Fouiteh ou Maâti Belkacem, il parvient à s’imposer grâce à sa voix singulière et des mélodies imprégnées d’influences orientales et arabo-andalouses. Aux côtés d’artistes de sa génération tels qu’Abdelwahab Doukkali, Latifa Amal ou Mohamed Hayani, il incarne le renouveau de la chanson Marocaine des années 1960.

Abdelhadi Belkhayat, que feu Hassan II avait empêché de quitter le Maroc pour l’Égypte à la demande du grand compositeur Mohammed Abdelwahab, aura marqué la mémoire collective par la profondeur de ses interprétations, la finesse de ses choix musicaux et une présence vocale immédiatement reconnaissable.
Sa formation au Conservatoire supérieur de musique arabe du Caire, entre 1965 et 1967, contribua à affiner son art et lui ouvre les portes du public Arabe. Son concert à l’Olympia de Paris connaît un succès retentissant, attirant une foule bien plus nombreuse que la capacité de la salle. La même décennie, il tente une incursion au cinéma sous la direction du réalisateur Abdellah Mesbahi, notamment dans Silence, sens interdit (1973) et Où cachez-vous le soleil? (1979), films tournés au Caire mais restés inédits au Maroc.
En 2012, il choisit de se retirer pour se consacrer à une vie spirituelle. D’ailleurs, sa dernière apparition publique remonte à 2015, lors du Festival Mawazine, où Abdelhadi Belkhayat avait retrouvé son public à travers des chansons cette fois-ci spirituelles et religieuses.
Ses passages lors de plusieurs éditions du Festival de Fès des musiques sacrées du monde où il a interprété entre autres Al-Munfarija d’une manière sublime, marqueront la mémoire des Marocains et de tous ses fans dans le monde arabo-musulman à jamais. Une prestation empreinte de contemplation et de ménagement, qui traduisait la profonde évolution intérieure de l’artiste et venait emblématiquement achever et clore un cheminement marqué par la quête de sens, la foi et la fidélité à une certaine idée de l’art.
Son engagement au sein de la Jamaa ad-Daawa wa-t-Tabligh dans la dernière partie de sa vie témoigne d’une quête spirituelle assumée. L’artiste devenu cheïkh aura incarné une double figure rare : monument culturel et homme à la quête intérieure.

Dans un message de condoléances et de compassion aux membres de la famille de feu Abdelhadi Belkhayat, le Souverain Marocain affirme « avoir appris avec grande affliction la disparition du défunt grand artiste, dont le décès constitue une grande perte non seulement pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de sa famille artistique nationale et arabe et pour toutes les générations, qui ont apprécié et continuent d’apprécier ses chefs-d’œuvre musicaux, gravés dans le cœur et la mémoire de ses admirateurs et des amateurs de la musique Marocaine authentique. »
Ce n’est pas seulement sa famille qui a perdu Abdelhadi Belkhayat, c’est tout le Maroc , sa famille artistique et à l’ensemble des fans qui ont perdu Abdelhadi Belkhayat, un artiste d’une grande exception, d’un grand talent qui a jalonné la scène artistique par sa créativité, son style, qui resteront gravés à jamais dans le répertoire artistique Marocain.
S’il y a un cercle des poètes disparus, tout aussi, il ya un cercle des artistes disparus, lui, Abdelhadi Belkhayat en fait partie. Certes, il nous a quittés, mais ses rimes charismatiques et sa voix resteront immortelles et indélébiles. A DIEU Ya Dak L’insane.
