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Détroit d’Ormuz : le détroit des tensions géopolitiques et économiques mondiales

by Mustapha Maghriti

Depuis le Samedi 28 Février 2026, date du commencement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, la situation au Moyen-Orient est devenue lamentable avec des frappes menées par Israël et les États-Unis contre des cibles en Iran, suivies des ripostes Iraniennes visant les bases Américaines des pays côtiers de l’autre côté du Golfe persique, mais aussi française aux Emirats ou Britannique à Chypre, sur le territoire même de l’Union Européenne.

Au-delà de la turbulence militaire, c’est surtout la dimension géopolitique, logistique, maritime et énergétique qui retient l’attention des marchés. L’inertie de ce point névralgique fait chanceler les économies du monde alors que l’on vit selon l’Agence Internationale de l’Energie AIE le plus important ébranlement de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire.

Le détroit d’Ormuz, à peine visible sur une carte, large d’une quarantaine de kilomètres, il ne comporte que deux voies navigables et pourtant, près d’un 1/5 du pétrole mondial y transite, en provenance des monarchies du Golfe et de l’Iran. La situation s’est subitement tendue lorsque l’Iran a partiellement fermé ce passage stratégique, en réplique à l’attaque israélo-américaine. Conséquence immédiate : des pétroliers immobilisés. Et avec eux, une économie mondiale sous tension.

Historiquement, la menace de fermeture d’Ormuz prend racine dans les chocs pétroliers des années 1970, lorsque l’embargo de 1973 révèle avec brutalité que le contrôle des routes énergétiques confère un pouvoir considérable, à un moment où la dépendance extérieure pétrolière des Européens atteignait 97%. Le second choc pétrolier de 1979 renforça cette prise de conscience où l’Iran, devenant République islamique, disposant d’un levier exceptionnel, avec la rive nord du détroit d’Ormuz.

Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz est au cœur des tensions géopolitiques et économiques mondiales. Environ 20 % du pétrole mondial y transite chaque jour, soit près de 20 Millions de barils, (l’équivalent de 1.3 Milliards de dollars), 20 % en gaz naturel liquéfié (GNL), 30 % en gaz de pétrole liquéfié, 15 % en produits pétroliers raffinés ou encore 30 % en engrais azotés. La Chine capte près de 40 % du pétrole qui sort du Golfe persique, en Inde (15 %), en Corée du Sud et au Japon (10 % chacun).

Les exportations d’hydrocarbures du Koweït et du Qatar dépendent entièrement du détroit d’Ormuz, tandis que celles de l’Irak et de l’Iran y transitent à près de 95 %. L’Arabie Saoudite, dont l’essentiel des champs pétroliers est situé sur sa façade orientale, est également tributaire de cette voie maritime pour environ 90 % de ses exportations. Les Émirats Arabes Unis sont légèrement moins exposés grâce à leur accès direct à l’océan Indien et leur port commercial de Khor Fakkan, d’où partent 25 % environ des flux Emiratis.

Ormuz est aussi ce détroit vital pour nourrir les populations du golfe Persique, hyper-dépendantes d’approvisionnements extérieurs, venant de loin, pour répondre aux besoins alimentaires d’une zone dépourvue d’agricultures consistantes. Ce sont 15 à 20 Millions de tonnes de grains (céréales, soja) qui entrent dans le Golfe persique chaque année, avec des fournisseurs principaux nommés le Brésil, la Russie, l’Australie, la Turquie ou encore l’Ukraine.

Ces illustrations montrent combien ce corridor maritime stratégique constitue l’un des principaux choke-points énergétiques de la planète. Même sans fermeture officiellement déclarée à ce stade, les perturbations sont bien réelles où déjà on observe une concentration inhabituelle de navires aux abords du détroit et une baisse des transits fluides dans les deux sens.

Aves les frappes militaires et les ripostes Iraniennes, l’hypothèse de fermeture totale du détroit d’Ormuz est présente. Si c’est le cas, la fermeture serait l’un des plus grands chocs économiques mondiaux depuis la grande crise pétrolière de 1973. Le baril de pétrole pourrait dépasser les 120$, et même atteindre 150$ voir 200$ si la fermeture dure plusieurs mois.

Influençant toute l’économie, transport aérien et maritime, production industrielle, agriculture, prix des biens alimentaires, cela se traduit par une inflation mondiale forte et par un ralentissement de la croissance mondiale. Une fermeture durable pourrait également provoquer la chute des marchés financiers, et la perturbation des chaines d’approvisionnement.  Les régions les plus affectées seraient l’Asie, l’Europe et les pays importateurs d’énergie.

Pour notre pays le Maroc qui importe 90% de ses besoins énergétiques, la fermeture du détroit d’Ormuz aura pour répercussion le renchérissement du prix du carburant, l’augmentation des coûts de transport, et l’inflation qui toucherait plus particulièrement les produits alimentaires et industriels.

D’ailleurs, au regard de la flambée du cours du pétrole sur les marchés internationaux et leur impact sur les prix des hydrocarbures au niveau national, le Gouvernement Akhnouch a mis en place une nouvelle opération d’aide exceptionnelle comprennent notamment le transport des marchandises, le transport public privé des voyageurs, les petits taxis, les grands taxis, le transport mixte, les autocars de transport des voyageurs, le transport touristique, à l’instar de l’opération qui avait été mise en place en mars 2022 lors du déclenchement de la guerre en Ukraine. Le Gouvernement vise, à travers cette aide directe et exceptionnelle, dédiée aux professionnels concernés, à contenir l’effet de la hausse des prix des hydrocarbures sur le marché intérieur, afin de préserver le pouvoir d’achat des citoyens, de garantir l’approvisionnement normal et régulier des marchés et la continuité des chaînes logistiques, en plus du maintien de la mobilité des citoyens et des services de transport.

En somme, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le blocage du détroit d’Ormuz crée des tensions mondiales sur le secteur de l’énergie. Il a mis à nu la robustesse et la résilience des chaînes logistiques (Supply Chains). Mais au-delà du pétrole et du gaz, d’autres matières premières stratégiques transitent aussi par ce goulot d’étranglement : engrais, aluminium, hélium… De quoi déstabiliser l’économie à l’échelle de la planète.

Pire encore, l’Iran laisse planer une menace plus large : celle d’un blocage d’un autre passage stratégique : Bab el-Mandeb, l’autre verrou maritime. De l’autre côté de la péninsule arabique, entre le Yémen et la Corne de l’Afrique, se trouve le détroit de Bab el-Mandeb. Ce corridor est essentiel pour le commerce entre l’Asie et l’Europe. Or, le littoral yéménite est en grande partie contrôlé par les rebelles houthis, soutenus par l’Iran. Ces derniers, les Houthis, ont déjà démontré leur capacité à perturber la navigation dans la zone. Un blocage simultané d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, passage mène directement à un autre point névralgique : le canal de Suez., ferait vaciller l’ensemble de l’économie mondiale.

La dépendance aux  » choke points  » apparaît comme structurelle. Ormuz, Bab el-Mandeb, Suez, mais aussi le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l’Indonésie, emprunté chaque année par près de 80 000 navires. Tous illustrent une même réalité : la géopolitique mondiale est largement tributaire d’une poignée de passages étroits, difficiles à sécuriser et extrêmement exposés aux crises.

Toutefois, une telle situation pourrait être évitée si un accord diplomatique pouvait être trouvé entre les États-Unis, l’Iran et les autres acteurs internationaux. Les mois à venir seront décisifs pour déterminer si une solution pacifique pourra émerger ou si, au contraire, la situation se dégradera vers un conflit à grande échelle. Les gouvernements et les marchés du monde entier doivent se préparer à une période d’incertitude accrue et à une possible escalade du conflit.

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