Home Non classé Une nouvelle posture géopolitique Maghrébine : L’autre dimension du Discours du trône du 31 Juillet 2021

Une nouvelle posture géopolitique Maghrébine : L’autre dimension du Discours du trône du 31 Juillet 2021

by Mustapha Maghriti

Si les modulations géopolitiques et géo-économiques internationales rendent plus qu’immanquable et manifeste une refonte de la coopération en Méditerranée, il n’en demeure pas moins que l’édification d’une Union Maghrébine (UMA) reste toujours un projet historique porteur d’espoir pour les 5 pays du Maghreb. Ainsi, à la lumière de l’éloge Royal dans lequel le Souverain Marocain tend la main à l’Algérie, nous chronique a pour ambition de réfléchir sur l’importance et la pertinence d’une Union maghrébine qui reste un impératif de stabilité régionale, pouvant assurer non seulement la prospérité économique et l’arrimage à la rive Nord de la Méditerranée mais représenter aussi un pôle géopolitique contribuant à la préservation des équilibres mondiaux.

Cette serrure, depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, ne bute-t-il pas sur un droit naturel et un principe juridique authentique, consacré par les instruments internationaux, notamment le Traité de Marrakech scellé le 17 Février 1989 à Marrakech , texte fondateur de l’Union du Maghreb Arabe qui prévoit la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux entre les pays constitutifs de l’espace maghrébin : Maroc, Tunisie, Algérie, Libye et la Mauritanie ?

A travers le panégyrique Royal, le Souverain s’attache à poursuivre ses efforts sincères et louables pour cimenter la sécurité et la stabilité dans son environnement africain et euro-méditerranéen, et plus singulièrement dans son voisinage maghrébin, en particulier avec l’Algérie à travers l’établissement de relations bilatérales fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage.

C’est la partie la plus large du discours vu le contexte géopolitique très particulier dans lequel le Maroc a évolué dernièrement. Tandis que certains y voient un desiderata édifiant, d’autres une approche créative, une troisième grille de lecture, celle de la rigueur, semble avoir été totalement omise par les analystes. Deux niveaux d’analyse nous semblent importants.

– Le premier niveau d’analyse est la nature prochronique et désuète des éréthismes actuels, en singulier l’enclos des frontières entre nos deux jumeaux pour reprendre l’expression du Souverain Marocain. Une muraille héritée du passé et qui n’a plus lieu d’être eu égard à l’interdépendance et la complémentarité irrécusable entre nos deux pays autant au niveau historique et civilisationnel qu’au niveau économique, stratégique et géopolitique pour toute la région que ce soit la coopération verticale Nord/Sud (la méditerrané et l’Europe) ou les échanges horizontaux Sud/Sud avec le reste de l’Afrique. 

Au regard des blocs commerciaux régionaux, le Maghreb demeure l’une des régions les moins intégrées du monde. Le  » non-Maghreb » bloquerait le potentiel de développement de la région où diverses sources estimeraient le coût du « non Maghreb » entre 1 et 2 % du PIB. Quant à l’intrus à l’origine de la division actuelle dont il est question dans le discours Royal, cela renvoie, à certaines puissances et forces occidentales du point de vue contemporain :

Ces mainmises œuvrent inépuisablement en vue de pérenniser le Maghreb dans un morphogramme de division permanente, quitte à entreprendre des « Openfields » pléonastiques de désinformation (affaire Pegasus), de déstabilisation (printemps arabes) et d’isolement du Maroc sur la scène internationale (provocations de l’Espagne, activisme diplomatique anti-marocain mené par l’Allemagne, rôle de l’Open Society dans l’affaire Pegasus.)

Dans une région qui concentre des intérêts stratégiques de première importance, les grandes puissances n’épient-elles et ne suivent-elles pas de près les mutations qui s’accélèrent ?

Le projet d’intégration maghrébine n’a-t-il pas pâti de facteurs exogènes tel le développement du Partenariat euro-méditerranéen ? Au moment où l’UMA entrait en sommeil, l’UE perfectionnait son projet de partenariat avec la rive sud de la Méditerranée avec l’objectif d’établir une « zone euro-méditerranéenne de libre échange » dont l’architecture est constituée par les accords d’association de l’UE avec les États de la rive sud de la Méditerranée dont l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Concernant le cœur sur la main du Souverain et la main tendue par le Maroc à l’Algérie, le premier niveau de lecture est substantiel et pragmatiste. Les « Jumeaux » sont confrontés à des menaces géostratégiques et géopolitiques homologues.

Pour preuve, le Souverain Marocain, dans sa rhétorique, a bien souligné que  » La vérité est que le Maroc et l’Algérie sont tous deux confrontés aux problèmes de l’immigration, de la contrebande, du narcotrafic et de la traite des êtres humains. Les bandes qui s’adonnent à ces activités criminelles sont notre véritable ennemi commun. Si, ensemble, nous nous attelons à les combattre, nous parviendrons à mettre fin à leurs agissements en extirpant leur mal à la racine. »

Les intérêts du Maroc et l’Algérie étant convergents et leurs destinées attelées et cadenassées par l’histoire et la géographie, le Maroc et l’Algérie ont tout intérêt à outrepasser les faux clivages qui les départagent et à agir de concert et de front pour rasséréner la région et enchaîner une nouvelle géopolitique étayée sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage, car tandis que la stabilité et la sécurité régionale se « co-construisent », l’instabilité de l’un agit de facto sur l’autre.

– Le deuxième niveau de lecture où résiderait la rigueur du discours Royal, concerne le principe de réciprocité évoqué par le Souverain  » Ce qui vous affecte nous touche et ce qui vous atteint nous accable. Aussi, Nous considérons que la sécurité et la stabilité de l’Algérie, et la quiétude de son peuple sont organiquement liées à la sécurité et à la stabilité du Maroc. Corollairement, ce qui touche le Maroc affecte tout autant l’Algérie; car les deux pays font indissolublement corps. »

Aussi, pour contextualiser le discours du Souverain, nous préférons faire référence aux évènements diplomatiques à travers la note adressée par l’Ambassadeur du Maroc à l’ONU, à la présidence du Mouvement des non-alignés, où il rappelle que « le principe d’autodétermination n’est pas un principe à la carte », et « le peuple Kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination. »

Il en résulte que situé dans son contexte, ce que ce qui touche le Maroc dans son Sahara, affectera tout autant l’Algérie dans sa Kabylie.

La seule alternative viable pour le pouvoir algérien serait donc de serrer une fois pour toutes la main qui lui est tendue par le Maroc, et de contribuer activement à jeter les bases d’un nouveau pacte de développement, de stabilité régionale fertile et propice à la géopolitique maghrébine évoluant dans son environnement régional et international, qui en plus de profiter irrémédiablement à peuples Maghrébins, mettra fin à la déperdition des points de croissance, desserrera l’étau de la contrainte de la dépendance structurelle à l’égard de l’Europe et renforcera la stabilité dans la région au détriment des ingérences étrangères dont les agendas vont à l’encontre de nos intérêts les plus vitaux, malgré le caractère fallacieux et mielleux de leurs discours officiels.

Avec une telle nouvelle reconfiguration géopolitique Maghrébine et pour d’évidentes raisons géostratégiques, les puissances mondiales, l’ensemble des acteurs régionaux et extra-régionaux ne se trouveraient pas dans l’obligation de prendre en considération un rapport de force régional entièrement nouveau ?

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