
En pleine pandémie du Covid-19, de grands mastodontes pharmaceutiques se sont épanchés à un sprint récalcitrant pour concevoir l’équation miracle de l’immunité contre la Covid-19: Sinopharm, AstraZeneca, Moderna, Pfizer, Johnson&Johnson et Sputnik se sont attelés à une course effrénée à la microscopie biochimique de dernière génération pour aboutir à la combinaison chimique du vaccin anti-covid-19.
En se livrant à un embrasement échevelé pour arriver à la formule chimique du sérum anti-covid-19 , de nouvelles fissures et fêlures sont manifestées à travers une bataille sans merci pour la production, l’acheminement, l’injection et l’immunisation du vaccin, un combat faisant l’éclosion d’une nouvelle géopolitique mondiale sans boussole du vaccin remettant en cause les équilibres internationaux et les rapports de forces mondiaux.
Avec le selfish des pays développés au temps du Coronavirus envers les pays du Sud et parfois entre des pays qui prétendaient être intégrés commercialement dans des espaces économiques similaires en termes de développement, à l’instar de l’Europe qui a négocié le début du Covid-19 sans solidarité entre des pays de l’Union Européenne, notamment l’Espagne et l’Italie qui ont le plus pâti de la pandémie ; cet effritement de la solidarité Européenne était tangible lors des SOS à l’aide lancés par les deux pays les plus durement touchés (Italie, Espagne), qui ont dû accepter l’appui inattendu émanant de pays comme la Russie et la Chine ou de l’ère de la temple de D.Trump, qui consacra le repli et le renoncement des USA au rôle de protagoniste global, résultat de l’unilatéralisme prôné par son administration et son retrait progressif de la scène internationale en écho à l’oukase tapageur « America First ».

Aussi, cette désolidarisation se matérialisa par par l’absence d’engagements concrets et chiffrables en faveur des pays vulnérables du Sud. ; Elle se mesura à travers le refus des dirigeants du G20 de permettre aux pays démunis sapés par la pandémie de suspendre le remboursement de leurs dettes.
La guerre du plasma ne signifie-t-elle pas le crépuscule de nos illusions pour l’émergence d’un monde économique multilatéral ? Pour preuve, la pandémie du Coronavirus n’a-t-elle pas dénudé la caducité des instruments de concertation multilatérale matérialisés par une gouvernance financière, économique et sociale mondiale mise à genoux par la rapidité de la propagation de la bactérie du Covid-19 ?
Alors que cette crise est par nature globale et requiert par conséquent une approche multilatérale coordonnée et coopérative, la prédominance des actions ponctuelles et unilatérales a été manifeste. La Covid-19 n’a-t-elle pas dévêtue la vétusté des mécaniques de coordination concrétisés par « l’égocentrisme ” des Etats où le “chacun pour soi” est devenu le Maître-mot en matière de gouvernance du Covid-19 et le retour des postures du self-help prônées par les théoriciens du néoréalisme, à l’instar de l’Américain Kenneth Waltz ?

Que ce soit l’Organisation des Nations Unies (ONU) et ses multiples girandoles dont l’Organisation Mondiale de Santé (OMS), la parole des panthéons multilatéraux n’a-t-elle pas été décrédibilisée lors de l’anathème sanitaire du Covid-19 ?
Censés recomposer les rapports entre les Etats sur des thématiques cardinaux, ces entités multilatérales ont été reléguées au second statut d’organes confusément et obscurément consultatifs, dont la sentence consensuelle s’est liquéfiée dans le récital des convictions unilatérales.
Ces idées reçues, parfois dogmatiques, agnostique, souvent antinomiques, ont été bassinées par des institutions et des pseudo-experts aux prises avec une situation sanitaire, économique et sociale chaotique, et qui n’ont pas eu d’autres options que de tâtonner des résolutions faute d’avoir une politique aiguillée par un savoir commun fortifié et consolidé à un palier transnational.
Pour preuve, au cours de l’épreuve tragique du Covid-19, pas une seule initiative multilatérale n’a permis d’endiguer et de refréner efficacement la pandémie du Covid-19 hormis la tentative philanthrope de la Commission Européenne de canaliser et de centraliser les commandes de vaccins.

Cette action, comme l’a élucidé récemment l’épreuve de force avec AstraZeneca, a également montré ses limites tant juridiques qu’organisationnelles, douchant tous les zèles et les ferveurs de ceux qui ambitionnent une coopération multilatérale sur le revers de la pandémie du Coronavirus.
Pire encore, même au niveau économique, des instances à la composition plus amenuisée, rituellement plus efficaces dans la prise de décision tel que le G7, tergiverse et tatillonne sur l’itinéraire à suivre, bien que l’arrivée au bureau ovale de J.Biden semble avoir étanché les agitations.
Ainsi, insuffler une nouvelle dynamique à une coopération multilatérale ne semble pas être plausible rapido-presto, d’autant plus que dans cette reconfiguration géopolitique, les Gouvernements sont sous l’étau rocambolesque pour catapulter à très brève échéance leurs campagnes de vaccination avec des obstacles aussi nombreux que complexes :
-D’un côté, les fournisseurs de sérum sont assujettis à la contrainte temporelle pour devoir organiser leurs chaînes de production dans les meilleurs délais et solutionner en quelques jours des difficultés qu’ils surplombent coutumièrement en plusieurs mois.
-De l’autre côté, les Etats doivent édifier une chaîne de valeurs logistique inouïe en temps record à même à organiser le convoyage aux habitants. Dans les deux cas de figure, les challenges sont cyclopéens et tout un éventail d’options cornéliennes pavoise le sentier du sérum sans occulter les batailles commerciales, juridiques et diplomatiques pour l’arrivage du vaccin.
En somme, l’approche avaricieuse et bridée des Organisations internationales face à la pandémie du Covid-19 ne consacre-t-elle l’imbroglio du multilatéralisme, qui continue de subir des coups de boutoir, au moment où l’humanité en a le plus besoin.
L’épidémie du Coronavirus n’a-t-elle pas dévoilé un monde désuni sous le prisme d’une unilatéralité enflammée travers des stratégies ponctuelles et nationales ? Cette « belligérance » des vaccins, ne réverbère-t-elle pas les fractures économiques natives de la globalisation, ainsi que les close-combats des empires transnationaux, cantonnant les autres au rang de simples voyeuristes ?
Au regard d’un monstre qui ne connait pas de frontières, une réponse multilatérale et solidaire demeure dans l’intérêt de tous pour faire face aux enjeux sanitaires, économiques et sociétaux d’aujourd’hui, mais aussi ceux de demain. Le multilatéralisme et la diplomatie sont essentiels pour accomplir des progrès en matière de paix et de sécurité, de développement durable et de droits de l’homme.

La crise actuelle du COVID-19 et ses lendemains incertains exigent des répliques multilatérales plus réactives apportée par les différents partenaires du développement, notamment les agences des Nations Unies, ainsi que les institutions financières internationales et les banques multilatérales de développement à travers une gouvernance mondiale plus inclusive, une meilleure cohérence des politiques, une coordination institutionnelle multilatérale et sectorielle et un alignement des priorités Comme l’a souligné le président de l’Assemblée générale des Nations Unies Volkan Bozkır que « le régime multilatéral est l’unique voie crédible pour sortir de la crise de la Covid-19, réduire les inégalités et renforcer, ainsi, les développements socioéconomiques, partout dans le monde ».
