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Compétitivité et le pari aléatoire sur la baisse des Coûts salariaux au Maroc

by Mustapha Maghriti

Je me rappelle lors d’un colloque international, à l’occasion des 56 ans de l’Association des membres de l’Inspection Générale des Finances IGF, sous le thème  » Quel modèle de développement pour l’entrée du Maroc dans le concert des pays émergents? « , la patronne de la Confédération Générale des Entreprises Marocaines CGEM a déclaré par sa propre lexie « qu’aucun pays à travers l’histoire de l’industrie n’a bâti une économie pérenne sur des bas salaires ». Je réplique : Que diriez-vous des zones d’obédience confucianiste à savoir la Chine, la Corée du Sud et de toutes les tarasques asiatiques, qui ont profité de leur main d’œuvre qualifiée et bon marché pour en faire un avantage compétitif et concurrentiel dans la riflette à la compétitivité industrielle et commerciale ? Celle-ci ne porte-elle pas sur le prix de vente (compétitivité-prix) ? 
Certes, les pays du Sud-est asiatique se sont appuyés, sur la baisse des coûts salariaux dans leur stratégie d’exportation et d’attractivité des investisseurs étrangers. Néanmoins, une telle stratégie n’est ni viable ni soutenable sur le long terme, en l’occurrence pour le Maroc et ce pour les raisons suivantes : 
D’abord, parce que la compétitivité ne peut se calfeutrer au coût du travail. Celle basée sur le prix est aussi tributaire du coût du capital et des coûts de transactions liés aux intrications des cadres juridique et réglementaire. En sus, eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s’effruiter au point que le travailleur Marocain est devenu plus onéreux en comparaison à d’autres pays tels que la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie.

Aussi, même en l’absence de salaire minimum et en vertu de la loi de l’offre et la demande, le salaire horaire a tendance à augmenter. En effet, plus une économie se base sur la baisse du coût salarial, plus elle attire des investisseurs étrangers. Dans le même temps, la demande sur le marché du travail augmente et les salariés revendiquent une revalorisation du salaire. L’exemple de la Chine est éloquent à cet égard, puisqu’en moins de 10 ans (entre 2000 et 2009), le salaire horaire dans l’industrie chinoise a triplé ce qui explique pourquoi la Chine commença à délocaliser ses unités productives vers des pays où la main d’œuvre est moins chère, notamment au Vietnam, au Bangladesh, en Éthiopie ou encore en Égypte et actuellement vers le Maroc et l’Algérie pour en faire une porte d’entrée vers les marchés Africains.
De surcroît, compter pour l’essentiel sur les bas salaires pour percer les marchés étrangers dans le dessein de relancer la croissance économique, revient à croire qu’il existe une bataille industrielle et commerciale greffée sur le seul critère du bas salaire. Dans un tel cas, comment expliquer alors que les pays développés, où le coût du travail est plus élevé sont compétitifs sur les marchés internationaux et attirent plus d’IDE que les pays moins développés à l’instar de l’économie Allemande, Irlandaise ou Suisse? Si cette course existe revient à nous interpeller qu’elle est viable uniquement pour des biens bas de gamme et confiner sa compétitivité à celle des bas salaires revient à se scléroser et se cantonner dans des activités à faible valeur ajoutée et à faible contenu technologique. 
En d’autres termes, avec l’ère de la globalisation marquée par l’économie du savoir, le bas salaire n’est plus un déterminant dans l’offensive de la compétitivité industrielle, étant donné que le coût du travail n’intervient pas dans des activités intensives en savoir et connaissances qui sont aujourd’hui déterminantes ; les firmes qui poursuivent des stratégies verticales de minimisation et pour lesquelles l’aplatissage des coûts est prioritaire sont de plus en plus rares et sont essentiellement dans les secteurs textile-confection, de la chaussure et des jouets. 

Par ailleurs, avec le progrès scientifique et technologique, les bas salaires ne peuvent plus s’imposer comme des déterminants pour la bataille de la conquête des marchés extérieurs : La fin des années quatre vingt a été caractérisée par une large diffusion des technologies et par une versatilité de la demande, les pays les plus avancés technologiquement sont tentés de relocaliser certaines activités, sinon d’arrêter les opérations de délocalisation vers les pays à faibles coûts salariaux. Le but est de faire revenir l’avantage comparatif dans les pays développés même dans les industries utilisant beaucoup de main d’œuvre. 
Faire valoir uniquement le bas salaire, ne peut que condamner l’économie Marocaine à se figer dans un stade précaire de développement industriel et technologique, ce qui ne favorise pas sa dynamique économique, ainsi que sa croissance à long terme. À cet égard, la Chine, citée en modèle, et au regard à l’anhélation de sa croissance, tente de changer de modèle pour se diriger d’une économie bas de gamme étayée sur le bas salaire vers une économie de gamme moyenne tirée non seulement par les exportations ( Export Led Growth) mais aussi tirée par la demande intérieure et le jaillissement d’une classe moyenne. Dès lors, quand on s’inscrit dans une perspective de long terme, et quand on tient compte des différents aspects de la compétitivité (prix et qualité), les propos de la patronne des patrons de la CGEM sonnent fort juste. 

En plus, s’il est vrai que l’on peut obtenir des produits compétitifs grâce à des salaires bas, il est tout à fait possible de réduire le coût total sur un critérium essentiel qui est souvent passé sous silence, alors qu’il est déterminant, à savoir la productivité du travail , avec des travailleurs plus productifs, qui permettront non seulement d’avoir une production plus élevée, mais aussi de faire des économies dans l’utilisation des autres facteurs de production, grâce à leur efficacité et leur efficience économique. Ainsi, à terme, dans l’hypothèse d’une convergence économique (rapprochement des salaires dans tous les pays), ce qui fera le distinguo n’est plus le coût de travail mais bel et bien la productivité de travail. 
Or, si l’on observe la productivité du travail au Maroc, elle traîne loin derrière celle de ses principaux concurrents sur les marchés européens, tels que la Roumanie, la Turquie ou la Pologne, mais aussi très loin derrière les grands pays émergents Asiatiques, à savoir l’Inde et l’Indonésie. A l’appui de notre assertion, les estimations de la Banque Mondiale montrent que le rythme de progression de la productivité du travail dans les économies émergentes dépasse 4% alors qu’il ne se situe, dans le cas de l’économie Marocaine, qu’autour de 2,5% par an.

Somme toute, la productivité du travail ne dépend-telle pas de la qualité du capital humain et de la technologie et du management utilisé ? L’amélioration de la qualité du capital humain ne passe-t-elle pas par la refonte du système d’éducation et de la formation professionnelle. Sans une main d’œuvre qualifiée et efficace, le Maroc ne peut converger vers une économie productive à haute valeur ajoutée à l’instar de la Corée du sud ou le Taiwan.
Sans affermissement des procédés technologiques et de management utilisés, il est invraisemblable d’espérer un perfectionnement de la productivité au sein du tissu industriel Marocain. Celle-ci passe, par-dessus le marché, par la consolidation de l’ouverture de notre économie pour profiter des vertus de la concurrence et de transfert technologique. Faut-il rappeler, en guise de conclusion, que si les gains de productivité ont principalement bénéficié à un nombre de secteurs au Maroc tels que les télécommunications, les transports, les services financiers, c’est parce que des réformes considérables ont été introduites dans ces secteurs en les ouvrant à la privatisation et à la concurrence ce qui n’est pas le cas des secteurs comme l’agriculture, les BTP et l’industrie où les gains de productivité sont restés plus timides.

Somme toute, la compétitivité n’est pas un long fleuve tranquille, le chemin reste long pour aller vers une meilleure compétitivité industrielle et commerciale, gage d’une croissance pérenne et inclusive. L’affûtage de la productivité du travail, permettra non seulement de raffermir notre compétitivité-prix, mais aussi et surtout de converger vers une compétitivité basée sur la qualité et l’innovation. Pour y arriver, la qualité du capital humain est incontournable. Il n’y a de richesses que d’hommes disait Jean Bodin in fine !

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