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Après le retrait en cascade des USA de plusieurs accords, tel l’Accord de Paris sur le réchauffement climatique, l’ALENA, l’Accord de Vienne sur le nucléaire Iranien, le TPP (Partenariat transpacifique), de quelques Organisations internationales comme l’UNESCO et du Conseil des Droits de l’Homme, il y a 5 jours, Mardi 14 avril 2020, le pays d’oncle Sam a tiré sa révérence et de façon officielle de l’Organisation Mondiale de la Santé OMS, et ce en pleine crise sanitaire du Covid-19.
Faut-il rappeler que l’OMS, créée en 1948, après la Seconde guerre mondiale, s’est fixée pour mission de diriger et coordonner la santé mondiale au sein du système des Nations Unis. Avec 192 Etats membres, l’OMS travaille sur un large panorama d’objectifs, allant de la lutte contre les épidémies, les maladies infectieuses, à l’incitation à la recherche médicale, la mise en place de normes et de conventions en matière de santé ou encore l’apport d’un soutien opérationnel aux Etats en difficulté sur le plan sanitaire.
Ce retrait des USA de l’agence Onusienne peut être expliqué par plusieurs raisons :
– Primo, Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche mène une politique guidée par la fameuse devise « America First ». Cet abandon de la Santé Mondiale est clairement une missive adressée à la population Américaine et notamment aux électeurs qui se rendront aux urnes en novembre prochain. D’autre part, D.Trump, si prétentieux, divorce d’un organisme qu’il ne juge pas utile, car il dispose de son propre centre de contrôle des maladies et prévention, le CDC d’Atlanta (Centers for disease control and prévention) en l’occurrence,
– Secundo, le président Américain taxe la Chine et l’OMS pour bouc émissaire et prend la tangente en minimisant sa responsabilité dans la gestion de la crise du Covid-19,
– Tertio, lors de la 73ème Assemblée mondiale de la Santé qui s’est tenue virtuellement à Genève les 18 et 19 Mai 2020, la Maison Blanche n’a pas apprécié que Taïwan ne puisse pas participer au congrès de la santé, car ce petit État insulaire qui dépend officiellement de la Chine a en effet su juguler l’épidémie sur son territoire. Mais la Chine n’a pas autorisé sa présence à travers la répulsion et le rejet ferme de Pékin qui considère que Taiwan fait partie intégrante de la territorialité chinoise,
– Quarto, à ces désaccords, les USA taxent l’OMS d’une communication lente et opaque, son rôle dans la mauvaise gestion et la dissimulation de la propagation du coronavirus durant la crise du Covid-19,
– Quinto, la démission Américaine montre à quel point le jeu politique a aujourd’hui pris le dessus. D’ailleurs avec ce repli, Donald Trump envoie à la communauté internationale la dépêche que les États-Unis ne coopèrent plus sur la gestion de la pandémie du Covid-19.
Avec 893 Millions de Dollars apportés sur la période 2018/2019, soit environ 15% du budget de l’OMS, les Etats-Unis, membre fondateur de l’OMS en 1948, en sont le premier bailleur de fonds, devant la fondation Bill et Melinda Gates, premier contributeur privé, l’Alliance du vaccin Gavi, le Royaume-Uni et l’Allemagne, l’arrêt des versements de la part des USA va peser d’un poids lourd sur les missions que l’OMS. Ce repli et, cette perte financière va certainement amener ses membres à revoir le modèle de financement de l’entité Onusienne. D’ailleurs, au regard de cette rétrogression des USA, déjà l’OMS a appelé les pays qui n’avaient pas encore réglé leur participation à avancer leur financement. D’autres, comme la Chine, ont augmenté leur contribution volontaire. Aussi avec ce retrait des USA, l’OMS devra diversifier ses contributions en démarchant des investisseurs privés.
Sur un autre volet, l’amputation de ce budget portera un coup dur au programme de vaccination de la poliomyélite. Rétrospectivement, depuis 1988, les fonds Américains financent en grande partie la campagne vaccinale d’éradication de la poliomyélite. L’OMS était en passe d’en finir avec cette maladie contagieuse qui ne dispose pas de traitement (En 2019, Il ne restait en effet que 33 cas déclarés dans le monde). Avec la suppression de la contribution financière des USA, il y a un fort risque de la réapparition de nouveaux cas de la poliomyélite : La médecine estime avec l’arrêt la vaccination proactive de la poliomyélite, 200 000 nouveaux cas dans les 10 ans à venir peuvent resurgir. A cet égard, la fondation Bill et Melinda Gates qui est le deuxième donateur de l’OMS devra œuvrer dans la lutte contre la poliomyélite pour colmater l’hiatus financier des USA.
Le retrait Américain va certainement acculer l’OMS à la nécessité d’une refonte de son fonctionnement : Historiquement, l’OMS a opéré des réformes après chaque crise sanitaire, à l’instar de Sras, H1N1, Ebola. En outre, les peurs et le repli national qui entraînent le rapatriement des entreprises pharmaceutiques, la volonté d’autonomie vis-à-vis du matériel, des médicaments, occultent l’aspect collaboratif de l’organisation et le multilatéralisme. La crise sanitaire du Covid-19 ne l’a-t-elle pas largement prouvé ?
Ce retrait nuira aux USA eux même qui sont les plus contaminés dans le monde avec plus de 3 Millions de cas et plus de 133.000 décès, et constitue un revers de la coopération internationale et ne fera que nuire à la lutte mondiale contre la Covid-19.
En guise de conclusion, je ne peux que reprendre les propos philanthropes, altruistes et humanitaristes de Bill Gates, l’ancien patron de Microsoft et aujourd’hui à la tête de la gigantesque fondation altruiste Bill & Melinda Gates Foundation, « l’arrêt des subventions américaines s’avère particulièrement dangereux. Les missions de l’OMS sont en train de ralentir la progression du Covid-19 ; si ce travail est arrêté, aucune autre organisation n’est là pour prendre le relais. Le monde a besoin de l’OMS comme jamais. C’est le moment de se montrer solidaire, pas de saper la coopération multilatérale ».



