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Le Deuil du cèdre de Beyrouth

by Mustapha Maghriti

 

Le Liban vit la pire crise économique et sociale de son histoire, attisée par la pandémie mondiale du Covid-19 et ce dans un contexte politique délicat, exacerbé par les tensions entre les États-Unis et le Hezbollah, le mouvement armé chiite allié de l’Iran, qui domine la vie politique libanaise. La détresse de Beyrouth s’accole aux multiples crises en cascade qui brutalisent le pays de cèdre, un Liban qui passe de la promesse éternelle du Moyen-Orient à la funeste liste des États en sénescence de la région. Ces précarités qui ne s’additionnent pas, mais qui foisonnent avec 300 000 personnes temporairement sans domicile causées par l’explosion du port de Beyrouth Mardi dernier.
Historiquement, le Liban avait tout pour devenir un pays de référence sur le Maré-Nostrum. Sa géographie a largement façonné sa spécificité culturelle du monde arabe dans lequel il est enraciné, grâce à avoir servi d’accueil, d’asile et de refuge à toutes sortes de rebelles ethniques, politiques et religieux, qui ont trouvé abri dans la géographie accidentée du pays.
La carence et le manque de ressources naturelles, ont permis au Liban d’émerger en tant que Hub commercial, repère et référent culturel, ce qui a enfanté une forte densité de population et des taux d’alphabétisme élevés.
Isolément de la cause misanthrope de la catastrophe, le stockage de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium à Beyrouth, un engrais dont les propriétés explosives ont été maniées dans des manœuvres terroristes, nous donne la mesure du manque de contrôle qui prédomine.
Dans ce contexte, Il est épineux d’escompter que le Liban puisse voir le bout du tunnel pour amorcer une nouvelle phase de redémarrage avec un tableau économique sombre : des pertes d’emplois en millier, une politique fiscale au point mort qui aurait pu subvenir aux besoins essentiels des familles martyrisées, encore plus marginalisées par la fulmination du port commercial de Beyrouth, une explosion équivalente à un cinquième de la bombe d’Hiroshima.
D’après les estimations économiques, le Liban, de charybde en scylla, entre dans un nouveau cycle infernal de détérioration économique et sociale. En Mars dernier Lorsque le Liban a été mis en banqueroute, l’exécutif de Beyrouth entama des négociations avec le FMI en vue d’un plan de redressement global.
Cependant, l‘Elysée avait renoncé à obtenir des résultats de cette conférence des donneurs qu’elle avait organisée, principalement en raison des suspicions des pays du Golfe quant à la possibilité que les dons s’immiscent entre les mains du Hezbollah, une organisation dont la mainmise sur l’administration libanaise a jusqu’à présent rendu difficile toute avancée dans les pourparlers de sauvetage du FMI.
Bien avant, une Conférence pour le développement par les réformes et avec les entreprises (Cèdre) pour le Liban a été organisée le 6 Avril 2018 à Paris où une quarantaine de pays et 14 organisations internationales pour redresser l’économie libanaise.
Après dix-sept rounds de négociations, les discussions n’ont enregistré aucune avancée et la perspective d’une sortie de l’impasse s’éloigne chaque jour davantage.
Au-delà de l’annulation des prêts, la restructuration de la dette souveraine du Liban semble très complexe : Le Liban pâtit de ressources naturelles, souffre d’une hausse de l’inflation de plus de 53 % en 2020, une dette publique libanaise qui culmine à plus de 86 milliards d’euros, soit 151 % du PIB et frôlera les 250 % du PIB selon le FMI, c’est plus encore que la situation dans laquelle se trouvait l’économie grecque en 2010, ne dispose pas non plus de réserve de change pour faire appel aux importations nécessaires et les 300 tonnes d’or qu’il conserve dans ses coffres forts de la banque centrale du Liban ne valent que 17 Milliards de dollars.
Son unique valeur réelle pour les tiers et le milieu des affaires est sa situation géostratégique : le pays du cèdre importe plus de 80 % de ce qu’il consomme, en particulier des denrées alimentaires et des hydrocarbures. Son secteur financier se cantonne au marché immobilier et à la gestion des transferts de fonds de l’émigration libanaise.
De ce fait, Il n’est donc pas impressionnant que les tentatives des banques orthodoxes pour attirer les dépôts en devises étrangères offrant des taux d’intérêt élevés pour renflouer le Budget Général de l’État Libanais aient échoué dans une situation de dépréciation et de dévaluation de plus de 80 % de la valeur de la lire libanaise et de l’exode massif de capitaux vers d’autres cieux stables. 
Ainsi en l’état actuel (la faim, le manque de soins médicaux, l’approvisionnement en eau potable et les coupures d’électricité…..), l’horizon du Liban ne peut émaner que de réformes structurelles qui mettent fin à la corruption systémique en permettent au Liban d’évoluer vers une économie ouverte avec un accord sur un plan d’investissements pluriannuel collectif émanant du FMI et la Banque mondiale.

D’ailleurs, Le 13 juillet dernier, le FMI a exhorté les deux délégations libanaises à s’unir autour du plan du gouvernement et à engager des réformes annoncées en avril à l’instar de la lutte contre la corruption ou la transparence des adjudications publiques. Toutefois, les guerres intestinales des forces politiques dominantes, favorable à l’alliance des forces communautaires et de l’oligarchie financière, sapent  toute perspective d’évolution.
In fine, c’est un secret de polichinelle que le peuple Libanais sait congrûment que les problèmes qui l’accablent ne peuvent être résolus par la même élite corrompue (en 2018, le Liban occupait la 138e place sur 180 du classement des pays les plus corrompus, selon l’organisme Transparency International) et sectaire qui les a créés.

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