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Apostrophes sur les stratégies de sauvetage et de relance de l’économie Marocaine à l’heure du covid-19

by Mustapha Maghriti
D’emblée, l’immensité de la crise économique et sociale que nous confortons n’est pas seulement imputable à la pandémie du Covid-19, mais remonte bel et bien au tournant du siècle. En effet, notre économie connaît une triple crise :
La première est de nature structurelle, relative à la lassitude du modèle de développement économique bâti au début des années 70 qui avait favorisé une ouverture sur le marché mondial en privilégiant les activités exportatrices et une spécialisation internationale dans les niches économiques à forte intensité en main-d’œuvre non qualifiée et à faible coût salarial. Cette stratégie a très vite sombré sans pour autant instaurer une dynamique économique de croissance et de développement, engendrant la crise de notre contrat social à travers la flambée du déficit de la balance commerciale, et la hausse du chômage, singulièrement celui des diplômés.
Toutefois, si l’exécutif Marocain n’a pas été apte à architecturer un nouvel édifice de développement économique et social, l’économie Marocaine a pu maintenir au cours de ces années les fondamentaux macroéconomiques qui deviendront la  » monomanie » des politiques économiques sous les auspices des instituions issues de Brettons Woods Fond Monétaire Internationale FMI et Banque Mondiale.

La pandémie de la Covid-19 va apposer une troisième dimension en creusant l’hiatus de la crise et nous mettra face à un cataclysme économique marquée par un net recul des investissements directs étrangers (IDE), une chute brutale de la consommation et de l’investissement, un recul de 5% du PIB et un déficit budgétaire de 7,5% selon les postulats de la loi de Finances rectificative 2020.

Aussi, la stagnation se matérialise par l’arrêt de larges segments de production de moult entreprises, y compris les entreprises multinationales, la pause de plusieurs groupes étrangers et les mouvements de relocalisation industrielle à travers la récupération des avantages comparatifs causés par la crise de la pandémie du Covid-19.

Les dynamiques économiques enclenchées vont remettre en cause les finances publiques suite à un trend haussier du déficit budgétaire qui s’est affouillé à 25,5 Milliards de DH à fin Mai 2020. L’Etat a recouru à l’endettement extérieur, Mardi 7 Avril 2020 à un tirage sur la Ligne de Précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 Milliards de dollars, remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans.
La pandémie Covid-19 devrait causer la plus importante contraction du PIB depuis 25 ans qui se situerait autour de – 5% selon les hypothèses de la loi de Finances rectificatives 2020 et à -6,2% selon un scénario plus pessimiste du Think-Thank de Habib El-Malki le Centre Marocain de Conjoncture CMC. Aussi, au-delà même de l’impact de la pandémie du Covid-19 sur l’économie Marocaine, le PIB serait plombé par la contreperformance de la composante erratique du secteur primaire en raison de la baisse des précipitations pluviales qui induira une mauvaise campagne agricole.  Ainsi, à la crise structurelle que notre pays connaît depuis le tournant du siècle, s’est additionnée une crise conjoncturelle imputable aux répercussions économiques et financières de la pandémie du Covid-19.
Le second volet concerne la conception et la philosophie du sauvetage économique et de la relance, ainsi que la vision que doit porter ce projet de secourisme économique. A ce niveau, l’ampleur de la crise et son caractère inédit dans l’histoire économique récente de notre pays exigent beaucoup de fermeté, de rigueur et de détermination. Ces qualificatifs sont incontournables dans la mesure où cette crise économique impose des politiques et des choix non conventionnels qui rompent avec les options d’antan n’ayant pas répondu aux challenges du malaise économique et social que notre pays traversait.
La majorité des contrées du monde, ainsi que les instances internationales, ont regagné cette dynamique mondiale, à la quête de nouvelles ripostes aux défis de ce marasme imputable au Sars Cov2, et dans la refonte d’un nouveau modèle de développement qui met l’homme et la solidarité dans ses priorités.
Ces premiers ébauches constituent un prélude inéluctable à la formulation des stratégies de sauvetage économique que l’exécutif Marocain devra bâtir pour la dynamique de croissance et rétablir la confiance et l’espoir au regard des lassitudes et à la désespérance qui règnent à l’heure du Covid-19.
Il est important de souligner que cette dynamique n’est pas seulement une question technocrate/technicienne, mais il s’agit d’un processus amplement politique qui embrasse les grands choix et les grandes visions du développement de notre Patrie.
L’apostrophe des stratégies de sauvetage et de relance de l’économie concerne quatre volets essentiels, à savoir la vision, les grands défis et les grandes transformations, les priorités et les mécanismes.
Apostrophe N°1 Quelle vision pour une stratégie de sauvetage et de relance ?
 L’Apostrophe de la vision est déterminante, dans la mesure où elle concerne le projet d’avenir que l’Exécutif Marocain doit se fixer comme objectif à atteindre et à réaliser. La vision stratégique doit apporter des répliques à deux éléments essentiels:
– Le premier est d’ordre endogène et concerne la nature de l’ordre social et le vivre-ensemble que nous devons chercher à édifier : Nous pensons que la question fondamentale concerne la reconstruction du ruban social qui s’est essoufflé autour de la trame du modèle de développement. A ce titre, nous devons reconstruire les fondements du contrat social dont l’ordre politique, le modèle de développement, les relations sociales sont incontournables.
Il ne nous sera pas possible de sortir de cette convulsion économique attisée par la pandémie du Covid-19 sans un consensus large sur une vision commune du contrat social qui doit unir les Marocains au cours des prochaines années.
– Parallèlement à la dimension interne, la vision stratégique doit également apporter des réponses quant à la place de notre économie sur l’échiquier international. A ce titre, nous gageons que notre pays peut jouer un rôle géostratégique pour devenir la nouvelle économie émergente et le lieu de raccordement entre trois espaces majeurs dans l’avenir du monde, à savoir l’Afrique, le monde Arabe et l’Europe. Cette affiliation géographique de notre pays nous permettra de jouer un rôle primordial dans l’avenir, singulièrement avec l’opportunité du retrait de la globalisation et les tentatives de redimensionnement des chaînes de valeurs au niveau régional.
Apostrophe N°2 : Les grands défis et les grandes transitions
Cette apostrophe doit interpeller cinq orientations essentielles qui vont structurer et agencer l’ère Post-Covid-19 :
– La première concerne l’avenir de la globalisation dont la crise et le repli ont fait couler beaucoup d’encre par un grand nombre d’experts et d’études. Aujourd’hui, l’attention se polarise sur les démarches de restructurer les chaînes de valeur mondiale sur des sièges régionaux pour ouvrir des horizons féconds pour l’avenir de notre développement économique.
Notre potentiel pourrait s’émailler en devenant une aire économique de jonction des chaînes de valeur régionales en cours de reconfiguration.
Dans les grands challenges pour l’avenir de notre Patrie, aussi, nous devons poser l’apostrophe de l’abysse géographique de nos dynamiques de croissance, une question qui a soulevé beaucoup de débats, particulièrement en rapport avec l’accord de partenariat avec l’Union Européenne. Cette interrogation ne devra-t-elle pas faire l’objet d’un traitement pragmatique pour un accord capable de défendre nos intérêts et d’ouvrir des perspectives importantes pour nos entreprises ?
A ce niveau, l’UMA, les pays arabes, les pays africains, ainsi que les pays asiatiques doivent demeurer des débouchés importants à même de raffermir nos rapports de coopération et la diversification de nos partenaires économiques et commerciaux.
– Parallèlement à la nouvelle globalité issue de la pandémie du Covid-19 et à la profondeur géographique, notre conception de l’Etat et de son rôle dans la dynamique économique et sociale fait partie des apostrophes qui doivent faire l’objet d’un important débat. La Covid-19 a été à l’origine d’un retour ébouriffant de l’Etat dans les différents domaines de la vie économique et sociale. Ce regain a démontré les écueils de la vision d’un Etat régulateur prêchée en chorale par les théories néolibérales depuis le début des années 1990 et la nécessité impérieuse de « recontempler » ce rôle pour faire face aux inquiétudes, aux incertitudes et aux angoisses de notre monde.
– La quatrième interpellation concerne la souveraineté nationale qui a ressurgi avec force dans le débat public. Cette grande interrogation, qui interpelle tout notre système productif, exige une nouvelle réflexion sur les branches industrielles, agricoles et « servicielles » afin de déterminer celles qui devront désormais porter le projet de Souveraineté Nationale tout en faisant l’objet d’un soutien afin de répondre à nos besoins stratégiques et desserrer l’étau de la contrainte externe en allégeant le déficit commercial et renflouer les réserves de changes.
– La cinquième grande interrogation concerne notre rapport avec le système Multilatéral. Si la pandémie a été à l’origine d’un retrait de la globalisation heureuse, elle a cependant démontré l’importance des Organisations Multilatérales puissantes, capables de défendre notre monde dans différents domaines dont la santé, l’économie, le commerce, la culture et la science. A cet égard, il est important que notre pays opte pour des stratégies et des politiques plus laborieuses au sein du système Multilatéral qui nous propulse dans le monde Post-Covid
Apostrophe N°3 : Les priorités des stratégies de sauvetage
Après avoir défini les visions et élaboré les challenges à relever, les stratégies de relance et de sauvetage de l’économie doivent déterminer les priorités. De notre point de vue, les stratégies de relance Post-Covid-19 doivent s’atteler sur quatre grandes primautés :
– La première priorité concerne la transition digitale dans laquelle notre pays accuse un retard important au cours des dernières années par rapport à nos rivaux. A ce stade, nous devons sortir des projets sectoriels pour échafauder une vision globale et cohérente de digitalisation de tous les aspects de la vie sociale dans notre pays. Ceci est d’autant plus opportun que la pandémie Covid-19 accélère le mouvement de digitalisation dans toutes les économies du monde.
– La seconde priorité est d’ordre social et concerne la nécessité impérieuse de reforger les secteurs sociaux telle que la santé, l’éducation et les institutions de solidarité sociale.
– La troisième priorité concerne la transition énergétique et la nécessité de passer à de nouvelles sources d’énergie capables de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique.
– La quatrième priorité est le renouveau de la politique industrielle qui exige l’abandon du modèle d’industrialisation en crise hérité du début des années 70, basé sur le paradigme « Ricardien » du coût salarial (Secteurs à forte intensité en travail non qualifié).
Les nouveaux secteurs industriels connus sous les Métiers Mondiaux du Maroc 3M ont commencé à faire leur apparition dans notre économie et nos entreprises Marocaines ont démontré leur contenance à bâtir leur compétitivité dans ces nouvelles activités. Ces efforts doivent se transformer en une nouvelle stratégie industrielle 4.0.
Ces 4 priorités constituent les points d’appui d’un véritable programme de sauvetage et de relance de la croissance et du développement de notre économie Marocaine.
Apostrophe N°4 : Les mécanismes et les outils d’une stratégie de sauvetage et de relance
Les stratégies de relance et de sauvetage imposent des instruments, des mécanismes et des institutions pour les mettre en place.
La définition des mécanismes et de la mise en place des visions stratégiques nécessite aujourd’hui deux points incontournables : Le premier concerne la conception à travers la définition claire des projets stratégiques à long terme qui exigent un processus participatif afin de définir les contours du nouveau contrat social et du projet collectif.
Le second est relatif à l’exécution des projets stratégiques avec des budgets glissants sur trois ans ou plus.
Une des principaux écueils du modèle de développement dans notre pays est liée à l’absence de vision stratégique, ce qui explique le défaut de clarté de nos politiques économiques. Si la pandémie de la Covid-19 a attisé la crise, elle a tout aussi mis l’accent sur l’impératif et l’urgence de définir un projet collectif et une vision commune de notre avenir.
Cette dynamique politique ne peut se cantonner à des formulations ou des prédicats concrets, aussi pertinents soient-ils. La vision stratégique n’est-elle pas l’aboutissement d’un processus politique collectif qui définit le projet sociétal, qui prédétermine les grands défis, profère les priorités et donne corps aux mécanismes et âme aux outils ?
Ce processus politique et cette œuvre collective sont inéluctables pour reconstruire le Contrat Social et croire en notre capacité de conduire et de réussir notre édifice politique, économique et social et de donner un nouvel horizon à notre expérience historique.

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